« Rentrée littéraire » désigne traditionnellement la période d’effervescence éditoriale qui s’étend de fin aout à début novembre. C’est à ce moment que paraissent les livres en lesquels les maisons d’édition (parisiennes) voient de possibles candidats aux Goncourt, Renaudot et autre Femina. Depuis plusieurs années, toutefois, le calendrier éditorial connait un autre temps fort, en janvier-février. Les sorties sont nombreuses et les livres qui paraissent à ce moment-là sont aussi de ceux sur lesquels les éditeurs misent particulièrement. On parle donc désormais aussi d’une rentrée littéraire d’hiver. Continuer la lecture
Archives par étiquette : Jean-Marie Corbusier
Un écrin, une page, un appel…
Jean-Marie CORBUSIER (textes), Dominique NEUFORGE (encres), Printemps pour un autre rivage, Taillis Pré, 2024, n.p., 25 €, ISBN : 978–2‑87450–228‑6
La collection « Livres d’artistes » des éditions Le Taillis Pré est peut-être la moins connue de cet éditeur incontournable dans le paysage poétique en Belgique francophone. C’est d’ailleurs le propre de ce type de publication, de nature confidentielle. Non broché, le livre se présente sous la forme d’un cartonnage carré renfermant les pages volantes imprimées sur papier épais légèrement teinté (papier Steinbach). De sorte qu’il est possible de déployer l’ouvrage afin d’appréhender le texte à la manière d’une lecture-puzzle. La belle typographie aérée de chaque page, le jeu sur la lettrine en gras et italique ainsi que les encres délavées de Dominique Neuforge qui rehaussent les poèmes, donnent à l’ensemble un caractère extrêmement soigné. Continuer la lecture
Le terreau arable des mots
Jean-Marie CORBUSIER, À ras, Taillis Pré, 2023, 137 p., 17€, ISBN : 978–2‑8745–216‑3
« …il faut beaucoup parler pour cacher
un mutisme authentique… »
Georges PERROS
Avec ce nouveau recueil, À ras, publié comme les précédents au Taillis Pré, Jean-Marie Corbusier poursuit encore plus loin son duel avec les mots du poème. Un combat toujours renouvelé pour le poète discret et « en retrait » (nullement « retranché » pour autant) qu’il est, passionné par les paysages qui ont le silence en partage, les Ardennes, la Bretagne. Un combat sans cesse renouvelé au moment de couvrir la page blanche et dont l’âpreté naît justement de cette économie des mots scandés, répétés. Continuer la lecture
Rentrée littéraire 2023 : abondance et diversité
Le rituel est connu : chaque année en juin, les maisons d’édition dévoilent le programme de leur rentrée littéraire. Et lectrices et lecteurs de partir en vacances avec la certitude de trouver en librairie, dès la mi-août, pléthore de nouveaux livres qui adouciront à n’en point douter le retour à la vie professionnelle.
Cette année encore, auteurs et autrices belges seront nombreux à participer à ce temps fort de l’année éditoriale. La rentrée littéraire est traditionnellement associée au roman. Il ne sera pas, loin s’en faut, le seul genre à faire l’actualité cet automne, mais il en sera certainement l’un des points névralgiques. Tour d’horizon des sorties annoncées. Continuer la lecture
Outre
Jean-Marie CORBUSIER, Comme une neige d’avril, Lettre volée, 2022, 112 p., 17 €, ISBN : 978–2‑87317–586‑3
Voyageur aux prises avec un univers de mots, Jean-Marie Corbusier poursuit dans son nouveau recueil publié à La Lettre volée – Comme une neige d’avril – sa recherche de la poésie. Explorateur, télégraphe, le poète prend note de ce qu’il perçoit – spoiler alert – : de la neige, toujours plus de neige, de la neige sur de la neige. Le blanc, que ce soit celui de la neige ou du papier, occupe, par conséquent, une place prépondérante dans ce dernier recueil.
Cette comparaison pour titre dit bien l’état de précarité de l’univers dans lequel évolue le poète. Cet univers se caractérise par une absence de repères efficaces. Pire, les règles qui le régissent ne semblent pas fixées une fois pour toutes. Le sol se dérobe sous les pas du poète qui ne sait nommer précisément ce qui l’entoure (« Ici amas se dit congère / ailleurs/banc de neige / là-bas qui revient » ; « l’aube / qui a changé de nom / le doute encore »). Aussi, le poème « comme une neige d’avril » est-il l’image qui cache l’univers du dire impossible. Continuer la lecture
De la clairvoyance
Jean-Marie CORBUSIER, Ordonnance du réel, Taillis Pré, 2021, 12 €, ISBN : 978–2‑87450–186‑9
« Rassurés par un jet de lumière aux avant-postes de la nuit, nous alimenterons la poésie aux ailes de nos désirs. »
Après le recueil De but en blanc, Jean-Marie Corbusier délivre son ouvrage Ordonnance du réel, également publié au Taillis Pré. En une suite de poèmes en prose, adressés initialement à un « tu », le poète évoque l’essence et le mouvement de la poésie : « L’ombre et le sommet cohabitent dans une fertilité qui les dépasse, telle est la poésie insaisissable et une. » Continuer la lecture
Neutre, ou un « soleil sans ombre »
Jean-Marie CORBUSIER, De but en blanc, frontispice de Dominique Neuforge, Taillis Pré, 2020, 124 p., 14 €, ISBN : 978–2‑87450–169‑2
« Alors dans un frisson, s’ouvre l’espace derrière nous, seule confidence possible. »
De but en blanc, le dernier opus en date de Jean-Marie Corbusier, publié au Taillis Pré, laisse entrevoir un grand lecteur de la poésie d’André du Bouchet. De fait, celui-ci est explicitement cité à la page 78 du recueil, après Philippe Jaccottet et Yves Bonnefoy dans les pages précédentes. Sans doute issue de cette constellation poétique (rappelons que la revue L’éphémère a notamment lié Yves Bonnefoy et André du Bouchet à la fin des années 1960), la voix de Jean-Marie Corbusier se distingue toutefois par une poétique de la neutralité, très sensible. Entre l’aube et l’ombre, la parole de Corbusier tente de capter et de formuler les éclaircies : celles-ci semblent émaner d’un « feu pâle sa flamme tremblée ». Continuer la lecture
Derrière l’impossible des mots
Jean-Marie CORBUSIER, L’air, pierre à pierre, Taillis Pré, 2018, 137 p., 16 €, ISBN : 978–2‑87450–134‑0
Au téléphone, Jean-Marie Corbusier me dit qu’il est perfectionniste et pessimiste. Quel paradoxe ! Vouloir atteindre le sommet et ne pas y croire… Pour justifier cette apparente contradiction, il ajoute que pour lui, le mot est un obstacle derrière lequel il existe un espace nouveau et plus grand : le bonheur. À l’exemple du boxeur qui trouve la victoire après le combat. Autre explication : il fait une différence majeure entre le poème et la poésie. Continuer la lecture

