Homo sum

Dominique COSTERMANS et Régine VANDAMME, Le bureau des secrets pro­fes­sion­nels. His­toires vécues au tra­vail, T. 1, Pré­face de Pas­cal Chabot, illus­tra­tions d’Allilalu, Renais­sance du livre, 2020, 248 p., 20 € / ePub : 9.99 €, ISBN : 978–2507056865

costermans vandamme le bureau des secrets professionnelsAlors que l’idéologie néolibérale a pro­gram­mé la déshu­man­i­sa­tion du tra­vail, qu’elle s’y attelle, que la révo­lu­tion numérique pousse à con­fon­dre le tra­vailleur et l’ordinateur, l’humain résiste, existe. Il n’a pas déserté le peu­ple des laborieux qui prend la parole autant que l’outil dans Le bureau des secrets pro­fes­sion­nels. Et tant qu’il par­lera, humain il restera.

Le livre de Dominique Coster­mans et Régine Van­damme nous le prou­ve de la plus estimable des façons. Pour le con­cevoir, les deux autri­ces ont sol­lic­ité des his­toires de tra­vail. Elles les ont récoltées par mails, lors d’entretiens, d’ateliers d’écriture mais aus­si grâce à un dis­posi­tif ambu­lant qu’elles avaient déjà appelé « Le bureau des secrets pro­fes­sion­nels ». Des tra­vailleurs, des tra­vailleuses – par­fois même à la retraite ou sans emploi – venaient à leur ren­con­tre et leur livraient leurs expéri­ences. Toutes ces anec­dotes, ent­hou­si­asmes, décep­tions, réus­sites, défaites, gaffes, humil­i­a­tions, bizu­tages ain­si que l’importance des col­lègues, des clients, des patients, des élèves, des usagers, elles les ont reçus comme des cadeaux. Elles ne pou­vaient les trahir et elles ne les ont pas trahis.

Elles les ont tra­vail­lés, importés en lit­téra­ture, mon­tés en un recueil de frag­ments et de nou­velles qui nous font sourire, rire, frémir, pleur­er par­fois. Nous indig­nent quand on voit com­ment sont par­fois traité.e.s celles et ceux que met­tent le cœur à l’ouvrage. Jouant avec les for­mules nar­ra­tives, vari­ant les effets d’écriture, les deux autri­ces nous emmè­nent dans les couliss­es intimes du tra­vail, cette grande aven­ture du quo­ti­di­en, jamais banale. Dans ce pre­mier tome, elles pro­posent des his­toires (vraies) sur la vie des commerçant.e.s, des soignant.e.s, des enseignant.e.s… ; dans le deux­ième tome, à paraître en jan­vi­er, elles abor­deront la vie de bureau, l’entreprise, le monde de l’art, celui des médias ain­si que le chô­mage et la pen­sion. Peut-être que man­quent à leur opéra­tion quelques paroles de dirigeant.e.s. On aurait peut-être mieux com­pris la face cachée de leur pro­fil sou­vent destruc­teur. À moins qu’ils/elles ne soient que ce qu’ils/elles don­nent à voir.

Dominique Coster­mans et Régine Van­damme devraient peut-être penser à ajouter, pour pal­li­er cette absence, un troisième tome à ce Bureau des secrets pro­fes­sion­nels, un bel ouvrage autant social, mil­i­tant que lit­téraire, qui con­tin­ue de nous faire croire à l’être humain. Au tra­vail ?

Michel Zumkir