Un coup de cœur du Carnet
Marie MEULEMAN (autrice) et Matthieu LITT (photographe), Camille se réveille, CotCotCot, 2026, 164 p., 19,90 €, ISBN : 9782930941806
Se réveiller, sous ses paupières. Prendre conscience de l’au-dehors. Ouvrir les yeux, les rideaux bleus. Regarder par la fenêtre sans horizon. S’étirer. Allumer son téléphone. Se verticaliser, pieds au plancher. Un pas, puis l’autre, monter les marches vers la cafetière. Saluer le chat. Prendre sa tasse, la remplir, se brûler la langue. S’habiller. Partir, courir. Chaque matin, un cycle immuable qui se répète autour d’infimes et infinies variations. Celles-ci se nichent dans l’énergie à « quitter la nuit qui autorise tout et que rien n’interdit » ou le refus d’affronter le jour, le soleil dardant ou le ciel plombé, le choix de la tasse pour le breuvage noir. Et cependant toujours les mêmes tentures, la même cuisine, la même course, la même Bruxelles… Continuer la lecture




La collection « Matière vivante » des éditions CotCotCot « se veut terrain de recherche poétique permettant de relier les êtres vivants à la nature, à l’écologie ». Après De la terre dans ma poche et Larmes de rosée, elle accueille un troisième titre, À tire‑d’aile, fruit du dialogue artistique entre Pierre Coran et Dina Melnikova. Le premier n’est plus à présenter, chêne majestueux de la forêt des Lettres belges francophones, à la souche solide, au feuillage dense, à la sève tranquille. La seconde compte moins de cernes sur son tronc éditorial et ses racines se développent sous forme de rhizomes : Melnikova explore les techniques, ne s’enfermant dans aucune, et joue avec leurs potentialités révélatrices.
Photographe naturaliste ukrainien, Maksim a changé de sujet de travail quand la guerre s’est invitée dans son pays. Les champs de bataille, les zones sinistrées, les gens qui prennent la route en laissant leur maison derrière eux ont remplacé les paysages, les arbres et les animaux devant son objectif. Les animaux sauvages en tout cas. Car les animaux de compagnie, eux, suivent leurs maîtres dans l’exil, subissent à leurs côtés les horreurs du conflit, victimes eux aussi de la folie des Hommes.
Pour le deuxième opus dans leur collection « Les carnets », les éditions CotCotCot, aussi dynamiques que fureteuses, ont ouvert leurs pages à un trio réjouissant : Almuneda Pano et Elisa Sartori (réunies dans le collectif 10ème Arte) aux palettes, et Lisette Lombé à l’encre. Ces artistes se rejoignent à bien des égards sur le plan de la création, notamment autour de trois aspects : elles réfléchissent le monde, se positionnent par rapport à lui (en plus de s’y inscrire), posent un regard personnel dessus. Ce triple mouvement se manifeste lorsqu’on les lit et/ou les écoute, que l’on s’intéresse à leurs multiples explorations. Dans cette collaboration, elles se sont mises À hauteur d’enfant avec un à‑propos encore une fois renouvelé. 


Ce leporello est un livre ; il se glisse dans un mince étui et se range dans les rayons d’une bibliothèque. Ce livre est un leporello ; fait d’une seule page pliée en accordéon, il ne se manipule pas comme un ouvrage traditionnel ; et voilà que se modifient pas mal d’habitudes de lecture…
Un grand carnet souple, Tous mes cailloux, un petit livret coloré, De la terre dans mes poches, et nous voilà plongés dans les sons et les odeurs des mots de Françoise Lison-Leroy accompagnés des dessins de Matild Gros et de Raphaël Decoster. Des univers graphiques entourant les poèmes de Françoise Lison-Leroy que l’on rencontre dans le catalogue de la maison d’édition Cotcotcot. La matière, terre, pierre et cailloux, est le sujet principal de ce premier livret et ce premier carnet entamant de nouvelles collections.
Suzie a perdu le sourire, inquiète de ce qui se trame dans le monde des adultes. Inquiète d’inquiéter plus encore les adultes. Elle se compose une collection de sourires à arborer en toutes circonstances. « Un sourire comme défense ». La pauvre Suzie retient tout et garde ses sourires figés. Face impeccable, elle fait face jusqu’à ce que ses sourires de papiers se déchirent. Qui est Suzie ? Elle se cache derrière ses multiples sourires qui la dissimulent, l’étouffent peut-être. Plus elle sourit, plus la vie se complique. Suzie tient ses sourires, contient ses sentiments, jusqu’au « déluge » des émotions. Jusqu’à ce qu’enfin, les parents comprennent et rassurent l’enfant qui en avait besoin.