Des fragments d’éternité qui parsèment le quotidien…

François-Xavier LAVENNE, Mau­rice Carême, Le mir­a­cle d’exister, Lamiroy, coll. « L’article », 2024, 5 €, ISBN : 978–2‑87595–917‑1

lavenne maurice careme le miracle d'existerQui mieux que François-Xavier Lavenne pou­vait con­sacr­er une des livraisons de la col­lec­tion « L’article » à l’œuvre de Mau­rice Carême ?

Il a choisi de nous faire vis­iter la mai­son-musée du poète, en s’arrêtant dans cha­cune des pièces et dans le jardin pour y racon­ter ce que ces lieux évo­quent de l’œuvre. Il devient poète lui aus­si, comme si le génie de la mai­son le guidait pour nous en par­ler.

La demeure de Mau­rice Carême dresse ses pignons peignés par les branch­es d’un saule (…). Celui qui passe sous la vierge du porche est (…) au cœur d’une utopie poé­tique bâtie d’alexandrins avant d’être de briques, au plus près de l’âme du poète.

Dans cet essai, il entrelace l’évocation de l’œuvre et celle de la mai­son. On se retrou­ve hyp­no­tisé par la grâce d’un réc­it de vie qui com­mence au berceau du poète né à Wavre dans la dernière année du 19e siè­cle. Il se pour­suit dans une enfance illu­minée par l’amour de ses par­ents, aus­si pau­vre qu’heureuse. Sans revenir ici sur des étapes que retrace le biographe, épin­glons l’admiration pré­coce pour Ver­haeren, dont la pho­togra­phie orne le bureau à l’étage. Sou­venons-nous de l’attachement de Carême aux échanges entre le Nord et le Sud du pays : le poète con­sacra la pre­mière antholo­gie bilingue à la poésie néer­lan­do­phone de Bel­gique dans les années 1960. Pour la men­er à bien il se fait aider par le jeune Jacques De Deck­er, dont on peut lire en fin de vol­ume l’évocation qu’il enreg­is­tra au micro d’Espace-Livres.

La vis­ite de la mai­son se pour­suit. Égrenant au fil des heures de la journée les pièces regorgeant de témoignages (pho­togra­phies, pein­tures, let­tres illus­trées, objets…), notre guide par­court les étapes de la créa­tion lit­téraire, son chem­ine­ment depuis la pub­li­ca­tion des pre­miers poèmes (Carême fait par­tie des fon­da­teurs du Jour­nal des poètes !), influ­encés par les avant-gardes et par­ti­c­ulière­ment par le sur­réal­isme (…). Il y a aus­si le prosa­teur qui lance une charge con­tre la petite bour­geoisie (Hôtel bour­geois), qui con­sacre un roman au foot­ball : Le mar­tyre d’un sup­port­er, prob­a­ble­ment le pre­mier roman à avoir fait entr­er le foot­ball dans la lit­téra­ture, souligne Lavenne. Vient ensuite Mère. Pub­lié en 1935, le recueil remet en ques­tion la poésie « intel­lectuelle » et témoigne de la recherche d’une sim­plic­ité et d’une flu­id­ité qui s’accorde avec la quête méta­physique. L’auteur met en lumière l’un des fils con­duc­teurs de l’œuvre : (…) la défense du droit de l’homme à rêver.

Au terme de ce court vol­ume, le directeur du Musée Carême nous aura fait partager l’œuvre du poète, ce par­cours sin­ueux, affleu­rant les abîmes du doute et habité en même temps d’une force et d’une con­fi­ance ray­on­nante. Il nous aura aus­si invités à relire sans préjugé l’œuvre dont il aura dévoilé la com­plex­ité, les doutes, les ques­tion­nements. Il aura enfin évo­qué, présente partout dans la mai­son blanche, l’amitié qu’inspira le poète à tant de ses con­tem­po­rains, artistes (Luc De Deck­er, Paul Del­vaux, Félix De Boeck, Hen­ri-Vic­tor Wol­vens…), écrivains et poètes (Julos Beau­carne, Jacques De Deck­er, Philippe Lekeuche, …), mais aus­si lec­tri­ces et lecteurs de son œuvre dans la langue orig­i­nale ou dans des dizaines de tra­duc­tions et adap­ta­tions.

Lavenne rede­vient poète lorsqu’il prend con­gé de nous avec ces mots : Et dans le jour qui s’avance vers les fontaines bleues de la nuit, la mai­son blanche étend son ombre sur l’allée, comme un accueil.

Jean Jau­ni­aux

N.B. Au début du vol­ume, un QR Code donne accès à un choix de poèmes de Mau­rice Carême : Notre mai­son, Venez.., La cui­sine, Bon­té, Il pleut douce­ment ma mère, Rue des fontaines, L’enfant des bon­heurs sans rai­son, Moed­erken-Mère, L’école, La tête de mort…etc

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