Ensemble, c’est tout

Aly DEMINNE, Les bâtis­seurs du vent, Flam­mar­i­on, 2019, 284 p., 19 € / ePub 13,95€, ISBN : 978–2081444706

Au début des années 1960, Andreï Voronov quitte sa Pologne natale avec son père et atter­rit dans un petit quarti­er de province appelé le Vhan, refuge pour les « mis­éreux » provenant de dif­férents pays. Traité de « pouilleux » et de « pes­tiféré » par les enfants de son âge, Andreï ne s’épanouit pas à l’école. Son père décide alors de le for­mer aux dif­férents métiers de la con­struc­tion. Il entre sur son pre­mier chantier à qinze ans et béné­fi­cie rapi­de­ment d’une excel­lente répu­ta­tion. C’est qu’il tra­vaille bien et se con­tente d’un mai­gre salaire.

Lorsqu’un orage détru­it l’église du vil­lage, une assem­blée est organ­isée avec le bourgmestre, le curé et les habi­tants pour financer les travaux de répa­ra­tion. Le hic, c’est que les caiss­es de la com­mune sont vides et que les bour­geois ne veu­lent rien pay­er. Le bourgmestre et le curé se tour­nent dès lors vers Andreï pour l’acculer au chan­tage : soit il recon­stru­it gra­tu­ite­ment l’église, soit il est expul­sé du Vhan avec tous ses habi­tants. Pour se défendre, Andreï demande en con­trepar­tie un papi­er offi­ciel lui léguant les par­celles du Vhan. Le bourgmestre accepte, mais il lui donne un faux papi­er, ce qu’Andreï décou­vri­ra rapi­de­ment.

Résigné et sans espoir d’une issue favor­able, Andreï se rend sur le chantier tous les matins pour recon­stru­ire l’église avec pour tout matériel quelques pelles et tru­elles, plus ses mains. Bref, mis­sion impos­si­ble. Mais tout cela est sans compter sur la sol­i­dar­ité du « peu­ple mis­ère ». Rapi­de­ment, les habi­tants du Vhan appren­nent le chan­tage dont est vic­time Andreï. Ce dernier voit alors débar­quer Fab­rizio, Juine­s­ki, Louis, Jamal, Zuang, Daniel, Mon­sieur Rémy… qui vien­nent tra­vailler avec lui et lui apporter leur aide en fonc­tion du matériel et des com­pé­tences qu’ils pos­sè­dent. L’entreprise n’est pour­tant pas aisée : il faut sup­port­er les caprices du temps et les régulières ten­ta­tives de sab­o­tage du bourgmestre (pannes d’électricité, pas­sage à tabac, cam­bri­o­lage…).

Pour son pre­mier roman, Aly Deminne nous donne à lire un con­te où les étrangers, traités comme des ani­maux, se bat­tent avec dig­nité et se sou­ti­en­nent les uns les autres mal­gré le racisme et l’hypocrisie humaines. Même s’il y a une part de vérité, on regret­tera toute­fois un manque de nuances dans l’univers manichéen présen­té : les pau­vres étrangers sont vic­times des méchants bour­geois (« Frap­per un riche, c’est un crime. Frap­per un pau­vre, c’est l’éduquer »).

Séver­ine Radoux