Beauté volée

Sophie WOUTERS, Céles­tine, 180° édi­tions, 2021, 123 p., 15 € / ePub : 6.99 €, ISBN : 9782931008676
Mise à jour 07/03/2024 : deux réédi­tions du roman sont disponibles :
Sophie WOUTERS, Céles­tine, Hervé Chopin, 2023, 124 p., 16 €, ISBN : 978–2‑35720–702‑8
Sophie WOUTERS, Céles­tine, Pock­et, 2024, 117 p., 6,40 €, ISBN : 978–2‑266–33919‑3

wouters celestine avec bandeau wouters celestine hervé chopin wouters celestine pocketLe réc­it de Sophie Wouters débute sur un procès en cour d’assises : Céles­tine est accusée d’un crime grave et ne souhaite rien dire à ce sujet. C’est une belle occa­sion de décou­vrir l’enfance peu banale de l’héroïne. Et pour cause, elle est née le jour où ses par­ents sont décédés dans un acci­dent de voiture. Élevée par Berthe (une tante éloignée) et son mari, la jeune fille vit une enfance douce bercée par les émis­sions de Denise Fab­re et les épisodes de Ma sor­cière bien aimée, dans un foy­er où l’on prend soin d’elle sans lui don­ner une réelle affec­tion.

- Naïve que tu es ! Et toi, tu crois tout ce que l’on te racon­te ! Mais on n’a rien sans rien, ma p’tite ! Tout le monde le sait !
Fatiguée par ce dia­logue de sourds, Céles­tine déci­da de laiss­er sa tante ful­min­er toute seule devant ses fourneaux et d’emprunter le geste de sa tante : celui de bal­ay­er l’air de la main.
- Eh bien, t’auras qu’à t’en pren­dre qu’à toi-même si c’la tourne mal ! lui cria encore Berthe quand elle sor­tit de la cui­sine.
Céles­tine tom­ba une fois de plus sur Aris­tide qui, une fois de plus, attendait sage­ment la fin de l’orage.
- N’faut pas lui en vouloir… C’est parce qu’elle t’aime qu’elle est dure avec toi, lui chu­cho­ta-t-il avec son air de chien bat­tu.
Elle se con­tenta de hauss­er les épaules et Aris­tide, penaud, était ensuite entré dans la pièce.
- Et toi, bien sûr, comme d’habitude, tu as tout enten­du et tu n’dis rien ! lui bal­ança Berthe, hors d’elle, avant d’aller pouss­er sur le bou­ton du téléviseur.

Out­re son entrée sin­gulière dans la vie, Céles­tine se voit pourvue au fur et à mesure de sa crois­sance d’une qual­ité remar­quable dont elle n’est pas vrai­ment con­sciente : elle est belle, belle au point de sus­citer l’attraction des uns et la jalousie des autres. Très bonne élève, elle n’en est pas moins con­tin­uelle­ment per­due dans les nuages, dégageant une aura de mys­tère qui fascine les per­son­nes sur son chemin.

Il était envoûté par ses yeux verts qui ressem­blaient à un lac sans fond dans lequel il avait juste envie de se plonger et ne jamais en sor­tir. Il aimait sa nuque qui avait la grâce de la patience où il y voy­ait un peu de sa pro­pre déter­mi­na­tion. Il aimait son regard curieux sur les choses. Il aimait sa bouche char­nue aux allures par­fois boudeuses sem­blant ne pas vouloir s’ouvrir inutile­ment. Il aimait la déli­catesse de ses gestes, sa timid­ité et sa retenue.

Lorsque des Parisiens débar­quent à côté de chez elle avec leurs trois enfants, Céles­tine a un coup de foudre réciproque pour Adrien, le fils des nou­veaux voisins. Elle vit alors ses pre­miers émois amoureux, les gestes gauch­es et embar­rassés, étour­die par les « déli­cieux vagabondages » de cet amour pur et absolu. Mais son avenir empli de promess­es va être fauché en plein vol par les turpi­tudes de l’être humain, celles qui peu­vent bris­er une vie…

Céles­tine est un réc­it court, que l’on pour­rait appar­enter à un con­te cru­el sim­i­laire à ceux de Mau­pas­sant, où Sophie Wouters nous offre des per­son­nages bien car­ac­térisés grâce à son obser­va­tion fine de la pro­fondeur et l’intensité des sen­ti­ments humains. Avec un style tra­vail­lé élé­gant, elle nous emmène dans cette his­toire que l’on lit d’une traite, trem­blant pour cette héroïne touchante. L’autrice a opté pour un style min­i­mal­iste qui nous laisse un goût de trop peu lorsque nous sor­tons le souf­fle coupé de la lec­ture de son réc­it. Un sen­ti­ment qui n’est que trop juste…

Séver­ine Radoux