Jean-Marie CORBUSIER (textes), Dominique NEUFORGE (encres), Printemps pour un autre rivage, Taillis Pré, 2024, n.p., 25 €, ISBN : 978–2‑87450–228‑6
La collection « Livres d’artistes » des éditions Le Taillis Pré est peut-être la moins connue de cet éditeur incontournable dans le paysage poétique en Belgique francophone. C’est d’ailleurs le propre de ce type de publication, de nature confidentielle. Non broché, le livre se présente sous la forme d’un cartonnage carré renfermant les pages volantes imprimées sur papier épais légèrement teinté (papier Steinbach). De sorte qu’il est possible de déployer l’ouvrage afin d’appréhender le texte à la manière d’une lecture-puzzle. La belle typographie aérée de chaque page, le jeu sur la lettrine en gras et italique ainsi que les encres délavées de Dominique Neuforge qui rehaussent les poèmes, donnent à l’ensemble un caractère extrêmement soigné.
Dès lors que le livre se veut écrin, les poèmes épurés que propose Jean-Marie Corbusier, sous le titre Printemps pour un autre rivage, sont autant de pépites miroitantes que le lecteur découvre à pas lents. Lecteur-confident qui s’immisce dans l’écho du poète en retrait mais toujours sensible au tremblement du monde. Tels des secrets à décrypter, les poèmes s’engouffrent dans les lézardes de mémoires où les zones d’ombres chahutent la lumière.
De quelle attente
au fond de la mémoire
ton avenir maintenant
c’est nous
partout et nulle part
notre vigilance
complices de chaque jour
pour en tourner la page
Face au silence et à l’absence, il ne reste au poète que la lumière de sa langue qui, malgré le manque d’écho, continuera de nommer le monde et de clamer son chant jusqu’à l’autre bout du rivage.
Nous appelons et c’est le noir
nous appelons encore
rien
une ombre à peine
rien
nous appellerons
Rony Demaeseneer