Sur la route des souvenirs

Nadine MONFILS, Le souf­fleur de nuages, Fleuve, 2020, 169 p., 15,90€ / ePub : 11.99 €, ISBN : 978–2‑265–15504‑6

monfils le souffleur de nuagesChauf­feur de taxi à la vie un peu terne, Franck est sol­lic­ité pour une course qui se révélera hors du com­mun. Au pre­mier abord, Hélène est juste une cliente qui part en week-end. Mais le tem­péra­ment fan­tasque de la vieille dame pique la curiosité du tax­i­man, et la course est assez longue, prop­ice aux con­fi­dences. Tan­dis que la route défile, Hélène égrène ses sou­venirs.

Le taxi est un livre ouvert, une sorte de con­fes­sion­nal où cer­tains con­fient des secrets qu’ils ne dévoilent à per­son­ne, parce qu’il est plus facile de par­ler à un étranger qu’on ne rever­ra en principe jamais, qu’à un ami ou à un mem­bre de la famille.

Dans ces cas-là, Franck fai­sait comme les psys. Il écoutait sans émet­tre de juge­ment ni d’avis. Juste un petit mot d’espoir. Et ça suff­i­sait par­fois à leur ren­dre le sourire. Alors il s’estimait heureux. Il avait gag­né sa journée et ne s’était pas levé en vain. 

La course se pro­longe : le chauf­feur devient con­fi­dent, sa cliente lui prête à son tour une oreille atten­tive. Tan­tôt elle l’amuse, tan­tôt elle l’agace mais surtout, elle l’émeut. Hélène ne part pas en week-end, mais à la ren­con­tre de ses sou­venirs. C’est sur le chemin d’une sorte de pèleri­nage que Franck l’emmène. Et tan­dis qu’ils remon­tent ensem­ble le fil de sa vie, ils tis­sent à une vitesse ful­gu­rante les liens d’une ami­tié qui s’impose comme une évi­dence.

À l’image de sa cou­ver­ture, le roman de Nadine Mon­fils dégage beau­coup de douceur et ses per­son­nages une grande sim­plic­ité. Franck et Hélène sont des gens comme on pour­rait en crois­er au quo­ti­di­en sans y prêter atten­tion. Mais nul besoin d’être excep­tion­nel pour avoir une his­toire à racon­ter. On se laisse embar­quer dans le taxi et pren­dre par la con­ver­sa­tion entre les deux com­plices. On les accom­pa­gne dans leur voy­age, on lit leurs échanges sur l’amour, les blessures, le temps qui passe, ce qui fait la vie en général et une vie en par­ti­c­uli­er. Tout n’est pas rose évidem­ment, mais tout est racon­té très sere­ine­ment, par l’entremise de pro­tag­o­nistes empreints d’empathie.

Le souf­fleur de nuages, c’est avant tout l’histoire d’une ren­con­tre entre deux per­son­nes qui s’enrichissent mutuelle­ment. Et à son tour, le‑a lecteur-rice s’attache aux deux amis et s’intéresse à leurs quêtes. L’écriture nous y con­vie spon­tané­ment, sobre­ment : on se sent le‑a bienvenu‑e dans le taxi de Franck et on s’y installe con­fort­able­ment pour savour­er ce réc­it apaisant.

Estelle Piraux