Archives par étiquette : art

La danse mène le monde ou une autre histoire de la Genèse

Un coup de cœur du Carnet

Antoine et Laurent DEMOULIN, Homo Saltans, Tétras Lyre, 2019, 24 p., 15 €, ISBN : 978-2-930685-38-0

La danse mène le monde, une danse folle, insouciante, entêtée, une danse de victoire et de jouissance. Les hommes sont les écraseurs métronomiques du sol et c’est ainsi qu’ils ont imposé leur loi au monde. Tel est le principe de la Genèse selon Antoine et Laurent Demoulin.

Les lettres sur la couverture du livre sont transformées en totems où se mêlent le buste de Nefertiti, des statues de déesses de l’Afrique à l’Asie, des lampes, des turbines – idoles modernes. Le tout forme un H et un S au long duquel, petites silhouettes noires, les hommes montent, obstinés. HS – Homo saltans –, ces lettres érigent le saut en principe vitaliste qui guide l’évolution des sociétés humaines. Elles laissent peut-être entendre le terme de cette gigue frénétique – HS, Hors service. Continuer la lecture

Régime de l’art et motif de la condensation

Kim LEROY, La condensation. Économie symbolique et sémiotique fondamentale, Lettre volée, 2019, 192 p., 21 €, ISBN : 978-2-87317-522-1

Enseignant la philosophie de l’art et la sémiologie des médias à l’Académie royale des Beaux-Arts de Bruxelles et à l’école d’ARTS à Mons, Kim Leroy élabore dans l’essai La condensation une approche des arts plastiques, de l’esthétique en général à partir du concept de « condensation ». Partant de l’emploi du terme « condensation » par Matisse dans ses Écrits et propos sur l’art (« Je veux arriver à cet état de condensation des sensations qui fait le tableau »), Kim Leroy élit cette notion afin de définir un enjeu majeur de la pensée de l’art : la question du passage de la réalité sensible, physique de l’œuvre à sa réalité psychique. Continuer la lecture

Johan Muyle, biker street artist

Johan MUYLE, Sculpture Surfing, préface d’Éric Fabre, Éditions du Caïd, 2018, 80 p., 35 €, ISBN : 978-2-930754-12-3   

Acteur multi-activiste de l’art contemporain en Belgique, connu tout autant pour ses grandes fresques murales réalisées avec (et à la façon) des peintres affichistes de Madras en Inde, que pour ses constructions et assemblages d’objets animés par de minutieux mouvements d’horlogerie, mixant à la fois les cultures populaires, les conflits médiatisés du monde actuel, et les jeux ironiques du langage, écrit ou visuel, Johan Muyle (Charleroi, 1956) est aussi un passionné de moto, et particulièrement de l’une des marques les plus mythiques de l’histoire des deux-roues motorisés : la Harley-Davidson. Continuer la lecture

À la recherche du peintre

Michaël LAMBERT, Femmes de Rops, Murmure des soirs, 2018, 303 p., 18 €, ISBN : 978-2-930657-47-9

Avec Femmes de Rops, Michaël Lambert se lance dans un défi ambitieux : tisser un jeu d’échos entre deux hommes, entre deux temps, entre deux mondes, celui du peintre Félicien Rops et celui d’un expert en assurance qui part sur sa piste dans l’espoir de comprendre qui était l’artiste derrière l’œuvre et quel était l’homme derrière l’artiste. Continuer la lecture

De l’art entre proie et prédation

Guy GILSOUL, Le Bracelet et autres nouvelles, La Lettre volée, 2017, 108 p., 16 €, ISBN : 978-2-87317-497-2

gilsoul le bracelet et autres nouvellesUn chapelet de perles de pluie courent le long de lignes électriques. C’est comme un collier de gouttes d’eau qui surmonte le titre : Le bracelet et autres nouvelles. Un large fond bleu nuit et nuageux dramatise l’élan de branches noires et nues qui soulignent le nom de l’auteur : Guy Gilsoul. La couverture est comme une fenêtre dénonçant une saison pluvieuse et annonçant une série de textes à lire bien au chaud, à distance de la tempête qui arrive. Continuer la lecture

L’amitié en guise d’Europe

Eric PAUWELS, Quand j’étais petit, les cosmonautes vivaient aussi longtemps que les chênes, Motifs, 2016, 277 p.

pauwelsUn homme, dont on devine le grand âge, entreprend un périple d’Anvers à Venise en train. Il a parsemé le parcours d’étapes amicales au cours desquelles il prendra le temps des retrouvailles avant de continuer sa route. De ce pèlerinage, on aura vite compris que l’effet recherché est de savourer l’instant présent. Le voyageur scrute les paysages qui défilent et cueille les images furtives quoi s’offrent à lui. Il en est de même des êtres qu’il croise et sa disponibilité lui vaut une belle galerie de rencontres éphémères mais toujours placées sous le signe de l’étonnement positif. Continuer la lecture

Un roman en forme de puzzle

Jean-Sébastien PONCELET, La tendresse des séquoias, Neufchâteau, Weyrich, coll. « Plumes du Coq »,2016, 508 p., 20 €

ponceletAvez-vous déjà senti, respiré la force et la douceur d’un arbre que vous étreigniez, avec la certitude d’être à votre juste place dans le monde ?

C’est sur le souvenir ineffaçable de ce moment presque mystique que s’ouvre – et s’achève – le roman de Jean-Sébastien Poncelet La tendresse des séquoias.

Ne vous y trompez pas : entre ces instants suspendus, d’une intime plénitude, d’une mystérieuse communion, l’auteur vous emmène insensiblement par des chemins tortueux, cernés d’ombres inquiétantes. Continuer la lecture