Archives par étiquette : Chantal Deltenre

Le Top 2024 d’Angélique Tasiaux

Le Car­net et les Instants revis­ite l’année lit­téraire 2024 avec le Top 3 de ses chroniqueurs et chroniqueuses. Aujourd’hui : la sélec­tion d’Angélique Tasi­aux. Con­tin­uer la lec­ture

« Le jardin, le séisme »

Daniel DE BRUYCKER, Chan­tal DELTENRE, Pour vio­lon seul, Chat polaire, 2024, 75 p., 15 €, ISBN : 978–2‑931028–30‑8

de bruycker deltenre pour violon seulLa perte de l’être cher et l’absence qui en résulte provo­quent tou­jours un séisme. Tout dès lors sem­ble tourn­er au ralen­ti, les sec­on­des qu’égrène l’horloge accrochée au mur, la lumière mati­nale, les sons même de la nature sem­blent se retenir en chu­chotant. Sous la plume de Daniel De Bruy­ck­er, les qua­trains se suc­cè­dent, les uns découlant des autres, s’enchâssant dans les lézardes des murs d’un jardin de mémoire où, petit à petit, les plantes, les saisons et les vents cherchent à réac­corder leur vio­lon. Dans le silence de la perte, les rôles de cha­cun se réin­ven­tent, sans cesse, Con­tin­uer la lec­ture

Au premier regard

Chan­tal DELTENRE, Le regard retrou­vé, Esper­luète, 2024, 103 p., 18 €, ISBN : 9782359841817

deltenre le regard retrouvéEn dépit de la météo, la nar­ra­trice décide d’aller « marcher quelque part », elle qui, dans ses lieux com­muns, « trou­ve tou­jours quelque chose à voir ». Scène inau­gu­rale du réc­it, cet élan per­cep­tif fait jail­lir un regard, qui par­court, se dérobe, inter­roge, explore, embrasse, fixe, se suit. Dans un kaléi­do­scope aux prismes intimes et aux clartés touchant le philosophique et l’imminemment col­lec­tif, l’écrivaine, eth­no­logue et pas­sion­née de pho­togra­phie, Chan­tal Del­tenre se met en quête de celui qui per­met de voir, de se voir, de se redé­cou­vrir quand il s’était oublié ou avait été cen­suré, cet œil réson­nant qui trans­met une rumeur qui ranime. Con­tin­uer la lec­ture

L’univers carcéral en Nouvelle-Calédonie

Chan­tal DELTENRE, Camp Est. Jour­nal d’une eth­no­logue dans une prison de Kanaky Nou­velle-Calé­donie, Post­face de Marie Salaün, Anar­char­sis, coll. « Les ethno­graphiques », 228 p., 16 €, ISBN : 9791027904440

deltenre camp estEth­no­logue, écrivaine, autrice de La mai­son de l’âme (Edi­tions Mael­ström, 2010), Chan­tal Del­tenre livre dans Camp Est un jour­nal de ter­rain qui évoque la mis­sion d’observation ethno­grahique en milieu car­céral dont elle a été chargée. Étrangère à la cul­ture kanak, au monde calé­donien et extérieure à l’institution péni­ten­ti­aire, elle côtoie durant un mois le « Camp Est » situé sur l’île de Nou, une prison de Nouméa dont elle décrit et analyse le fonc­tion­nement, les cer­cles de vio­lence physique, struc­turelle, sociale, sym­bol­ique, mais aus­si les enjeux et l’impensé. Le réc­it est avant tout celui d’un dépayse­ment, d’un saut dans un monde dou­ble­ment incon­nu (cul­ture kanak, monde mélanésien et espace car­céral), d’une atten­tion à la dimen­sion colo­niale de l’institution péni­ten­ti­aire. Tou­jours placée sous la sou­veraineté de la République française, la Nou­velle-Calé­donie a très tôt été conçue par la France colo­niale comme une terre de bagnes sur laque­lle expédi­er les détenus de droit com­mun ou poli­tiques (qua­tre mille Com­mu­nards, dont Louise Michel, furent trans­férés dans des péni­tenciers calé­doniens). Ce qui frappe Chan­tal Del­tenre, ce sont les sui­cides des jeunes détenus, la com­po­si­tion de la pop­u­la­tion, à majorité kanak (90% de détenus kanak, presque tou­jours issus de quartiers défa­vorisés, de squats), la minorité de pris­on­niers cal­doches, d’origine européenne, la crise iden­ti­taire, psy­chique que l’enfermement induit. Con­tin­uer la lec­ture

