Jean-François FÜEG, Les petits lutteurs, M.E.O., 2024, 154 p., 17 € / ePub : 9,99 €, ISBN : 978–2‑8070–0486‑3
Nicolas, David, Ivo, Louis et Etienne se sont rencontrés à l’université, rassemblés par la lutte contre l’augmentation des frais d’inscription et soudés par leurs aspirations à une société plus juste. C’était en 1986. Depuis lors, les idéalistes ont vieilli et leurs liens se sont distendus, sans jamais disparaitre pour autant. D’ailleurs, les amis ne se sont pas tout à fait perdus de vue, bon côté des réseaux sociaux qui permettent d’avoir des nouvelles sans devoir en prendre. Un soir de 2019, la bande se reforme à l’initiative de David. À l’évidence motivé par un mélange de nostalgie et de curiosité, chacun fait pourtant mine de s’interroger sur ce qui l’a poussé à accepter l’invitation. Mais la vraie question est : « pourquoi donc ces retrouvailles ? »
Il y avait un sixième comparse : Eddy… qui a mystérieusement disparu il y a peu. Sollicité par la femme de ce dernier, David propose au groupe de partir à sa recherche. Et les voilà tous les cinq qui, malgré des appréhensions et doutes légitimes, s’improvisent détectives et partent à l’aventure. Une aventure qui les mènera sur la route des Balkans, dans un road trip qui ouvre une parenthèse dans leurs vies ni particulièrement mornes, ni particulièrement brillantes, somme toute relativement ordinaires. Une occasion de regarder dans le rétroviseur et de faire avec ses copains de fac le point sur l’état d’un monde qu’on avait cru pouvoir changer.
Les petits lutteurs ne sont pas seulement à la recherche de leur vieil ami mais aussi en quête de sens. Ils luttent pour reconquérir leurs idéaux, vaincre la résignation, oublier les accommodements dictés par le temps qui passe. Que reste-t-il de leurs combats d’étudiants ? Que pensent-ils de ceux de la nouvelle génération ? Quels objectifs ont-ils atteints, manqués ou abandonnés ? Lesquels peuvent-ils encore poursuivre ou se fixer ?
Après s’être livré dans des récits autobiographiques, Jean-François Füeg s’essaie à la fiction, avec élégance. On retrouve dans son roman des thèmes qui lui sont chers : l’amitié, la fraternité, l’engagement social. À travers les pensées et dialogues de ses cinq protagonistes aux caractères compatibles mais différents, on reconnait aussi son gout pour l’introspection et pour la confrontation des opinions, avec une volonté de comprendre, sans légitimer ni discréditer d’emblée. C’est un voyage qui est proposé aux lecteurs, tant dans des régions marquées par la guerre qui se tournent vers l’avenir, que dans des existences jalonnées de combats… menés et à venir.
Estelle Piraux