Archives par étiquette : CoBrA

Du poème à l’esthétique, les écrits tous azimuts de Pol Bury

Frédérique MARTIN-SCHERRER, Pol Bury – Antholo­gie. Recueil de textes (1949–2004), CFC, 2025, 464 p., 35 €, ISBN : 978–2‑875–72-100–6

martin scherrer pol bury anthologieLe cen­te­naire de la nais­sance de Pol Bury (1922–2005) avait don­né lieu, durant l’automne 2022, à deux expo­si­tions lou­vièrois­es, l’une au Cen­tre de la Gravure et de l’Image imprimée, la sec­onde au Cen­tre Dai­ly-Bul & Co, cha­cune étant accom­pa­g­née d’une pub­li­ca­tion. Frédérique Mar­tin-Scher­rer (spé­cial­iste par ailleurs du poète Jean Tardieu, ami de Bury) avait livré en cette occa­sion un pré­cieux vol­ume con­sacré aux Livres et écrits de celui qui, out­re ses activ­ités inin­ter­rompues de plas­ti­cien (œuvres mon­u­men­tales, mobiles, fontaines, pein­tures, estam­pes, mul­ti­ples, bijoux…), n’en était pas moins égale­ment saisi en per­ma­nence – ou presque – d’un poly­graphisme aigu. Con­tin­uer la lec­ture

Dotremont et les parts cachées de l’iceberg

Chris­t­ian DOTREMONT, Les grandes choses. Antholo­gie poé­tique 1940–1979, Edi­tion de Michel Sicard, post­face d’Yves Bon­nefoy, Gal­li­mard, coll. « Poésie/Gallimard », 2025, 416 p., 12,30 €, ISBN : 978–2‑07–308738‑6
Chris­t­ian DOTREMONT, Études et inédits, Vol­ume coor­don­né par Paul Aron, Flo­rence Huy­brechts, Stéphane Mas­sonet, avec la col­lab­o­ra­tion de Lau­rence Boudart, AML, coll. « Archives du futur », 2024, 210 p., 28 €, ISBN : 978–2‑87168–100‑7

dotremont les grandes chosesSur cet ice­berg nom­mé Chris­t­ian Dotremont, croisant dans les mers polaires, se lais­sant dériv­er vers les paysages d’une Laponie fan­tas­ma­tique et pour­tant tou­jours à portée du regard, voyageur inces­sant chargé de valis­es débor­dantes de man­u­scrits, de tracts, de livres, de cour­ri­ers, d’idées et de polémiques, plutôt que de linge, on a déjà beau­coup dit, écrit, et vu. Et ce n’est qu’une juste recon­nais­sance pour l’un des grands inven­teurs (belge de sur­croit) de l’art et la lit­téra­ture européenne du 20e siè­cle, poète, romanci­er, co-fon­da­teur de CoBrA, et créa­teur des « logogrammes ». Sa mort pré­maturée en 1979, à l’âge de 56 ans, ne lui a cepen­dant pas per­mis de mesur­er lui-même l’envergure de ce mas­sif détaché de la ban­quise qu’il avait gardé accrochée à ses basques, depuis ses débuts pré­co­ces. En 1940, il envoy­ait ses pre­miers poèmes à Magritte, Scute­naire et Ubac, qui l’adoubèrent aus­sitôt au sein du sur­réal­isme brux­el­lois, avant qu’il n’emprunte, non sans épreuves, d’autres courants plus per­son­nels. Ces pre­miers poèmes sont ceux d’Anci­enne éter­nité, écrits et autoédités à 17 ans, et dédiés à une jeune femme, Doris. Le sen­ti­ment amoureux, chez Dotremont, déploiera jusqu’à la fin de ses jours les ver­tus – et les désas­tres – d’un puis­sant philtre mag­ique : la « beauté con­vul­sive » et ses effets seront peut-être le seul point fon­da­men­tal d’entente entre Dotremont et Bre­ton. Con­tin­uer la lec­ture

