Féminités en quête d’harmonie

Car­o­line BOUCHOMS, N’oublie pas que la vie t’aime, Coudri­er, 2018, 162 p., 20 €, ISBN : 978–2‑930498–91‑1 

Car­o­line Bou­choms nous donne à lire treize nou­velles où le per­son­nage prin­ci­pal est une petite fille, une jeune fille ou une femme. Elle nous livre des frag­ments de leur vie très peu con­tex­tu­al­isés, où l’on est immergé dans leurs ques­tion­nements et leurs fêlures. Nous plon­geons tan­tôt dans l’univers d’enfants mal aimées, avec des par­ents mal assor­tis et mal dans leur peau, tan­tôt dans celui de jeunes femmes en quête de soi, qui se réfugient dans la reli­gion, dans une cabane dans les bois ou dans des amours improb­a­bles.

La mère attrape Lila par le chignon, elle la plante sur une des chais­es en osier de la cui­sine, ouvre un tiroir, saisit une corde, attache la petite sur sa chaise.
En la regar­dant droit dans les yeux, elle lui dit :
- Je te déteste, Lila. Oh ! Que je te déteste.
[Un peu plus tard]
La mère est assise à son chevet.
Elle regarde sa fille.
Son vis­age cou­vert de larmes sourit.
- Par­don qu’elle lui dit, par­don petite fille
- C’est rien maman, pleure pas. C’est pas grave.

Le point com­mun de ces bouts de femmes ? Elles sont toutes mar­qués par des blessures affec­tives avec lesquelles elles s’efforcent d’avancer vaille que vaille. On ne peut qu’être touché face à leur quête de résilience, de refuge, d’ancre…

Il est pro­fond le silence de sep­tem­bre à Belle-Île. Il absorbe l’âme dans un trou sans fond, la retourne sans pré­cau­tion, la délivre de tout arti­fice.
C’est ain­si que Rose était retournée dans les souter­rains de sa vie. C’était urgent, elle se cor­ro­dait dans un amour sul­fureux. Elle n’était plus qu’un petit tor­chon rongé par les pluies acides de la décon­v­enue.
Elle aurait voulu se jeter dans un puits de caress­es, dans un nid de plumes blanch­es, elle voulait de la ten­dresse. Beau­coup de ten­dresse, des tonnes !

De l’histoire de ces femmes, nous ne saurons presque rien. Nous sen­tirons, à tra­vers les quelques pages de chaque nou­velle, le pouls qui pulse en elles, par­fois emporté, par­fois ago­nisant. Nous les suiv­rons dis­crète­ment à tra­vers le style min­i­mal­iste de Car­o­line Bou­choms, com­posé essen­tielle­ment de phras­es jux­ta­posées et très cour­tes. Tel l’œil d’une caméra, nous lirons des scènes très visuelles qui jail­lis­sent de la plume de l’autrice avec des pas­sages par­fois oniriques. Les métaphores qui par­courent le texte atténu­ent la dureté de la réal­ité évo­quée, lui don­nent une douce patine et invi­tent le lecteur à se laiss­er bercer par les tranch­es de vie de ces quelques femmes man­quées et man­quantes affamées d’absolu…

Ensor­celée. Elle est. Elle est l’enfant trouée, le puits où s’achèvent les sons dis­so­nants. L’homme per­clus de courants d’air raisonne l’éloge de la fausse note. Il creuse la déchirure dans un hymne à l’amour. Bâtards de la vie, ils dansent la pluie d’un instant sur le fil du temps qui chante.
Camélia est la proie idéale.
Et elle le sait.
Elle con­tin­ue.
Quand même.

Séver­ine Radoux