Dans les marges houleuses d’un traité de paix

Charles SENARD, Le pres­soir du monde. L’avènement des bar­bares, tome 2, Le Passeur, 2020, 290 p., 20,50 € / ePub : 9.99 €, ISBN : 9782368908150

senard le pressoir du mondeAprès Arles, théâtre de L’or, la paille, le feu, pre­mier vol­ume de L’avènement des bar­bares, la saga his­torique de Charles Senard, le tome 2, Le pres­soir du monde, nous emmène, en cette même année 475 de notre ère, à Paris, à cette époque mod­este ville de gar­ni­son.

C’est là que doit être con­clu, dans quelques jours (le livre les enchaîne en qua­tre chapitres, du ven­dre­di au lun­di, où la ten­sion monte), un traité de paix cru­cial entre deux rois enne­mis, Childéric le Franc et Sya­grius le Romain. À l’initiative de Geneviève, sainte femme qui dirige la curie et la cité de Paris, et veut ardem­ment préserv­er la paix.

Geneviève a invité l’abbé de Con­dat à servir de garant. Lupicin, fig­ure haute en couleurs de L’or, la paille, le feu, se rend donc à Paris, accom­pa­g­né de Ver­cel, le jeune orfèvre arlésien avec lequel il s’est lié d’amitié, et de Nan­tilde, nièce de Geneviève, dont la beauté cache la vie spir­ituelle intense.

Arrive simul­tané­ment à Paris Aurélien, aris­to­crate arlésien, pétri d’ambition plus que de principes, garant lui aus­si du traité, fin let­tré à qui Sya­grius a demandé de com­pos­er un poème célébrant l’événement. Aurélien, le cœur « enténébré » par la mort de son irrem­plaçable ami Mar­tin.

Ain­si s’ouvre Le pres­soir du monde. Titre intri­g­ant, qui fait écho à un rêve de Ver­cel, admi­rant le dis­posi­tif ingénieux d’un pres­soir à huile d’olives qu’il vis­i­tait, ado­les­cent, avec sa mère.

Les pour­par­lers s’engagent dif­fi­cile­ment. Le traité sus­cite d’âpres débats. Ravive d’anciens drames. Réveille blessures, ran­cunes, amer­tumes.

Une ten­ta­tive d’empoisonnement de Childéric, dans le sil­lage d’un ban­quet, rap­pelle cru­elle­ment la mort, dix ans plus tôt, du général romain Egid­ius, père de Sya­grius, vic­time d’empoisonnement dans les mêmes cir­con­stances.

L’atmosphère s’alourdit de soupçons. Les con­flits se font par­fois vio­lents, au grand dam de l’abbé Lupicin, qui médite som­bre­ment au soir d’une journée éprou­vante : « Comme les hommes peu­vent mon­tr­er de méchanceté les uns envers les autres, igno­rant qu’ils souf­frent plus de la haine qui les ani­me con­tre un enne­mi que de cet enne­mi lui-même ! »

Le traité sera-t-il signé ? La paix, sauvée ?

On voudrait y croire.

Avec Geneviève, Ver­cel et Lupicin.

Francine Ghy­sen