On ne va pas moisir ici

Math­ieu BURNIAT, Sous terre, Dar­gaud, 2021, 173 p., 20,5 € / ePub : 13,99 €, ISBN : 978–2‑205–08825‑0

burniat sous terreSuzanne, 16 ans, descend sous terre comme 299 autres can­di­dats pour y ren­con­tr­er le dieu vengeur Hadès lassé de voir les humains détru­ire les richess­es de son Roy­aume. Dans l’idée de s’amuser un peu, celui-ci promet son trône au seul can­di­dat qui sur­vivra aux cinq épreuves imag­inées. Poussés davan­tage par la peur de mourir que par l’improbabilité du suc­cès, les nou­veaux jou­ets du dieu se dépla­cent selon le ter­rain et les moyens disponibles : à pied ou en Metro­ver en zone solide, à la nage et aug­men­tés de branchies en milieu aque­ux. Leur taille tourne habituelle­ment autour du demi-cen­timètre, les lais­sant très sou­vent sans voix (et sans défense) face à des créa­tures nou­velle­ment gigan­tesques.

Régulière­ment, sous le chemin, un avatar d’Hadès sur­git : c’est un holo­gramme pop-up qui les informe au fil de leurs ren­con­tres : « La matière organique […] est fab­riquée par les êtres vivants et […] s’accumule dans le sol à leur mort. Et c’est surtout ici, en sur­face, qu’elle vient se dépos­er en grande quan­tité. L’attestent les feuilles mortes qui vous entourent. » C’est ain­si que Suzanne et son com­pagnon myso­phobe Tom appren­nent des tas de nou­velles choses : rôle bien­fai­teur de l’azote, con­séquences néga­tives de l’agriculture clas­sique sur le sol, exis­tence de créa­tures insoupçon­nées car habituelle­ment hors de leur champ de vision et donc en dehors de toute préoc­cu­pa­tion : pseu­doscor­pi­ons, bac­téries pseudomonas et autres néma­todes.

Burniat sous terre extrait 1

Extrait de “Sous terre” — ©Dar­gaud

Par­fois com­plices, par­fois rivaux, le plus sou­vent les deux, les aven­turi­ers croisent des per­son­nages mythologiques comme l’intrépide Ulysse d’Ithaque, can­di­dat visant la sauve­g­arde de l’écosystème de sa belle région ven­due par le gou­verne­ment grec à des com­pag­nies pétrolières. Ils ren­con­trent égale­ment les trois harpies Ardente, Car­nas­sière et de Glace qui leur poseront cha­cune à son tour une énigme. Et bien sûr, Cer­bère, plutôt digne toutou placide à trois têtes que féroce gar­di­en des Enfers de notre imag­i­naire.

Burniat Sous terre extrait 2

©Dar­gaud

Sous terre est une nou­velle fic­tion sci­en­tifique, un nou­v­el album infor­matif de Math­ieu Bur­ni­at, entouré pour l’occasion du biol­o­giste français spé­cial­isé en botanique et mycolo­gie Marc-André Selosse (auteur égale­ment du glos­saire final). Le roman graphique de 166 pages se trou­ve quelque part entre la série ani­mée Mag­ic School Bus, le genre du slash­er, le jeu télévisé Dou­ble 7, Triv­ial Pur­suit et Walk­ing Dead. Il dévoile une fois de plus les tal­ents du scé­nar­iste, du dessi­na­teur, et sa capac­ité à trans­met­tre avec exac­ti­tude. Math­ieu Bur­ni­at parvient en out­re à engen­dr­er une réflex­ion chez le lecteur, non pas en don­neur de leçons mais avec l’intelligence de celui qui expose les solu­tions et ouvre les pos­si­bles : après tout, « on ne va pas moisir ici… ».

Vio­laine Gréant

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Arti­cle en col­lab­o­ra­tion avec litteraturedejeunesse.cfwb.be