Archives par étiquette : art

Engagement communiste et art

Un coup de cœur du Car­net

Aron Morelli Les artistes belges et le communisme

Les artistes belges et le communisme : Magritte, Masereel et les autres…

Direc­tion de la pub­li­ca­tion : Paul Aron et Anne Morel­li

Mai­son d’édition : Édi­tions de l’Université de Brux­elles

Année d’édition : 2026

Nom­bre de pages : 168

Prix : 18 €

Livre numérique : /

EAN : 9782800419428

La ques­tion « quel sens y a‑t-il à par­ler d’artistes com­mu­nistes ? » déployée dans ce remar­quable ouvrage col­lec­tif s’intègre dans une réflex­ion plus vaste por­tant sur la per­ti­nence et les lim­ites des clas­si­fi­ca­tions des arts en ter­mes d’école, de mou­ve­ment, de style. Con­sacré aux artistes belges ayant adhéré au com­mu­nisme ou proches du mou­ve­ment, ce vol­ume dirigé par Paul Aron et Anne Morel­li comble une lacune dans le champ des recherch­es : l’absence d’étude de fond sur les liens com­plex­es entre une nébuleuse hétérogène d’artistes belges et le com­mu­nisme. Inter­ro­geant la doc­trine du réal­isme social­iste impul­sée par Jdanov, la préférence énon­cée par le par­ti pour un art fig­u­ratif ser­vant la cause com­mu­niste, Paul Aron analyse l’influence que le com­mu­nisme, sa lutte antifas­ciste en Bel­gique, en Europe occi­den­tale, a exer­cé sur les artistes et con­clut par la néga­tive, l’inexistence d’un art com­mu­niste. « Il n’y a pas d’art com­mu­niste parce que, à regarder le court XXème siè­cle dans sa total­ité, le com­mu­nisme n’a jamais été un mou­ve­ment organ­isé sur le plan nation­al ou inter­na­tion­al capa­ble d’imposer un mod­èle que les artistes auraient pu ou voulu suiv­re. » Con­tin­uer la lec­ture

Dialogue avec la pierre

Anne-Marie Klenes Conversation avec Alain Delaunois

Conversation avec Alain Delaunois

Auteur : Anne-Marie Klenes

Mai­son d’édition : Tan­dem

Année d’édition : 2025

Nom­bre de pages : 78

Prix : 14 €

Livre numérique : /

EAN : 9782873491604

Par-delà la diver­sité de leur plan d’expression, les sculp­tures, les instal­la­tions, les créa­tions sonores d’Anne-Marie Klenes enga­gent un tra­vail sur le rythme et les formes, sur le corps de la matière et sa rela­tion à l’espace. Au tra­vers de la con­ver­sa­tion stim­u­lante qui se noue avec Alain Delaunois, c’est la justesse du rythme dans le flux des échanges qui frappe le lecteur. L’ombilic du tra­vail d’Anne-Marie Klenes a pour matéri­aux d’élection la pierre de schiste et l’ardoise qui la fasci­nent depuis l’adolescence, qu’elle tra­vaille sous divers­es formes. Comme elle descend dans des ardoisières souter­raines afin d’en remon­ter des pier­res, le dia­logue impul­sé par Alain Delaunois descend dans les strates de la créa­tion de l’artiste. Le par­cours artis­tique se dou­ble d’une déam­bu­la­tion à la fois men­tale, géo­graphique et géologique. Par le biais des mots, des échanges avec Alain Delaunois, il s’agit de faire enten­dre un autre dia­logue, celui que l’artiste noue avec les pier­res dont on suit les lieux d’extraction, les sites. Dans les car­rières à ciel ouvert ou dans les ardoisières souter­raines (la plu­part ont cessé d’être exploitées en Bel­gique), à Ottré, Her­beu­mont, Bertrix, Warmi­fontaine, Marte­lange, dans les car­rières de mar­bre près de Bres­cia, Anne-Marie Klenes part en quête de schiste tan­tôt com­pact, tan­tôt plus fri­able, vieux de 300, de 500 mil­lions d’années. « Donc cer­taines pier­res étaient incurvées naturelle­ment, et ça m’intéressait. Je m’en suis servie notam­ment pour couler du plomb ou de la cire à l’intérieur (…) D’autres pier­res avaient une ‘écri­t­ure’ naturelle de signes et de formes, et c’était le point de départ de ma recherche. » Con­tin­uer la lec­ture

