Brûler, briller

Un coup de cœur du Car­net

Lisette LOMBÉ, La poésie sociale, un sport comme les autres, Midis de la poésie, 2024, 89 p., 14 €, ISBN : 978–2‑931054–14‑7

lombe la poesie sociale un sport comme les autresUn livre court peut porter un grand texte ; c’est le cas du nou­v­el opus des édi­tions Midis Poésie : entre le man­i­feste et le car­net de bord, La poésie sociale, un sport comme les autres est un texte bref et per­cu­tant, per­clus d’intime et de poli­tique. Paru à mi-chemin du man­dat de poétesse nationale que pour­suiv­ra Lisette Lom­bé toute l’année à venir, ce texte fait fig­ure de jalon dans son par­cours. Un temps de pause pour faire le point et repar­tir, gon­flée à bloc, sur le ter­rain.

Soudain, la boucle.
Soudain, le fil qui se tend.
Soudain, images gravées quelque part entre la rétine et le cœur.

Pour Lisette Lom­bé, on le sait : vie et poésie sont intrin­sèque­ment liées, au point que l’une ne puisse exis­ter sans l’autre – sauvée par le poème plutôt que par le gong. Dans cette langue qu’on lui con­nait et dont la déli­catesse n’a d’égale que la déter­mi­na­tion, l’autrice parvient à abor­der de façon sim­ple et con­cise (et néan­moins riche, pro­fonde) toutes les facettes (ou presque) de sa per­son­nal­ité poé­tique. Il y a peu, l’autrice Karo­line Buch­n­er me fai­sait remar­quer que le qual­i­fi­catif « brillant·e » arrivait facile­ment à la bouche lorsque l’on par­le de per­son­nes dont on aime le tra­vail, et qu’il faudrait, peut-être, en appréci­er pleine­ment le sens pre­mier : on qual­i­fie avant tout de « brillant·e » celle ou celui qui parvient (avec tal­ent) à met­tre en lumière un con­tenu – et c’est exacte­ment ce à quoi nous assis­tons avec La poésie sociale.

Dans cette vie d’écriture menée avec la vigueur d’un grand feu, on retrou­ve dif­férents points de repère abor­dés dans l’un des dix chapitres qui com­posent le livre, tels que le bas­ket, l’injustice, les rit­uels, l’espace scénique ou encore la danse. L’autrice par­le de col­lec­tif, de colère, de souf­fle et de corps : de sport. Ici plus encore qu’ailleurs, la poésie est incar­née. Lisette Lom­bé revient à la fois sur son expéri­ence ado­les­cente de grande sportive (bas­ket­teuse, sprinteuse, sauteuse, …) et sur ce qu’elle lui a enseigné (l’endurance, la joie col­lec­tive, tra­vailler et avancer en équipe), mais aus­si sur ses col­lages : deux pra­tiques qui sont aus­si des manières d’envisager le monde et, ce faisant, nour­ris­sent l’écriture poé­tique et romanesque. Toutes deux ont à voir avec quelque chose de très con­cret, de pal­pa­ble, un geste. Et cette con­cré­tude se retrou­ve à d’autres endroits du livre, qui abor­de de façon frontale les aléas socio-économiques d’une vie con­sacrée à l’écriture.

Comme les col­lages autorisent « la réor­gan­i­sa­tion sauvage du réel », la poésie per­met de trans­former la colère, d’utiliser le matéri­au du quo­ti­di­en et ses bal­afres pour trou­ver une juste dis­tance face à la réal­ité. La poésie per­met aus­si de sub­limer le réel et d’entrer en rela­tion pro­fonde avec celles et ceux qui le com­posent. De trou­ver les mots pour se dire, peu importe d’où l’on vient – car, s’il est cru­cial de déter­min­er le lieu depuis lequel on par­le, la classe sociale ne doit jamais être un obsta­cle à l’écriture. Ain­si scin­tille une con­stel­la­tion d’amitiés entre les mots portés par une langue à fleur de peau, pro­pre à panser toutes les blessures comme à récolter le sel des efforts éprou­vés et celui des larmes ver­sées.

[…] recherche de souf­fle, recherche de justesse, polis­sage de la pierre, orfèvrerie, redire, redire, blocs de sens, points de colle, inten­tion, marcher, marcher, marcher, fauve, fauve, répéter, répéter, répéter, slam, slam, slameuse.

À par­tir de là, c’est la mort du doute.
Tu sais que ça valait la peine de suer.

Louise Van Bra­bant

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