Des solitudes à consoler

Marie France VERSAILLES, Trop de choses à se dire, Quadrature, 2019, 140 p., 16 € / ePub : 9.99 €, ISBN : 9782930538907

Après un premier recueil de nouvelles chez Quadrature en 2010 (À l’ombre de la fête) et un roman chez Luce Wilquin en 2012 (Sur la pointe des mots), Marie France Versailles revient, chez Quadrature, avec Trop de choses à se dire – où l’on retrouve cette conscience et certitude, depuis toujours chez l’autrice, que cela ait été dans sa profession de psychologue et journaliste ou dans son travail d’écriture, que les mots, quelle que soit leur fragilité, sont nos outils essentiels pour comprendre et soigner, pour transmettre et consoler, tisser les liens de la vie et aimer.

Huit nouvelles qui ont pour caractéristique des rencontres plus ou moins manquées mais d’être reliées aussi entre elles par l’un ou l’autre protagoniste – en particulier Jean-Christian, homme de ménage qui, vaquant chez lui chez les autres, assure comme une basse continue et rassemble le recueil en une jolie unité. Un Jean-Christian dont le couple n’a pas tenu le coup des paroles manquées ; parler ensemble, il ne l’avait pas cru utile. Tentant à présent de retrouver une fierté, il fait certes de son mieux dans son nouveau job tandis qu’on lui reproche trop d’initiative et qu’il devient surtout transparent chez tous ces gens chez qui il fait le ménage. Transparence des êtres par défaut de paroles échangées, de ces mots qui auraient pu être dits mais qui ont été retenus par crainte, pudeur, indifférence, impossibilité ou délaissement ; ou opacité des êtres au contraire car chacun a ses secrets et d’ailleurs, demande une fille en parlant de son père, comment fait-on le tour de quelqu’un ?

Que ce soit ici ou ailleurs ne change pas, et le petit univers des situations de la vie ordinaire que brosse Marie France Versailles, que l’on soit agente d’intérim, aide-soignante, mère au foyer, vieille dame isolée, retraité ou antiquaire, gravite autour de solitudes plus ou moins apprivoisées ou douloureuses. Chercher une vie par procuration, écrire enfin cette lettre que le récipiendaire ne pourra plus lire, tenter de combler l’absence avec la compagnie d’une radio, chercher à se débrouiller seule…

Sans doute y a-t-il tellement de choses à se dire – trop dit le titre du recueil – que l’on sera toujours en défaut de le faire suffisamment. L’on ressort de la lecture avec ce goût doux-amer que nos solitudes, si malaisées parfois à habiter, sont rendues parfois plus cruelles encore par nos ratages et paresses à dire ou questionner. Et de suggérer peut-être en creux, au travers de ces tranches de vie pleines de tact introspectif, de ne jamais tarder à retisser de mots la relation avec nos proches et nos prochains – car aussi bien de nouvelles espérances peuvent toujours relever nos vies et un rien, parfois, peut les bouleverser.

Éric Brucher