Valse avec Camille Claudel

Veroni­ka MABARDI, Sous le regard des stat­ues de Camille Claudel, Esper­luète, 2026, 260 p., 20 €, ISBN : 9782359842067

mabardi camille claudelCom­ment abor­der Camille Claudel après les visions romanesques, dra­maturgiques, ciné­matographiques, choré­graphiques offertes par Anne Del­bée, Michèle Des­bor­des, Lau­rence Cre­ton, Bruno Nuyt­ten, Bruno Dumont, Marie-Claude Pietra­gal­la et d’autres ? C’est à par­tir d’un dou­ble geste que Veroni­ka Mabar­di inter­roge l’œuvre et la vie de l’artiste. D’une part, comme le titre l’énonce, le réc­it se tient au plus près du geste créa­teur de Camille Claudel. Veroni­ka Mabar­di écrit depuis un lieu, sous un angle défi­ni : sous le regard des stat­ues, depuis la mise en abyme de l’œil de Camille Claudel dans ses sculp­tures. D’autre part, tail­lé à coups de burin, le bloc textuel décrit le chemin d’une ren­con­tre élec­tive qui s’inscrit dans une tem­po­ral­ité longue. On suit Veroni­ka Mabar­di sur les traces géo­graphiques, esthé­tiques de Camille Claudel, sur les lieux où elle vécut ; elle nous fait entr­er dans le ven­tre des musées qui abri­tent ses œuvres. Con­tin­uer la lec­ture

Le vertige de la trahison des images ou quand le pinceau se fait meurtrier

Philippe BRADFER, La fausse impos­ture, Weyrich, coll. « Plumes du coq », 2026, 227 p., 20 €, ISBN : 9782874899966

bradfer la fausse impostureDans l’univers des galeries d’art brux­el­lois­es, le mys­tère n’est pas qu’une fig­ure de style ; c’est un « hori­zon indé­pass­able ». Le nou­veau roman de Philippe Brad­fer, La fausse impos­ture, paru aux édi­tions Weyrich dans la col­lec­tion « Plumes du Coq », nous entraine dans un univers où la fron­tière entre le vrai et le faux se dis­sout comme une image de René Magritte. Un réc­it autour d’une ren­con­tre bru­tale entre le crime et la beauté, mêlant enquête poli­cière et quête intel­lectuelle. Con­tin­uer la lec­ture

La liste de Rainer

Un coup de cœur du Car­net

Véronique BERGEN, Le col­lec­tion­neur, Onlit, 2025, 272 p., 22,90 €, ISBN : 978–2‑87560–178‑0

bergen le collectionneur

Véronique Bergen affec­tionne les listes. On se sou­vient de la litanie de noms de rues qui ouvrait, comme un poème, son Marolles. Dès le titre, on imag­ine aisé­ment que Le col­lec­tion­neur, son nou­veau roman paru chez Onlit, sera lui aus­si riche en énuméra­tions. 

Celle des mer­veilles qui com­posent la col­lec­tion d’An­dreas, « le prénom de Baad­er, de Vesal­ius, du con­tre-ténor Scholl », héri­ti­er des tableaux amassés par son oncle Rain­er. Picas­so, Modigliani, Klee, Cha­gall, Klimt, Matisse et bien d’autres : le cadeau est somptueux, mais empoi­son­né. Con­tin­uer la lec­ture

L’art comme passion

Roger Pierre TURINE, Mort aux vach­es ! Réc­it et por­traits. De Brassens à Soulages, Tan­dem, coll. « Alen­tours », 2025, 225 p., 20 €, ISBN : 9782873491598

turine mort aux vachesSous un titre qui affiche sa veine anar­chiste, le cri­tique d’art Roger Pierre Turine livre ses mémoires, un par­cours de vie ryth­mé par la pas­sion de la lib­erté, des arts plas­tiques, de l’amitié. Évo­ca­tions de sou­venirs, de ren­con­tres déci­sives en ami­tié, en amour, dans le domaine de l’art, por­traits de con­nais­sances, d’artistes, car­togra­phie d’un pas­sion­né qui embras­sa le sport avec fer­veur avant de se tourn­er vers la chan­son et, ensuite, les beaux-arts, Mort aux vach­es ! Réc­it et por­traits. De Brassens à Soulages brûle d’un souf­fle indomp­té, d’un pari pour tout ce qui inten­si­fie l’existence. Le catal­y­seur de sa pas­sion pour les arts plas­tiques porte un nom, une date, un lieu : en 1956, un des pro­fesseurs du col­lège Saint-Michel, le père de Gruben, preste un cours sur Vin­cent Van Gogh, sur le tableau Por­trait de Camille Roulin, ouvrant au futur cri­tique le chau­dron mag­ique des beaux-arts. Con­tin­uer la lec­ture

