Marc MENU, L’évangile par le menu, 2023, Cactus inébranlable, coll. « Microcactus », 2023, 96 p., 10 €, ISBN : 978–2‑39049–091‑3
Dans ce dernier opus, L’évangile par le menu, l’auteur, Marc Menu, joue avec délectation de tous les clins d’œil qu’il peut lancer au lecteur dans le souvenir de ses lectures de l’Évangile où les échos de ce texte fondateur sont malmenés avec, dirons-nous, une certaine amitié des protagonistes. On reconnaît l’auteur au titre qui nous invite à ne pas prendre l’Évangile à la carte mais à la déguster au menu. C’est en effet une forme de pochade que l’auteur nous délivre en un délire punk — rock’n roll des scènes bibliques.
Jésus, ses acolytes, ses amis, les apôtres, Marie-Madeleine, Judas sont tous convoqués dans cet Évangile où ils deviennent ces personnages marqués par une forme de conscience des temps – autant le leur que le nôtre – et nous en voulons pour preuve la fin du livre qui se termine par …
- Eh bien mon gros lapin, tu reviens de loin, toi…ça fait une demi-heure que tu gémis, que tu te débats dans ton sommeil. Regarde dans quel état tu as mis ton oreiller! C’est encore ce rêve n’est-ce pas ?
Jésus se blottit contre elle.
- Oui, murmura-t-il, j’étais de nouveau en 2023. Quel cauchemar affreux…
Marc Menu s’amuse, nous amuse évidemment, et nous fait même rire ; ces allusions aux textes des évangiles sont passés à la moulinette de l’ironie, de l’humour un peu potache à certains moments (mais c’est aussi une forme de grignotage), de la perte peut-être de ce récit initial ou, dès lors qu’on le parodie, c’est qu’il est là, tout entier, résistant et qu’il nous nargue encore… Tout fout le camp, même l’Evangile de Binche, pourrait nous souffler l’auteur…
Marc Menu les grignote ces évangiles, les perforant d’allusions à l’actualité, à l’horreur du temps et aussi peut-être aux désillusions de l’époque. C’est un récit que l’on pourrait raconter avec ses amis autour d’un bon repas et où chacun amènerait sa part d’humour ou même de bouffonnerie. Ce sont des boutades littéraires bien sûr, mais il y règne aussi une sorte d’intelligence interne du récit puisqu’on ne peut pas se moquer vraiment de ce qui ne résiste pas. Il faut de la résistance pour que l’humour s’exerce. Il y a dans cet Évangile par le menu, aussi, le rappel d’un enchantement devenu probablement la marque des désillusions du temps car, c’est aujourd’hui évidemment, le temps des nouveaux évangiles quotidiens et les guerriers de la pureté font de la vie en commun une résidence surveillée ou tous les coups sont comptés et les contrecoups plus fort encore.
Nous sommes rentrés depuis quelques années dans le temps des anathèmes, de quelque monde que ce soit, des excommunications en quelques phrases. L’auteur donne ainsi une sorte de coup de pied dans la fourmilière pour remettre le terrain à plat quelques instants.
Il n’y a pas de texte innocent, aucune phrase, ni parole mais celles de l’auteur ne sont pas frappées de sous-entendus que la hargne du temps met en avant. Il ne faut pas de lourds prétextes pour faire périr un texte et Marc Menu ne se trompe pas, il ne s’agit pas pour lui de frapper d’anciens moulins-à-vent mais d’exercer une forme de liberté frondeuse qui est de rire et de faire rire pour marquer la fin silencieuse d’un temps.
Daniel Simon