« Si vous voulez croquer la vie, goûtez à ce doux paradis”

Un coup de cœur du Carnet

Carl NORAC et Stéphane POULIN, Lucky Joey, Pastel, 2020, 28 p., 15 €, ISBN : 9782211301695

norac poulin lucky joeyIl faut croire en ses rêves, ne pas lâcher, se donner la chance d’aller plus loin, c’est le message que nous livre le duo tout en douceur et finesse que forment Carl Norac et Stéphane Poulin. L’auteur et l’illustrateur nous plongent au cœur de New York, Central Park et nous partagent tout ce que les États-Unis peuvent avoir de pire et… de meilleur.   

New York, Central Park, Joey l’écureuil croit en sa chance. Il aime son travail, aussi risqué soit-il (laveur de vitres de buildings). “Parfois, Joey se voit dans le reflet d’une fenêtre et s’entraîne pour envoyer des bisous à Léna, son amoureuse. Ils se connaissent depuis leurs premières branches et ont toujours dit qu’ils se marieraient.” Joey aime Léna, Léna aime Joey. Ensemble, ils rêvent de mariage, de voyage. Léna aussi travaille très dur pour pouvoir concrétiser leur rêve de vie commune. Aussi, quand l’un et l’autre se retrouvent sans emploi, leur monde s’écroule mais… nous pouvons compter sur la chance, qui croise leur chemin, et leur promet des jours meilleurs.

Faut-il encore présenter Carl Norac ? Poète national depuis le 29 janvier 2020, Carl Norac est un auteur de littérature de jeunesse illustré par une foultitude d’artistes de talent. Jusqu’au plus profond de sa moelle osseuse, il est touché par les mots depuis sa plus tendre enfance et sa curiosité et son ouverture d’esprit complètent sa marque de fabrique. Carl Norac ose tous les styles, pour tous les âges et touche l’âme et le cœur de ses lecteurs. En nous rapportant le rêve américain de l’écureuil Joey, Carl Norac, boucle en quelque sorte la boucle de son propre rêve américain. En effet, Les mots doux (illustrés par Claude K. Dubois) ont eu un succès retentissant aux États-Unis d’Amérique, et retrouver cette déclaration d’amour d’un adorable petit rongeur dans un des plus prestigieux parcs américains, marque un aboutissement certain dans l’œuvre de cet auteur incomparable.

Certes, cette fable animalière devra sans doute faire l’objet d’une lecture accompagnée pour les plus jeunes lecteurs. Le vocabulaire est riche et jalonne l’histoire de grandes valeurs universelles : l’amour, l’amitié, l’optimisme… si indispensables de nos jours.

Avec la complicité du Québécois Stéphane Poulin, nous voyons l’Amérique comme le pays du rêve, où tout est possible, même le pire ! Proche des contrées chères à Carl Norac (passionné d’art inuit), Stéphane Poulin ne doit plus non plus être présenté. Illustrateur d’une centaine de livres, il a remporté de nombreux prix. Lucky Joey est sa quatrième collaboration avec notre compatriote et il serait difficile de ne pas évoquer leur excellent roman graphique paru il y a dix ans aux éditions Sarbacane Au pays de la mémoire blanche.

Lucky Joey s’adresse à des lecteurs plus jeunes. Pourtant, dès la couverture, les lecteurs plus âgés reconnaîtront la célébrissime photographie toujours anonyme à ce jour, Déjeuner en haut d’un gratte-ciel.  Focalisez votre attention sur les immeubles et vous les retrouverez sur la photo et sur la couverture. Zoomez sur la poulie, et vous verrez peut-être Joey et Léna se bécotant tendrement. Parmi les références convoquées, il est difficile de ne pas voir l’analogie entre le vilain rhinocéros de l’histoire, l’usurier Strump, et un certain président de ce grand pays.

L’agréable lecture ne s’arrête pas là. Le grand format et les doubles-pages sont telle une toile de cinéma qui s’étend pour nous offrir le film d’une journée dans New-York, en écho à des réalités très contemporaines, entre une comédie morale de Woody Allen et la quête de petits bonheurs d’une certaine Amélie Poulain. La mise en page très originale invite à manipuler l’album et à l’orienter dans diverses directions. La population new-yorkaise est observée, comme au travers de la lunette d’une longue-vue pointant sur de savoureux détails que le texte ne manque pas de relever subtilement. Les couleurs chaudes et la lumière qui se dégagent, les angles de vue proposés par Stéphane Poulin accentuent l’impression de gigantisme de certains personnages anthropomorphes.

Dès l’âge de trois ans, les lecteurs sortiront de la lecture de cet album, charmés par ce petit couple d’écureuils et leur univers.

Natacha Wallez