Voir et vivre Van Gogh en sa chair

Un coup de cœur du Car­net

Stéphane LAMBERT, Vin­cent Van Gogh, Gal­li­mard, coll. “Pop-Art”, 2025, 44 p., 8,90 €, ISBN : 9782073110176

lambert van goghL’œil qui monte dans la main avant de pénétr­er la tex­ture des choses, la quête d’une lumière au sein même de l’obscurité, la flamme de l’intense qui danse jusqu’à con­somp­tion tant dans l’existence que dans les tableaux… dans son Van Gogh qui ouvre la nou­velle col­lec­tion Pop-Art de Gal­li­mard (aux côtés d’ouvrages sur Fri­da Kahlo, Hokusaï et Manet), Stéphane Lam­bert délivre un éblouis­sant ques­tion­nement de l’énigme Vin­cent Van Gogh. Après son sou­verain réc­it Vin­cent Van Gogh, l’éternel sous l’éphémère (Arléa), il réin­vente son regard et pro­pose une nou­velle approche du pein­tre sous l’angle d’une vision du mou­ve­ment organique qui pulse la vie et l’œuvre du pein­tre né à Zun­dert dans les Pays-Bas en 1853, mort à Auvers-sur-Oise en 1890. La sin­gu­lar­ité de la col­lec­tion Pop-Art, c’est d’avoir imag­iné des livres-objets dont les pages, lorsque la lec­ture est ter­minée, se replient pour for­mer une œuvre du pein­tre. L’œuvre choisie qui, lit­térale­ment, dévore le livre, méta­mor­phose les phras­es en une créa­tion pic­turale, c’est un tableau de la dernière péri­ode, La nuit étoilée, réal­isé en 1889 à Saint-Rémy. Con­tin­uer la lec­ture

Dimensions esthétiques et érotiques du nazisme

Arnaud DE LA CROIX, Esthé­tique et éro­tisme nazis, Pré­face d’Anne Sta­quet, Édi­tions uni­ver­si­taires de l’Umons, coll. « Imper­ti­nentes », 2025, 142 p., 22 €, ISBN : 9782873257712

de la croix esthétique et erotisme nazisDans son nou­v­el essai, Arnaud de la Croix ouvre avec brio et finesse une boite noire dont les his­to­riens, les penseurs, les chercheurs con­tem­po­rains se détour­nent parce qu’elle dérange, trou­ble les représen­ta­tions offi­cielles du savoir et les vul­gates poli­tique­ment cor­rectes de la doxa. Inter­ro­geant un domaine jusqu’ici peu étudié, l’ouvrage se penche d’une part sur ce que Philippe Lacoue-Labarthe appelle l’esthétisation de la poli­tique réal­isée par le nazisme et d’autre part sur le ques­tion­nement du lien entre nazisme-éro­tisme-pornogra­phie, sur l’érotisation du nazisme dans la cul­ture con­tem­po­raine, prin­ci­pale­ment le ciné­ma. Afin d’éclairer les dimen­sions esthé­tiques et éro­tiques du IIIème Reich et leur lien intime, Arnaud de la Croix étudie deux organes de pro­pa­gande de l’idéologie du « Blut und Boden », de la pureté de la race aryenne : la vision esthé­tique imposée par les hauts dig­ni­taires nazis et les représen­ta­tions offi­cielles, ambigües, de la sex­u­al­ité. Con­tin­uer la lec­ture

« Retiens mon nom : je suis un tupilak »

Carl NORAC (auteur) et Man­dana SADAT (illus­tra­trice), Tupi­laks !, Esper­luète, coll. « Albums », 2025, 80 p., 25 €, ISBN : 9–782359-84–1947

norac tupilaksIni­tiale­ment, les tupi­laks, fig­ures de la mytholo­gie groen­landaise, sont créés par un sor­ci­er inu­it. Pour façon­ner ces créa­tures mi-humaines mi-ani­males, il se sert d’éléments (os, ten­dons, peau, poils, dents, bois, etc.) issus de la faune locale (cervidés, renards, ours, orques, baleines, oiseaux, etc.) ; par­fois aus­si de frag­ments d’hommes (cheveux, ongles, etc.). Con­tin­uer la lec­ture

