Texere

Aliette GRIZ (autrice) et Élise PÉROI (illus­tra­trice), Domousse, Midis de la poésie, 2024, 20 p., 18 €, ISBN : 978–2‑931054–13‑0

griz peroi domousse« Avant, avant, avant », il y a la con­fi­ance de Nouzha Ben­salah et un sub­side en édu­ca­tion per­ma­nente qui créent la pos­si­bil­ité de ren­con­tre de deux artistes, l’une fileuse de laine, l’autre de mots. Il y a un alors pro­jet à penser, des con­tours à définir, des envies à ren­con­tr­er. Petit à petit, les fils se nouent et le motif appa­raît : des tapis-mon­des, des poèmes-com­pag­nies, des bébés-graines. Tout un dis­posi­tif sus­ci­tant la manip­u­la­tion, l’appropriation, la récep­tion et la trans­mis­sion. C’est ain­si que, dans des crèch­es, de très jeunes enfants ont exploré un espace tex­tile-textuel nomade et ancré. « Domousse ».

Et les mains de se révéler au cen­tre de ces per­for­mances, « [l]es mains de la tis­seuse, les mains qui accom­pa­g­nent le dire, les mains des bébés créateur·es de fan­tasmes qui sont leurs réal­ités […] ». Dans les textes d’Aliette Griz, elles pren­nent leur temps, invi­tent aux voy­ages, soignent la terre, « tis­sent le silence pour enten­dre une musique », se frot­tent à elles et aux autres, « garan­tis­sent que le monde est tac­tile », s’imprègnent d’hier et inven­tent demain, infati­ga­ble­ment. En réponse à une invite, elles « dessi­nent et déci­dent des sil­lons », per­me­t­tant la réal­i­sa­tion d’un ouvrage, trace de la col­lab­o­ra­tion.

« Main­tenant », il y a donc un album, Domousse, recueil­lant les poèmes de Griz et les aquarelles d’Élise Péroi, qui tresse aus­si à l’eau et à la couleur des jardins, des riv­ières, des insectes, des forêts, des nuages, des vents, des mon­tagnes, des vol­cans, des soleils, des pier­res, des « matins au milieu de la mousse », des maisons, des « domouss­es ». Les illus­tra­tions de cette dernière sug­gèrent des univers con­tenus sur une aire de rêves, de mou­ve­ments, de pos­si­bles. Rien ne sem­ble figé dans ses « cro­quis », plutôt cap­turé à un moment qui pour­rait être autre.

« Main­tenant attend la suite », et c’est en cela aus­si que Griz et Péroi insuf­flent une énergie poli­tique à leur geste poly­poé­tique. Elles sen­si­bilisent à l’importance de l’environnement, con­sci­en­tisent aux gestes qui détachent et qui plantent, cherchent et « trouve[nt] des vœux de print­emps ». Après s’être focal­isées sur les enfants, elles s’adressent ici aux adultes, qui pour­suiv­ent leur con­struc­tion. Elles leur rap­pel­lent entre autres la néces­sité à « s’asseoir, à être là ». À s’installer sur un tapis, con­tem­pler, pren­dre du temps, se dis­tancer et chang­er de per­spec­tive peut-être, sans jamais oubli­er que « les gestes de cha­cun de cha­cune / se mul­ti­plient / se déplient / s’étirent »…

Samia Ham­ma­mi

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