Dépasser l’anti-art avec Dotremont

Chris­t­ian DOTREMONT, Dépas­sons l’anti-art. Écrits sur l’art, le ciné­ma et la lit­téra­ture, 1948–1978, édi­tion établie par Stéphane Mas­sonet, Ate­lier con­tem­po­rain, 2022, 944 p., 25 €, ISBN : 978–2‑85035–073‑3

dotremont depassons l anti artNous sommes en 1960. Une revue danoise sol­licite Chris­t­ian Dotremont pour retrac­er l’apport spé­ci­fique des artistes danois à l’art expéri­men­tal et au mou­ve­ment CoBrA. Mais CoBrA s’est dis­sout en 1951, peu après sa 2e et dernière expo­si­tion inter­na­tionale qui s’est tenue à Liège. Les artistes du groupe, qu’ils soient hol­landais, danois, belges, français, et autres, ont con­tin­ué à trac­er leur chemin, n’ignorent plus Paris dont ils s’étaient écartés en 1948, et la cap­i­tale française les accueille plutôt mieux. Alors Dotremont, un peu ennuyé, revient aux sources, vingt ans plus tôt : la créa­tion en 1941 d’un péri­odique danois, Hel­h­esten, et d’un groupe réu­nis­sant des créa­teurs, archi­tectes, pein­tres, dessi­na­teurs, sculp­teurs, poètes… dans une spon­tanéité expres­sion­niste, un intérêt pour le prim­i­tivisme et une effer­ves­cence inter­dis­ci­plinaire qui sera l’une des clés à venir de CoBrA. Con­tin­uer la lec­ture

Christian Dotremont et Régine Raufast, « jockey du vent »

Un coup de cœur du Car­net

Chris­t­ian DOTREMONT, La reine des murs suivi de Let­tres de Chris­t­ian Dotremont à Régine Rau­fast, Illus­tra­tions de Pierre Alechin­sky, Post­face de Stéphane Mas­sonet, Fata Mor­gana, 2022, 88 p., 15 €, ISBN : 978–2‑37792–117‑1

dotremont la reine des mursLes édi­tions Fata Mor­gana nous don­nent à lire ou à redé­cou­vrir une pépite poé­tique et amoureuse sculp­tée par Chris­t­ian Dotremont au début des années 1940. Alors qu’âgé de dix-neuf ans, il gagne Paris afin de rejoin­dre les sur­réal­istes, il fait en 1941 la ren­con­tre fra­cas­sante de la poétesse Régine Rau­fast qui devien­dra sa « Nad­ja ». L’amour incan­des­cent, illim­ité, explosif a pour nom Régine, à l’époque amante de Raoul Ubac, qu’il fréquentera durant deux ans sous la lumière du parox­ysme. Dans le poème La reine des murs, tout n’est qu’élan, vibra­tions d’un feu intérieur plus âpre que celui cour­tisé par Bre­ton. Davan­tage qu’une muse inspi­ra­trice, la jeune femme est une révéla­tion exis­ten­tielle, l’incarnation d’un amour impos­si­ble placé sous la magie du chiffre 23. « Je l’ai ren­con­trée le 23 avril 1941, à 5 heures, je l’ai quit­tée le 23 mars 1943, à 5 heures : 23 mois avaient passé. C’est à cause d’elle que je ne fais plus de poésies » écrit-il après le sui­cide en 1946 de celle qu’il surnom­mait, entre autres dénom­i­na­tions sai­sis­santes, la reine des murs. Con­tin­uer la lec­ture

Contes, fables et poèmes de Dotremont

Chris­t­ian DOTREMONT, Abrupte fable, édi­tion établie et présen­tée par Stéphane Mas­sonet, pré­face de Georges A. Bertrand, Ate­lier con­tem­po­rain, 2022, 256 p., 20 €, ISBN : 978–28-50350–74‑0

dotremont abrupte fableAvec Dotremont, tou­jours se laiss­er bal­ancer – comme lui – au hasard du noir et blanc, tourbe des Fagnes et neige de Laponie, d’une page l’autre et d’une plume voleuse :

Tor­dre ton image
déjouer ton ordre
te faire gri­mace
dis­lo­quer ton verbe
non pour te grimer
mais pour te revoir
comme tu riais (Lta­tion exa tumulte, 1970)

