PLOUM, Bikepunk : Les chroniques du flash, PVH éditions, coll. « Asynchrone », 2024, 224 p., 19,99 € / ePub : 9,99 €, ISBN : 9782889790098
Dans le monde de la science-fiction, le récit post-apocalyptique constitue assurément le sous-genre le plus prolifique de ces dernières années. Bien qu’ancien, comme en témoigne le célébrissime Ravage de René Barjavel datant de 1943, il connaît depuis l’aube des années 2000 un succès sans précédent qui n’échappe à aucun domaine de la production médiatique. Une domination qui interrogeait déjà en 2018, le chercheur Yannick Rumpala dans son essai Hors des décombres du monde : « Pourquoi ne serait-il plus possible d’imaginer pour l’humanité un autre horizon que celui de l’effondrement généralisé ou de la catastrophe écologique ?». La littérature francophone de Belgique n’est en tout cas pas en reste puisqu’elle peut également compter dans son patrimoine quelques textes de premier ordre comme Moi qui n’ai pas connu les hommes de Jacqueline Harpman (1997) ou encore La Grande Nuit d’André-Marcel Adamek (2003).
C’est dans cet espace déjà bien occupé que s’inscrit le dernier roman de Ploum : Bikepunk. Sous-titré Les chroniques du flash, le livre est publié, comme les précédents Printeurs (2020) et Stagiaire au spatioport Omega 3000 (2022), chez l’éditeur franco-suisse PVH. On y découvre une Terre ravagée après un mystérieux événement appelé « flash » qui, en plus d’avoir entraîné une cécité généralisée chez toute une génération d’humains, a provoqué un effondrement civilisationnel en rendant les technologies basées sur l’électricité inutilisables. Les survivants, coupés des autres par des distances redevenues obstacles, sont alors rassemblés en petites communautés auto-gérées de manière plus ou moins démocratiques en fonction des sensibilités en présence. Dans cet univers, le vélo, unique moyen de locomotion, tient une place particulière. On y suit d’ailleurs deux passionnés de bicyclettes : la jeune fougueuse Gaïa et l’énigmatique vieillard Thy qui, contrairement à l’ensemble de sa génération, a miraculeusement gardé la vue.
Si le roman ne réinvente pas les règles du récit post-apocalyptique en cochant la plupart des cases attendues par le genre (violence inhérente à l’effondrement des structures sociales ; lutte pour la survie ; chronique lacunaire des raisons de la chute de la civilisation), il bénéficie d’une belle vigueur à travers les points de vue adoptés par les personnages mis en avant. Sorte de renaissance pour une humanité meurtrie, le monde imaginé par Ploum est peuplé de jeunes personnes n’ayant jamais connu le monde d’avant. Leurs motivations, éloignées de toute forme de retour à un passé qui leur est de toute manière inconnu, donne au roman une dynamique particulière, compensant la vision assez sombre de ce futur en décombres et rappelant sur certains aspects le très beau roman Anna de l’italien Niccolò Ammaniti.
De plus, Ploum sait indéniablement mener une intrigue. L’auteur mise sur une narration où le suspense et les retournements de situations rythment un récit mené tambour battant. Un atout pour ce Bikepunk aux allures de page-turner. Malgré quelques impressions de déjà lu, Bikepunk se révèle être un réjouissant moment de lecture qui profite de son cadre post-apocalyptique pour nous inviter à nous questionner sur notre dépendance à la technologie. Avant la fin du monde, si nous laissions la voiture au garage pour enfourcher un vélo ?
Nicolas Stetenfeld