Écrire une poésie fulgurante…

Gaë­tan FAUCER, Lance-flammes, Bleu d’encre, 2023, 82 p., 15 €, ISBN 978–2‑930725–62‑8

faucer lance-flammesDans la bib­li­ogra­phie de Gaë­tan Faucer pré­domi­nent les œuvres théâ­trales. On y trou­ve aus­si des apho­rismes, des nou­velles, et trois biogra­phies parues dans le for­mat court des Arti­cles aux édi­tions Lamiroy. C’est peut-être dans ces for­mats, courts, et dans cette forme, le théâtre, qu’il faut aller iden­ti­fi­er l’art sin­guli­er d’écrire une poésie nar­ra­tive et ful­gu­rante, lyrique et étince­lante. Il s’agit dans la brièveté de cette poésie-réc­it, d’aller à l’essentiel, comme dans l’aphorisme ou la nou­velle, mais aus­si de pou­voir pass­er l’épreuve de l’oral, comme pour le théâtre.

Au cat­a­logue de la mai­son Bleu d’encre, le titre de Lance-flammes (et l’illustration de cou­ver­ture signée de Hugues Haus­man, artiste pro­téi­forme, comé­di­en, réal­isa­teur et dessi­na­teur) hap­pent d’emblée. Lance-flammes à lire comme pro­jec­tions à la fois de feu et de lumière. « Incan­des­cences », est un titre qui aurait pu con­venir à cer­tains poèmes de ce recueil, comme

Noir et blanc
- (Le sacré l’immaculé le pur/Lui me provoque l’effroi/Le vide la chute sans attache (…)-,
Près de nous –
(Or quelque part/ Proche de nous/ règ­nent des secrets (…) -.

L’ironie n’est pas absente de ces flammes poé­tiques, comme dans « Sous les feux », une ode gour­mande (..) au festin/ Que l’on fes­toie tan­dis que, future ripaille, Seule sur la broche/Tu pivotes/ En tour­nant (…).

La réal­ité n’est pas absente de la rêver­ie poé­tique. L’affrontement du vide revient à plusieurs repris­es. L’angoisse de la page blanche et l’énigme de l’écriture acca­blent le poète qui les com­bat en les exp­ri­mant dans de très beaux moments d’émotion, exp­ri­mant Plusieurs maux pour / Cette douleur sans mots (…)

Écrivain de théâtre et lui-même comé­di­en, Faucer imprime à sa poésie le rythme d’une voix, d’une scan­sion portée par la puis­sance des allitéra­tions – (Cette indi­gence / Indi­geste (…) –, et la justesse des répéti­tions. Sous le titre « Facil­ité », il évoque l’entrelacement du geste et de la parole dans un texte qui sem­ble être le mode d’emploi du recueil. Il invite à lire à voix haute pour lut­ter con­tre la prépondérance du geste… Où sont passés / Les bons hâbleurs / Ceux aux­quels on ne résiste… ?  Et de s’indigner : Le geste ! / Quelques mots bâclés / Et l’on croit que le tour / est joué

Le recueil qui s’ouvre par des textes qu’aucun fil ne réu­nit, se partage ensuite en séquences iden­ti­fiées par les titres Char­nel, Pur-sang, Vacuité, et Arcanes.

Ce dernier titre, qui évoque le mys­tère, la dis­sim­u­la­tion, la manœu­vre secrète est para­doxale­ment le plus lumineux. Au terme de son chem­ine­ment, le poète se tourne vers l’univers, le cos­mos, le soleil depuis La terre / Unique lieu où tout s’observe. Il y rel­a­tivise la place de L’homme face à l’univers. Mais, dans « Soleil secret », la rêver­ie emporte le poète : Le soleil / Enfouit sous ses flammes / Un secret jamais / Dévoilé…

N’y a‑t-il pas là, dans une flam­boy­ante métaphore, l’interrogation inces­sante du poète face à son art ? Cette énigme qu’est la poésie que rien ne définit vrai­ment mais qui est comme « l’aube », Le com­mence­ment de la créa­tion / Décou­vrons le soleil / Dépouil­lons-le / De ses rayons / De ses arcanes les plus pro­fonds / (…) Pour enfin accéder à cer­taines / Con­nais­sances…

Jean Jau­ni­aux

Plus d’information