Archives par étiquette : Lisette Lombé

Faisceau de lignes blanches

COLLECTIF, La ligne blanche, Arbre à paroles, coll. « iF », 2020,126 p., 14 €, ISBN : 978-2-8704-696-2

À l’invitation, à l’appel lancé par Antoine Wauters qui dirige la collection « iF » à L’Arbre à paroles, vingt-trois auteurs ont répondu : écrire sur ce que signifie pour eux la ligne blanche. Traversé par une crise, tenaillé par une pulsion qui se traduit en une décision — arrêter d’écrire —, Antoine Wauters voit dans la ligne blanche la manifestation du grand retrait, de l’effacement, une césure, un syndrome Bartleby. La pureté de la ligne blanche est telle qu’elle ne doit plus se traduire en mots. Le syntagme lancé aux contributeurs venus du monde du roman, de la bande dessinée, de la poésie, du journalisme s’apparente à un signifiant flottant que chaque auteur va interpréter, diffracter en récits ou en poèmes. Continuer la lecture

Être soi et le dire

Lisette LOMBÉ, Venus poetica, Arbre à paroles, coll. « iF », 2020, 61 p., 12 €, ISBN : 9782874066931

Selon la deuxième de couverture de son premier roman Venus poetica, Lisette Lombé est une « artiste queer, afroféministe, belgo-congolaise », fondatrice du Collectif L-SLAM. Ce roman est publié dans la collection « iF » dirigée par Antoine Wauters qui propose des textes transfrontaliers et privilégie la liberté de ton et le plaisir d’oser. Définitions qui caractérisent le présent ouvrage, pas tout à fait roman mais poétique sans être un poème. Il commence par une évocation de masturbation et se termine par une allusion claire au lesbianisme. Entre les deux une traversée érotique, celle d’une femme libre et libérée, deux informations évidentes. Qu’il s’agisse d’énumérations rythmées, de séries de mots éblouissantes. D’emblée se présente une fille noire qui écrit je t’aime à un garçon blond et oriente le texte sur la différence, de sexe, de couleur, de statut. De classe aussi. Continuer la lecture

Des écrivaines parmi les 50 femmes de l’année des Grenades

celine delbecq

Céline Delbecq © Pierre Jassogne

Les Grenades, le média féministe de la RTBF, ont désigné leur cinquante femmes de l’année 2019. Celles qui ont marqué l’année par leur action ou leur art. Une sélection dans laquelle la littérature se taille une belle place. Continuer la lecture

Des bombes

COLLECTIF L-SLAM, On ne s’excuse de rien, Maelström, 2019, 180 p., 15 €, ISBN : 978-2-87505-340-4 

Le kif, déjà, à la couverture. Photo de scène: une meuf noire devant un micro, chemise boutonnée jusqu’en haut, ferme les yeux en disant son texte, dans un sourire. Le kif, ce titre : On ne s’excuse de rien! – exclamation sans risette, qu’on se le tienne pour dit – à répéter en boucle ad libitum. Le kif de compter une écrasante majorité de femmes parmi les 57 auteur.trice.s du recueil – cis et trans, valides et pas, racisées et pas, de tous les âges, de toutes les formes, les sexualités, les horizons. “Poésie & slam”: leurs textes sont issus d’ateliers d’écriture, en vue de les faire claquer sur le plateau – du coup, on les pioche, la tête fait boîte à rythmes et on se les dit parfois tout haut. La tête vient se cogner aussi, là où, peut-être, le slam libère : sur les réalités reconnues. Parce que ça envoie, les filles. Elles prennent la plume dans un grand et beau fracas qui vient exploser à la lecture: des bombes. Harcèlement, racisme, maternité, non maternité, maladie, viol, violences, chômage, burn out, enfance, vieillesse, drague, rage, autocensure bazookée 57 fois… des dagues à chaque voix. “Et j’emmerde la norme!” Continuer la lecture

L’expérience poétique

COLLECTIF, La découverte de la poésie. De ontdekking van de poëzie, Midis de la poésie & L’Arbre à paroles, coll. « Poésie », 2019, 38 p., 8 €

À l’initiative de Passa Porta, du Poëziecentrum et des Midis de la Poésie, huit poètes belges, quatre francophones, quatre néerlandophones, interrogent sous la forme poétique leur découverte, leur entrée en poésie, les liens qu’ils tissent avec elle. Face à la question « comment devient-on poète ? », certains mettent à nu l’épreuve subjective de leur rencontre avec la muse poétique tandis que d’autres placent la poésie en amont, comme une voix qui, depuis toujours, appelle ses possibles hôtes. Rencontre accidentelle ou, au contraire, destinale et élective ? Rencontre physique, avec des mots charnels ou compagnonnage d’ordre conceptuel ? Continuer la lecture

Lisette Lombé ou la désobéissance civile langagière

Lisette LOMBÉ, Black words, Arbre à paroles, coll. « IF », 2018, 96 p., 12 €, ISBN : 978-2-87406-656-6

Il est des paroles performatives qui, lancées à la face du monde, font reculer les frontières du pensable et du vivre. Black words nous donne à lire, à ressentir un corps en marche. Un corps poétique branché sur le collectif, sur le politique. Artiste explorant les collages comme objets poétiques, l’écriture, la performance slam, Lisette Lombé livre un round poétique en douze chants rythmés par des collages. La textualité et les images interrogent les conditionnements idéologiques, l’intériorisation des clichés (xénophobes, misogynes, nouvelle armature du politiquement correct…), les survivances du colonialisme, les moutures actuelles d’un postcolonialisme relooké, du patriarcat. Les convoquer, les repérer permet de les dissoudre, de saper leurs soubassements inconscients, leurs ramifications socio-politiques. Continuer la lecture