Le sort glorieux des couturiers exceptionnels

Véronique BERGEN, Karl Lager­feld, EPA, 2024, 207 p., 35 €, ISBN : 978–2‑37671–673‑0
Véronique BERGEN, Alexan­der McQueen, EPA, 2024, 207 p., 35 €, ISBN : 978–2‑37671–674‑7

bergen karl lagerfeldLes édi­tions EPA inau­gurent une nou­velle série, dédiée au monde de la mode, en col­lab­o­ra­tion avec le mag­a­zine spé­cial­isé Sil­hou­ette. Con­sacrés respec­tive­ment à Karl Lager­feld et Alexan­der McQueen, les deux vol­umes lim­i­naires sont signés par Véronique Bergen. Con­tin­uer la lec­ture

Philippe Jones. Expérience et vision de la création

Un coup de cœur du Car­net

Philippe JONES, La forme et le sens et autres réc­its, Pré­face d’Yves Namur, Académie royale de langue et de lit­téra­ture français­es, 2024, 276 p., 20 €, ISBN : 9782803200856
Philippe JONES, L’art majeur. Essais, Pré­face de Michel Draguet, Académie royale de langue et de lit­téra­ture français­es, 2024, 240 p., 18 €, ISBN : 9782803200849

jones la forme et le sens et autres recitsFer­nan­do Pes­soa a placé ses créa­tions lit­téraires sous le signe des hétéronymes, Alber­to Caeiro, Ricar­do Reis, Alvaro de Cam­pos… Philippe Roberts-Jones a don­né vie à une entité duelle, Philippe Roberts-Jones lorsque l’instance d’énonciation est celle de l’historien de l’art, du cri­tique d’art, du con­ser­va­teur en chef des Musées Roy­aux des Beaux-Arts, du pro­fesseur d’histoire de l’art à l’Université libre de Brux­elles et Philippe Jones lorsqu’il pub­lie des recueils de poèmes et de nou­velles. Pub­liés par l’Académie royale de langue et de lit­téra­ture français­es à l’occasion du cen­tième anniver­saire de la nais­sance de Philippe Jones (1924–2016), les deux vol­umes — La forme et le sens et autres réc­its, L’art majeur. Essais — offre au lecteur l’opportunité de pren­dre toute la mesure de l’unité de pen­sée, de souf­fle créa­teur qui cha­peaute l’adret et l’ubac de son œuvre, de décou­vrir les passerelles, les pas­sages par­fois insoupçon­nés entre ces deux univers qui n’en for­ment qu’un. Con­tin­uer la lec­ture

L’art du mensonge

Joseph ANNET, Le jardin des délices, Weyrich, coll. « Noir cor­beau », 2024, 372 p., 25 €, ISBN : 9782874899270

annet le jardin des delicesLe marché de l’art, celui qui fait l’objet de place­ments et de spécu­la­tions, est un monde à part sou­vent auréolé de mys­tère qui flirte avec celui de l’argent sale en quête de blancheur, des enchères qui dépassent l’entendement, des vols spec­tac­u­laires, des œuvres de faus­saires plus vraies que vraies. Bref, un univers qui se prête idéale­ment à pren­dre place dans la col­lec­tion « Noir cor­beau » dont voici un nou­veau vol­ume. Con­tin­uer la lec­ture

Jardin du Palais-Royal à Paris : flâner en poésie

palais-royal

Ce 18 juin, dans le cadre du Marché de la poésie, seront inau­gurées dans le jardin du Palais-Roy­al à Paris trois œuvres d’art pub­lic qui met­tent à l’honneur la poésie, et en par­ti­c­uli­er la poésie fran­coph­o­ne. Elles sont signées du Québé­cois Michel Goulet et du Français François Mas­sut. Con­tin­uer la lec­ture

Objets de Marcel Broodthaers à marée haute

Un coup de cœur du Car­net

Mar­cel BROODTHAERS, Le Bes­ti­aire n°III de Mar­cel Broodthaers, Poèmes, 1960–1963, édi­tion et présen­ta­tions par Maria Gilis­sen-Broodthaers et Jean Daive, L’atelier con­tem­po­rain, 2024, 208 p., 30 €, ISBN : 9782850351433

