Christian Dotremont, 100 ans et 2 expositions

Dotremont A bleu mentir qui vient de près

Chris­t­ian Dotremont, A bleu men­tir qui vient de près, Logogramme, Encre bleue sur papi­er, [1978] — © Fon­da­tion Roi Bau­douin / dépôt aux Archives & Musée de la Lit­téra­ture | pho­to : Olivi­er Guyaux – L’Ate­lier de l’Imagi­er

Chris­t­ian Dotremont aurait eu 100 ans le 12 décem­bre de cette année. Un anniver­saire qui appelait une célébra­tion à la hau­teur de cette fig­ure majeure tant de la lit­téra­ture que des arts plas­tiques. Alors que plusieurs réédi­tions sont annon­cées pour le deux­ième semes­tre, pas moins de deux expo­si­tions lui sont dédiées, l’une aux Musées roy­aux des Beaux-Arts, l’autre à la Bib­lio­the­ca Wit­tock­iana. 

Dotremont, peintre de l’écriture :
la poésie exposée aux Musées royaux des Beaux-Arts

Les Musées roy­aux des Beaux-Arts sont cou­tu­miers des expo­si­tions rétro­spec­tives pres­tigieuses, qui met­tent le plus sou­vent en lumière de grands noms de la pein­ture ou de la sculp­ture belge. Fruit d’une col­lab­o­ra­tion entre l’institution fédérale, la Fon­da­tion Roi Bau­douin et les AML (qui con­ser­vent les archives Dotremont pour la Fon­da­tion Roi Bau­douin) avec le sou­tien de la Fédéra­tion Wal­lonie-Brux­elles, l’exposition con­sacrée à Chris­t­ian Dotremont place d’emblée le pein­tre-poète dans la galax­ie de ces artistes incon­tourn­ables, aux côtés des Magritte, Ensor, Wouters ou Con­stan­tin Meu­nier. Une impres­sion que vien­nent con­firmer l’abondance des œuvres exposées – une cen­taine – et le vaste espace, élé­gant et sobre, dévolu à l’inventeur des logogrammes.

Comme le titre retenu pour l’exposition le laisse enten­dre, les œuvres présen­tées au pub­lic jusqu’au 7 août met­tent surtout en exer­gue la dimen­sion fon­da­men­tale­ment dou­ble du geste artis­tique de Dotremont, l’intrication dans son tra­vail entre poésie et arts plas­tiques, entre lit­téra­ture et pein­ture ou dessin.

Dotremont Logoneige

Chris­t­ian Dotremont, Source pour le soleil, Logoneige, 1976 — © pho­to : Car­o­line Ghy­se­len ; Tirage par les AML

Le par­cours rassem­ble des logogrammes, des doc­u­ments, des pho­tos, des extraits de films. Scan­dé par dif­férentes sec­tions thé­ma­tiques, il révèle l’appétence de Dotremont pour le tra­vail dialogique ou col­lec­tif, à la faveur de tableaux co-signés avec Hugo Claus, Asger Jorn, Serge Van­der­cam ou Pierre Alechin­sky. Est aus­si et surtout mis en lumière le chem­ine­ment de l’artiste vers l’in­ven­tion des logogrammes et des logoneiges, depuis son texte-man­i­feste Sig­ni­fi­ca­tion et sini­fi­ca­tion (1950) où il affirme « la vraie poésie est celle où l’écriture a son mot à dire ».

L’exposition éclaire par ailleurs l’incidence des élé­ments biographiques sur la créa­tion poé­tique et artis­tique : rela­tion amoureuse pas­sion­née, turber­cu­lose qui a con­traint Dotremont à plusieurs séjours de san­té et voy­ages en Laponie sont quelques-uns des élé­ments que l’on retrou­ve dans l’œu­vre.

Dotremont Dans la plénitude de mes moyens qui sont aussi les votres

Chris­t­ian Dotremont, Dans la pléni­tude de mes moyens, qui sont aus­si les vôtres, Encre de Chine sur papi­er, 21,2 x 27,5 cm, 1977

L’écrin des Musées roy­aux des Beaux-Arts offre l’opportunité de con­tem­pler un tra­vail visuelle­ment sin­guli­er, sou­vent en noir sur papi­er blanc, par­fois aus­si en couleur, où le geste de l’artiste est pri­mor­dial, comme le mon­trent les extraits du film de Luc de Heusch, Dotremont-les-Logogrammes. Mais la vis­ite offre aus­si la rare pos­si­bil­ité d’admirer des poèmes exposés. Dotremont avait pour habi­tude de retran­scrire chaque logogramme, de sorte que ses œuvres se lisent autant qu’elles se regar­dent. Et l’on est alors frap­pé par les ful­gu­rances du poète autant que par la puis­sance du plas­ti­cien :

Tous les soirs je me sou­viens du pre­mier matin où je m’étais endor­mi vers toi

Ou encore :

Les poèmes ne lisent jamais rien / ô doux man­teau à poche de chair / Den­telles de foudre 

En pratique

Dotremont, pein­tre de l’écriture
Jusqu’au 7 août 2022
Du mar­di au ven­dre­di de 10h à 17h ; same­di et dimanche de 11h à 18h
Musées roy­aux des Beaux-Arts
Rue de la Régence, 3 – 1000 Brux­elles
Site inter­net 

Voyages / Paysages :
des photographies à la Wittockiana

affiche Dotremont Wittockiana

À la Bib­lio­the­ca Wit­tock­iana, le cen­te­naire de Chris­t­ian Dotremont est célébré par une expo­si­tion de pho­togra­phies de Georges A. Bertrand. Elles emmè­nent les vis­i­teurs sur les lieux emblé­ma­tiques de la vie du poète.

Dotremont a été un grand voyageur. Du temps de l’aventure CoBrA, il s’est régulière­ment ren­du dans les trois cen­tres de ce mou­ve­ment artis­tique, au Dane­mark, aux Pays-Bas et en Bel­gique. Par la suite, la Laponie est dev­enue sa terre de prédilec­tion. Il y a séjourné à de nom­breuses repris­es, y traçant notam­ment des logoneiges.

L’exposition présen­tée à la Wit­tock­iana rend hom­mage à la dimen­sion fon­da­men­tale­ment voyageuse de Chris­t­ian Dotremont. Le pho­tographe-voyageur Georges A. Bertrand a saisi le poète et plas­ti­cien lors de ses déplace­ments ; les clichés exposés dévoilent les lieux par lesquels il est passé. Les pho­togra­phies dia­loguent avec des cita­tions et des vers du poète, ain­si qu’avec quelques logogrammes.

En pratique

Voyages/Paysages. Chris­t­ian Dotremont
Jusqu’au 2 octo­bre 2022
Du mar­di au dimanche, 10h-17h
Bib­lio­the­ca Wit­tock­iana
rue du Bemel, 23 — 1150 Brux­elles 
Site inter­net