La mémoire lourde des ombres traversées

Philippe LEUCKX, Une rampe de lumière, Oxy­bia, 2023, 60  p., 10 €, ISBN : 978–2‑917873–55‑7

leuckx une rampe de lumiereAvec Philippe Leuckx, de recueil en recueil, le poème grave sur la page du sen­si­ble des mots clés qui inspirent le chem­ine­ment d’encre sou­vent mélan­col­ique et dés­abusé, d’un auteur que la poésie sem­ble plus que jamais con­sol­er d’une mélan­col­ie fer­tile.

Les sou­venirs sont là, maisons com­munes / des silences  et des deuils / avec la mémoire lourde / des ombres tra­ver­sées.

Deuils, mémoire, silence, ombres heureuse­ment trou­vent un peu de lumière lorsque, comme une petite neige, (…) la poudre des mots / éclaire quelque route.

Le deuil omniprésent con­duit la main du poète, con­ver­sant d’oubli /avec l’absente. Il a beau essay­er, on reste de soi à soi / sans parole ; il nour­rit la soli­tude des soirs obscurs, donne sa teinte anthracite à l’écriture : Un ciel som­bre / à écrire des poèmes de traîne / le long des murs de peine / l’hiver.

L’actualité nour­rit aus­si l’accablement du poète pour qui être libre alors que d’autres hument / la sale odeur des bombes russ­es / (l)’afflige comme une beauté / con­quise sans effort.

La guerre cogne au cœur du poète, évo­quant les enfants nés dans les pro­fondeurs du métro de Kiev ou ceux dans les rues de Kharkiv sous les bombes.

L’écriture empathique entraîne le lecteur dans cette explo­ration du sen­si­ble intime  et cette con­fronta­tion au réel le plus vio­lent. On aimerait que le poète y  trou­ve Une rampe de lumière. Celle qui le mèn­erait dans les vignes qu’il aime évo­quer, là, tout près, l’enfant rêve / de vent léger.

Jean Jau­ni­aux

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