En 2022, Chris­t­ian Dotremont aurait eu cent ans. S’il n’avait été trop tôt, en 1979, emporté par la mal­adie, la tuber­cu­lose, l’épuisement, si « la tache », « le trou », « la cat­a­stro­phe » n’avaient eu rai­son de lui. Con­tin­uer la lec­ture

Christian Dotremont, 100 ans et 2 expositions

Dotremont A bleu mentir qui vient de près

Chris­t­ian Dotremont, A bleu men­tir qui vient de près, Logogramme, Encre bleue sur papi­er, [1978] — © Fon­da­tion Roi Bau­douin / dépôt aux Archives & Musée de la Lit­téra­ture | pho­to : Olivi­er Guyaux – L’Ate­lier de l’Imagi­er

Chris­t­ian Dotremont aurait eu 100 ans le 12 décem­bre de cette année. Un anniver­saire qui appelait une célébra­tion à la hau­teur de cette fig­ure majeure tant de la lit­téra­ture que des arts plas­tiques. Alors que plusieurs réédi­tions sont annon­cées pour le deux­ième semes­tre, pas moins de deux expo­si­tions lui sont dédiées, l’une aux Musées roy­aux des Beaux-Arts, l’autre à la Bib­lio­the­ca Wit­tock­iana.  Con­tin­uer la lec­ture

Jacques Calonne est décédé

jacques calonne

Jacques Calonne — D.R.

Né en 1930, il était le plus jeune mem­bre du groupe CoBrA. Jacques Calonne est décédé le 7 févri­er. Con­tin­uer la lec­ture

Dotremont, poète d’avant les logogrammes

Chris­t­ian DOTREMONT, Anci­enne éter­nité & autres textes, Unes, 2021, 64 p., 16 €, ISBN : 978–2‑87704–224‑6

dotremont ancienne eterniteChris­t­ian Dotremont (1922–1979) eut plus d’une vie, au cours d’une exis­tence foi­son­nante d’expériences et rel­a­tive­ment brève : mar­quée tout autant par les pri­va­tions, la soli­tude et la tuber­cu­lose (« la cat­a­stro­phe » de son roman La pierre et l’oreiller, Gal­li­mard, 1955) que par une effer­ves­cence de créa­tiv­ité poé­tique et plas­tique, dont on retient surtout la fon­da­tion du mou­ve­ment CoBrA en 1949 (réu­nis­sant orig­inelle­ment des artistes, pein­tres et poètes de Bel­gique, des Pays-Bas et du Dane­mark) et l’invention per­son­nelle du « logogramme », fusion­nant sur le papi­er idéo­gramme et cal­ligra­phie à l’encre de chine avec un texte poé­tique. Mais Dotremont, homme des com­pagnon­nages et des com­plic­ités néces­saires quoique sou­vent orageuses, fut très tôt, dès l’âge de 17 ans, un poète sur­réal­iste, qui noua dès 1940 des liens avec Magritte, Scute­naire, Ubac, et incar­na pour un temps, avec Mar­cel Mar­iën, la nou­velle généra­tion du sur­réal­isme en Bel­gique. Con­tin­uer la lec­ture

Jacques Calonne, l’insaisissable noctuelle

Un coup de coeur du Carnet
Pierre MALHERBE

calonne_malherbeOut­re une déli­cate pièce pour piano de Mau­rice Rav­el, dédiée à Léon-Paul Far­gue, il existe une myr­i­ade de noctuelles, près de vingt-cinq mille espèces à la sur­face de la terre, sem­ble-t-il, et qu’on appelle un peu plus anonymement des papil­lons de nuit. Les che­nilles de noctuelles sont la ter­reur des agricul­teurs et des pas­sion­nés des jardins, car, polyphages, elles se nour­ris­sent de tout ce qui leur passe sous le nez, et unique­ment la nuit bien sûr – la journée, elles digèrent leur fes­tin et se reposent avec non­cha­lance. Jacques Calonne, né en 1930 à Mons, fait par­tie de cette grande famille des noctuelles, à ceci près qu’il n’est la ter­reur de per­son­ne ayant les doigts verts. Con­tin­uer la lec­ture