Aurore DRÉCOURT, La folle destinée des Kerdelec, Tome 2 : Un mystère à Saint-Malo, Calmann-Lévy, 2024, 510 p., 17 € / ePub : 7,99 €, ISBN : 978–2‑7021–8855‑2
Le tome 2 de cette duologie démarre là où le tome précédent s’est arrêté : Sophie de Kerdelec part à Saint-Malo afin de retrouver l’acte de baptême original prouvant la légitimité de sa famille pour réclamer un héritage qui sauvera cette dernière de la ruine et un destin non désiré pour les membres de la fratrie.
Son père étant alité et son frère jumeau ayant disparu dans la nature, Sophie est obligée de poursuivre sa quête travestie en homme afin d’avoir une plus grande liberté d’action (pour rappel, nous sommes au 20e siècle). Mais elle n’est pas seule, elle est accompagnée de son ami d’enfance Mathieu de Chevigné et d’Antoine de Carnac, qui brigue également l’héritage.
Lorsque le trio arrive sur place, Mathieu est obligé de partir pour régler des affaires privées. Sophie se retrouve alors en tête à tête avec le Comte de Carnac pour dépouiller les archives non rangées dans la Cathédrale de Saint-Malo. Au départ, elle subit la présence d’Antoine, son arrogance et son impertinence l’agacent, mais elle apprend peu à peu à le connaître et découvre sa loyauté et sa générosité dans les moments difficiles.
Carnac et lui étaient capables de rester des heures dans ces archives sans prononcer le moindre mot. Le comte prenait à cœur sa mission, ce qui accentua encore le sentiment de culpabilité d’Étienne. Carnac avait beau se montrer ambigu, il tenait parole, il l’aidait à chercher la preuve de baptême de son aïeul, alors que celle-ci pourrait le spolier de son propre héritage. Il méritait davantage de considération de la part d’Étienne.
Outre la recherche d’héritage, Sophie doit également affronter son premier chagrin d’amour, éviter de justesse une attaque d’hommes peu scrupuleux et s’improviser sage-femme pour une jeune femme menacée par le scandale…
Lors de ses aventures, elle obtient le soutien de Madame de La Pommeraye, qui lui fait découvrir un bal libertin, mais aussi ses salons, où les pauvres et les nantis sont traités en égaux et réunis pour leur vivacité d’esprit et leur éloquence, des événements qui lui offriront un autre regard sur le monde…
Plus Étienne fréquentait ces salons, plus il les appréciait. Tous ces gens rassemblés autour de madame de La Pommeraye n’avaient peut-être aucun titre, mais ils vivaient chaque jour leur vie comme une aventure. Ils parlaient avec passion, se moquant des affaires de jupons, de la réputation d’Un tel ou d’Une telle, ou encore de se trouver un bon parti. Et surtout, ils nourrissaient des buts et des rêves qu’Étienne leur enviait.
Dans le deuxième volet de La folle destinée des Kerdelec, Aurore Drécourt nous offre une histoire riche en rebondissements écrite dans un style fluide. La part belle est ici faite à la romance de l’héroïne, qui vit ses premiers émois amoureux et traverse non sans difficulté l’ambivalence d’un amour naissant, ce qui donne à lire des passages aux accents austeniens.
Dans ce récit, le personnage d’Antoine de Carnac constitue un atout par sa complexité : entre sa loyauté dissimulée et ses provocations incessantes, il est difficile de s’ennuyer et l’on découvre constamment une nouvelle facette de lui au fur et à mesure des péripéties. Le relief donné à ce personnage et la découverte du libertinage chez Sophie font de ce roman une histoire initiatique.
Lorsque l’acte notarié est retrouvé et le déguisement de Sophie peu à peu dévoilé, les enjeux de l’histoire changent : certaines amitiés se renforcent, de nouveaux ennemis apparaissent et plusieurs demandes en mariage tombent. Poussée par sa lassitude de se travestir en homme et son besoin impérieux d’authenticité, Sophie va devoir faire des choix, que vous découvrirez à la fin du récit.
Séverine Radoux