Daniel DE BRUYCKER, Chantal DELTENRE, Pour violon seul, Chat polaire, 2024, 75 p., 15 €, ISBN : 978–2‑931028–30‑8
La perte de l’être cher et l’absence qui en résulte provoquent toujours un séisme. Tout dès lors semble tourner au ralenti, les secondes qu’égrène l’horloge accrochée au mur, la lumière matinale, les sons même de la nature semblent se retenir en chuchotant. Sous la plume de Daniel De Bruycker, les quatrains se succèdent, les uns découlant des autres, s’enchâssant dans les lézardes des murs d’un jardin de mémoire où, petit à petit, les plantes, les saisons et les vents cherchent à réaccorder leur violon. Dans le silence de la perte, les rôles de chacun se réinventent, sans cesse,
Le silence, devinais-je, chantait
m’invitant à reprendre avec lui :
je ferais les couplets
lui le refrain, sans fin.
Le jardin répondant au séisme du manque, pour paraphraser le titre du livre de Stéphane Lambert qui court sur les pas de François Muir, le poète observe les imperceptibles changements qui s’opèrent dans l’ordre naturel des choses. Même s’il ne les comprend pas forcément.
Les saisons s’enchaînaient
je ne sais plus très bien
lesquelles, ni combien – seulement
que l’une partait avant que l’autre arrive.
Les hautes branches peut-être
après la saison des nids
comprennent cela –
moi, toujours pas.
Dans l’attente patiente d’un éternel retour, et même si l’absence engendre une inévitable dissonance, les mots semblent s’arrimer à l’étrange série de photographies que propose Chantal Deltenre dans le fil du texte. Des bois striés qui dessinent des visages et qui sont comme des totems-protecteurs balisant la route de celui qui reste.
Chaque hiver depuis lors
les arbres se dénudent.
j’en suis d’accord : on est dans l’ordre
de l’inoubliable.
Rony Demaeseneer