le bestiaire n°III de marcel broodthaersInclass­able briseur de moules, poète, artiste con­ceptuel qui, dans une veine post­duchampi­enne, boulever­sa les rap­ports entre écri­t­ure, images et objets, d’une lib­erté de pirate au pays des signes et de l’institution muséale, Mar­cel Broodthaers (1924–1976) fut un génial brouilleur de fron­tière entre l’écrit et le dessin, l’humain et l’animal, le con­cept et la matière. À l’occasion du cen­te­naire de la nais­sance de Mar­cel Broodthaers, L’Atelier con­tem­po­rain pub­lie des poèmes-poèmes, des poèmes-objets placés sous le signe du bes­ti­aire. Remar­quable­ment édité et présen­té par Maria Gilis­sen-Broodthaers et Jean Daive, Le Bes­ti­aire n° III de Mar­cel Broodthaers, Poèmes, 1960–1963 nous plonge dans l’espace de créa­tion physique et men­tal d’un artiste qui pub­lia des recueils de poèmes, des ouvrages — Mon livre d’Ogre, Minu­it, La bête noire, Pense-bête —, qui décon­stru­isit la poésie en la dépor­tant vers les arts plas­tiques. Con­tin­uer la lec­ture

François Jacqmin, de l’art et des artistes

François JACQMIN, Écrits sur l’art et les artistes 1954–1991, édi­tion établie par Gérald Pur­nelle, pré­face de Pierre-Yves Soucy, AML Edi­tions, coll. « Archives du Futur », 2023, 262 p., 28 €, ISBN : 978–2‑87168–097‑0

jacqmin ecrits sur l art et les artistesSur la cou­ver­ture, un apho­risme peint, let­tres noires sur fond rouge, de et par François Jacqmin : « Pourvu qu’il n’arrive Rien ». Ce grand Rien, que pou­vait-il représen­ter pour le poète des Saisons et du Domi­no gris ? On songe à « la Cat­a­stro­phe », qui han­tait les pages du seul roman de Chris­t­ian Dotremont, La pierre et l’oreiller. Mais chez Jacqmin, qui n’a cessé de creuser par l’écriture ce puits sans fond qu’est la notion même d’exister, ce grand Rien reste un mys­tère. Les écrits pub­liés, inédits ou ébauchés de Jacqmin, déposés et inven­toriés aux Archives et Musée de la Lit­téra­ture (AML), font désor­mais l’objet d’une volon­té de pub­li­ca­tion inté­grale. C’est ain­si qu’après un pre­mier vol­ume d’Œuvres com­plètes cou­vrant les années 1946–1956, paru en 2022 dans une édi­tion de Gérald Pur­nelle (ULiège), sort un nou­v­el ouvrage sur beau papi­er, con­sacré aux Écrits sur l’art et les artistes. Pierre-Yves Soucy, dans sa pré­face, le sig­nale d’emblée : les textes réu­nis, pros­es, poèmes, apho­rismes, réflex­ions, sont de statuts divers. Cer­tains ont été pub­liés, d’autres pas, jugés sans doute non aboutis par l’auteur, d’autres encore ont con­sti­tué une masse imposante d’écriture, qui visait pour l’écrivain « à dévelop­per sa pen­sée en vue d’ensemble plus réduits et des­tinés à la pub­li­ca­tion. » Con­tin­uer la lec­ture

Portrait de l’artiste en Icare
L’embrasement vertigineux et splendide de Nicolas de Staël

Un coup de cœur du Car­net

Stéphane LAMBERT, Nico­las de Staël, la pein­ture comme un feu, Gal­li­mard, 2023, 240 p., 42 €, ISBN : 9782073024688

lambert nicolas de stael la peinture comme un feuL’art réside peut-être moins dans sa fin, l’œuvre pro­duite, accrochée aux cimais­es, dite achevée, que dans la dynamique qu’il instau­re. Stéphane Lam­bert aime s’immerger dans la tra­jec­toire des artistes pour saisir ce qui met en ten­sion leur vie, la détourne du quo­ti­di­en ordi­naire, la trans­fig­ure et la déchire jusqu’à, par­fois, l’anéantir. De Rothko à Goya, de Spilli­aert à Van Gogh en pas­sant par Klee et Mon­et, ses essais et ses romans témoignent d’un dia­logue con­stant entre l’écriture et la pein­ture pour dire le mys­tère de la créa­tion, son aspi­ra­tion à une spir­i­tu­al­ité, son élan, obscur et lumineux, vers une pro­fondeur mythologique. L’écrivain parvient ain­si à saisir l’artiste dans ce bord de l’abîme dont il sur­git, qui le nour­rit, l’absente au monde et le men­ace du désas­tre – mais ce désas­tre n’est-il pas la pos­si­bil­ité néces­saire à son con­tre­point, l’œuvre ? Con­tin­uer la lec­ture