Quand la montagne joue à cache-cache

David WAUTIER, Mon­tre-toi, mon­tagne, Diplodocus, 2022, 48 p., 13,90 €, ISBN 9 : 79–10-94908–30‑3. Dès 4 ans.

wautier montre toi montagneIl n’y a pas que la mer en été. La mon­tagne a ses adeptes, qui la choi­sis­sent comme des­ti­na­tion de vacances ou qui, comme David Wau­ti­er, aime s’arrêter devant ses paysages grandios­es pour en ren­dre la beauté insond­able dans ses pein­tures. Voici un album jeunesse qui com­bine à mer­veille l’univers de l’enfance, un texte proche du vécu et l’art de l’aquarelle.

Les par­ents de la petite Jana, qui a une sym­pa­thique bouille sem­blable aux fig­ures des héroïnes de man­gas, ont opté cette année pour cette des­ti­na­tion. L’album fran­chit les dif­férentes étapes pour y par­venir car, la mon­tagne, ça se mérite. Charge­ment de la voiture, tra­ver­sée de la ville, péages et embouteil­lages, pique-nique sur une aire d’autoroute, père et mère qui se relaient à la con­duite… C’est cer­tain : nom­bre de par­ents, voire d’enfants, retrou­veront dans ces débuts de vacances le goût du vécu.

Dans une judi­cieuse mise en abyme, David Wau­ti­er donne déjà à voir la mon­tagne dans le livre que Jana par­court pour patien­ter. Les images qu’elle admire ali­mentent son impa­tience au fil des kilo­mètres. Comme beau­coup d’enfants, elle con­fie ses attentes et son ent­hou­si­asme à son chien Bil­lie. Au fur et à mesure que la voiture famil­iale grimpe les cols, elle s’enfonce dans une brume tenace qui escamote le paysage. Décep­tion de la gamine qui s’attendait à une autre arrivée… « La mon­tagne se cache », affirme le père d’un air mys­térieux. « C’est trop nul ! », grogne la fil­lette, tout en con­fi­ant sa décep­tion à son chien Bil­lie. L’entrée dans le chalet qui sent bon le bois des mon­tagnes et la vue sur les toits du vil­lage tout proche sont déjà un beau dépayse­ment, qui ne suf­fit pas à sat­is­faire l’enfant. Après ce long tra­jet prélim­i­naire, elle finit néan­moins par s’endormir. La récom­pense dépassera ses attentes et couron­nera sa patience, quand elle décou­vri­ra, le lende­main matin, la vue qui s’offre à elle depuis le bal­con du chalet. La course vers les som­mets qui s’annonce les ent­hou­si­asme elle et son chien, un com­plice tout aus­si frétil­lant à la per­spec­tive de dérouiller ses pattes.

Pour racon­ter ce jeu de cache-cache avec la mon­tagne, le Belge David Wau­ti­er priv­ilégie une nar­ra­tion sim­ple en phase totale avec un vécu famil­ial, un texte qui tient sur une ligne placée dans un rec­tan­gle en bas de page, comme une bande déroulante lais­sant l’essentiel de l’espace au dessin. Et quel dessin ! Du mou­ve­ment, une util­i­sa­tion de l’espace, des couleurs esti­vales et lumineuses, des per­spec­tives tout en plongées et con­tre-plongées qui, au final, offrent une lec­ture visuelle qui pour­rait se suf­fire à elle-même. Le tra­vail de David Wau­ti­er, sor­ti de l’In­sti­tut Saint-Luc de Brux­elles, sec­tion “illus­tra­tion”, a déjà été primé plusieurs fois. L’auteur a pub­lié plusieurs ban­des dess­inées, deux albums chez Alice Jeunesse : Paul chas­seur d’o­gres et Her­bert et la machine, ain­si que L’étape du Tour de France, pla­que­tte pub­liée dans le cadre de la Fureur de lire par le Ser­vice général des Let­tres et du Livre de la Fédéra­tion Wal­lonie-Brux­elles, con­sultable sur le site d’Objectif Plumes. On y retrou­ve d’ailleurs l’atmosphère de Mon­tre-toi, mon­tagne et de superbes aquarelles, comme celles qu’il tient dans ses car­nets de cro­quis et de voy­age. Des aquarelles qui mag­ni­fient tant le quo­ti­di­en que les paysages mon­tag­nards ou autres.

Michel Tor­rekens

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