Lavis d’une enfant morte

Françoise LISON-LEROY et Diane DELAFONTAINE, Les blancs pains, Esperluète, 2019, 72 p., 15 €, ISBN : 978-2-35984-106-0

Après la dispersion des cendres d’un corps, les vivants reviennent sur le lieu exact y poser des fleurs. Le vent les a pris, poussières et plantes, pourtant les pas y retournent. Prégnante est la mort : de souvenirs, de rassemblements, d’émotions ; en somme de vie. C’est ce que poétise Françoise Lison-Leroy à propos d’une petite fille décédée beaucoup trop tôt.

Je connais ton secret. Tu es l’enfant d’une fièvre et d’un rosier grimpant.

Le livre édité par Esperluète semble entre les mains un nuage blanc, tout léger. Cette couleur envahit les pages et encadre largement des textes courts. On dirait des épitaphes gravées sur des stèles claires. La couleur blanche baigne également d’un lavis lumineux les délicats collages de Diane Delafontaine. L’ouvrage est évanescent.

Toi tu n’as que la peau du papier pour survivre.

Blanc est primitivement la teinte de la mort et du deuil. Le linceul, les os et le livide épiderme diaphanisent les sensations. La mise en terre dans un pur tissu est une cérémonie de mariage avec la Terre. Les deux auteures tissent ainsi des liens perpétuels entre lieux des morts et racines des vivants. Elles pointent ensemble un nuage gris, un brouillard intérimaire, des ténèbres flottantes que se partagent les morts et leurs vivants, les vivants et leurs morts.

Tu nous écris sans encre, dans le grand noir et blanc.

Le souvenir. Telle est la quête dans Les blancs pains. Cette expression issue du Tournaisis, « c’est pétrir le drap du lit afin de préparer une offrande pour l’au-delà », est-il dit dans ce long poème, un hommage profond de la part de celle qui entretient la petite tombe encore aujourd’hui ; bien des années ont passé.

Tu nous lègues l’histoire raflée sur la ligne du temps.

« Au village, le menuisier faisait les cercueils de tous. C’est ainsi que mon grand-père a fait celui de sa fille, ma tante », confie Françoise Lison-Leroy, insistant sur la nécessité pour chacun de trouver sa place dans ce monde, un espace fixe à soi.

Je confie tes mots à ceux de ma cordée, comme on souffle un secret de haut vol à des passereaux sans terre.

Sous terre, au sol, au ciel. Entre morts et cieux, les vivants sont des passeurs, des intermédiaires, des relais, des êtres de passage et de transmission. Dont acte avec ce livre, pacte scellé entre l’invisible, la poésie et l’horloge.

Tito Dupret