Pierre CORAN (texte) et Dina MELNIKOVA (ill.), À tire‑d’aile, CotCotCot, coll. « Matière vivante », 2024, 24 p., 10,90 €, ISBN : 9782930941684
La collection « Matière vivante » des éditions CotCotCot « se veut terrain de recherche poétique permettant de relier les êtres vivants à la nature, à l’écologie ». Après De la terre dans ma poche et Larmes de rosée, elle accueille un troisième titre, À tire‑d’aile, fruit du dialogue artistique entre Pierre Coran et Dina Melnikova. Le premier n’est plus à présenter, chêne majestueux de la forêt des Lettres belges francophones, à la souche solide, au feuillage dense, à la sève tranquille. La seconde compte moins de cernes sur son tronc éditorial et ses racines se développent sous forme de rhizomes : Melnikova explore les techniques, ne s’enfermant dans aucune, et joue avec leurs potentialités révélatrices.
Pour les pages du présent ouvrage, ce seront gouache, crayons gras, gomme de réserve, monotype. Cet entrecroisement de gestes et de dimensions graphiques façonne un monde de transparence et d’intensité où toutes les nuances de vert et de bleu se voient convoquées. Les tableaux de l’artiste n’illustrent pas un texte mais traduisent davantage des impressions. Ils fragmentent des ensembles en écailles précieuses, épousent des mouvements nuageux et aquatiques, évoquent le scintillement flou de cimes observées avec des yeux plissés par le soleil, impriment dans le détail les nervures de feuilles façon tataki zomé, bruissent des ailes d’une demoiselle Odonata et de l’agitation souple d’un chiffon.
Et la magie opère avec la narration minimaliste de Coran. Une libellule, prise au piège puis libérée, retrouve la douceur des nénuphars, virevolte dans l’amplitude retrouvée et remercie, peut-être, l’être humain qui l’a sauvée. Quelques petites phrases pour une grande histoire. La simplicité des mots qui se posent sur les pages comme pour repartir aussitôt, à tire‑d’aile, vers d’autres univers, répond harmonieusement à la légèreté des dessins proposés. Demeurent, avant de s’évanouir, le sentiment d’une connexion, la perception d’un instant lumineux, la trace d’une pure beauté.
Ce projet en duo brille donc de cohérence dans son fond mais également dans sa forme car c’est un « livre imprimé en Belgique avec des encres végétales sur papier recyclé » et dont la « reliure [a été] réalisée par l’association bruxelloise L’Ouvroir, entreprise de travail adapté ». Une juste manière de créer du lien à dimension écologique, et humaine aussi.
Samia Hammami