Un amour fantasmé

Chan­tal DELTENRE, Où part l’amour, avec des pho­tos de l’autrice, Mael­strÖm, 2020, 278 p., 15 €, ISBN : 9782875053671

deltenre ou part l amour« Pho­togra­phi­er, c’est écrire avec la lumière. »

« Un paysage aimé ne vous quitte jamais. Même à des kilo­mètres et des années de dis­tance, un paysage, c’est d’une fidél­ité inébran­lable. »

Par petites touch­es fines et sen­si­bles, Chan­tal Del­tenre, écrivain, eth­no­logue, ama­teur pas­sion­né de pho­togra­phie – ses clichés évo­ca­teurs jalon­nent son dernier livre – nous rend proche, presque chère, son héroïne. Con­tin­uer la lec­ture

Où l’on suit passionnément pas à pas les premiers pas d’une autrice dans l’écriture

Chan­tal DELTENRE, Écrire en marchant. Pre­miers pas, Mael­ström, 2018, 134 p., 14 €, ISBN : ISBN : 978–2‑87505–305‑3

deltenre ecrire en marchant

Deux événe­ments minus­cules se pro­duisent à ce moment-là. Une mouche, soudain piégée au cor­don de glu qui pend du lus­tre au-dessus de ma tête, se met à vib­ri­on­ner. Sa lutte dés­espérée me vrille les oreilles. En même temps, une mésange vient se pos­er au bord de l’ap­pui de fenêtre extérieur. (…) Ma gorge se serre. (…) Je n’en peux plus de cette immo­bil­ité. Si je ne bouge pas, le tour­bil­lon qui emporte le sourire de ma grand-mère (…), l’or­dre et le décor figés de la pièce à vivre, (…), je glis­serai avec eux dans la mort, l’ex­tinc­tion.

Des fois, tout se décide sur un coup de tête. Irréfléchi. Comme une réponse, pas du tout atten­due, aux aléas ou aux impass­es de la vie. À la lec­ture d’Écrire en marchant, on se dit que Chan­tal Del­tenre aurait très bien pu ne jamais écrire, ne jamais pub­li­er. Sauf qu’il y a eu cet instant T, événe­ment fab­uleux, véri­ta­ble matrice de sa vie d’écrivain. Con­tin­uer la lec­ture

Cernes de famille

Chan­tal DELTENRE, La Forêt Mémoire, mael­strÖm, 2016, 110 p., 12 €

deltenreCom­ment imbrique-t-on dans sa mémoire les sou­venirs, doux ou douloureux ? Com­ment faire pour qu’ils se trans­fig­urent, se floutent et ne nous digèrent pas tout cru ?
Dans La Forêt-Mémoire, la nar­ra­trice, encore enfant, a plan­té à son seul usage une canopée sen­si­ble imag­i­naire. Au plus pro­fond, comme dans autant de boules à neige, elle peut à loisir étein­dre ou ani­mer les scènes qu’elle a vécues : Grande, la mamy aimante, en train de rac­com­mod­er un chandail. Grand, le pépé com­mu­niste, feuil­letant Le Dra­peau Rouge en quête d’une nou­velle manif où il l’emmènerait. La Ducasse d’Ath et ses Géants au dernier week-end d’août, les bor­ds de la Den­dre et la stat­ue de Saint Antoine, qui veille sur la plus jeune occu­pante de la maison­née. Il reste mal­gré tout des paysages qui grésil­lent bien trop à son goût, sous ten­sion ou au mieux, vidés de tout lien. Des moments qu’elle ne maîtrise guère: tous ceux où appa­rais­saient ses par­ents, mar­iés très jeunes et comme encom­brés de leur progéni­ture. Con­tin­uer la lec­ture