L’art du mensonge

Joseph ANNET, Le jardin des délices, Weyrich, coll. « Noir cor­beau », 2024, 372 p., 25 €, ISBN : 9782874899270

annet le jardin des delicesLe marché de l’art, celui qui fait l’objet de place­ments et de spécu­la­tions, est un monde à part sou­vent auréolé de mys­tère qui flirte avec celui de l’argent sale en quête de blancheur, des enchères qui dépassent l’entendement, des vols spec­tac­u­laires, des œuvres de faus­saires plus vraies que vraies. Bref, un univers qui se prête idéale­ment à pren­dre place dans la col­lec­tion « Noir cor­beau » dont voici un nou­veau vol­ume.

Tout débute à la côte belge où nous retrou­vons Max Kevlar, le détec­tive privé déjà en action dans deux autres romans de l’auteur. Il prend un peu de loisir dans la sta­tion hup­pée de Knokke-Le Zoute à la fin d’une enquête déli­cate et rejoint Isabelle, une amie jour­nal­iste com­plice de longue date. À deux, ils se ren­dent au vernissage d’une expo­si­tion dans une galerie d’art de renom­mée inter­na­tionale. Alors que les invités triés sur le volet déam­bu­lent verre à la main dans une ambiance feu­trée, Geerd Gaste, l’artiste auquel l’exposition est con­sacrée, brise la quié­tude des lieux en cri­ant au scan­dale : deux œuvres exposées sont des faux ! De quoi ternir dan­gereuse­ment la répu­ta­tion de la pres­tigieuse mai­son Babbel et, surtout, plonger Max Kevlar dans une nou­velle enquête puisqu’il est sol­lic­ité immé­di­ate­ment pour met­tre fin à ce qui ne peut être qu’un malen­ten­du. Car il est apparem­ment absurde qu’un artiste d’une telle renom­mée mette en cause ses pro­pres œuvres lors d’une expo­si­tion pré­parée avec minu­tie.

La suite du roman ne fera que démen­tir cette évi­dence et con­duira le détec­tive sur de nom­breuses voies sans issue. D’abord parce qu’il s’avère très vite que la famille Babbel, dont le réseau mon­di­al de galeries s’est con­stru­it sur base d’une col­lec­tion rassem­blée par le père décédé, est pro­fondé­ment divisée. Et que l’un des fils s’apprête à lancer une opéra­tion immo­bil­ière d’ampleur à Dubai en jouant cav­a­lier seul et en engageant la for­tune famil­iale. Mais surtout, au terme de nom­breux con­tacts por­tant sur les cir­con­stances de la créa­tion des deux œuvres con­testées, Max Kevlar, qui est men­acé dans sa vie privée et celle de ses proches, va décou­vrir l’insoupçonné tan­dis que Geerd Gaste lui-même est assas­s­iné en cours d’enquête et que la galeriste de Knokke échappe de peu à un incendie crim­inel.

Avec Le jardin des délices, Joseph Annet nous donne un réc­it ron­de­ment mené au style flu­ide qui tient le lecteur en haleine jusqu’à la dernière ligne. Alors que l’affaire sem­blait devoir être élu­cidée en quelques heures, elle file entre les mains des pro­tag­o­nistes et livre ses impass­es avant de révéler un enchevêtrement d’enjeux qui dis­simu­lent l’origine des faits. De quoi nous per­me­t­tre de côtoy­er au plus près les mécan­ismes de la créa­tion, dont celui de la muse en retrait, du com­merce de l’art et de ses acheteurs aux moti­va­tions divers­es.

Thier­ry Deti­enne

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