Parcours translingues 6 : Zaïneb Hamdi

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On les appelle translingues, ces auteurs et autri­ces qui édi­fient leur œuvre lit­téraire dans une langue sec­onde. Sorte de prouesse, pra­tique sin­gulière (mais finale­ment assez répan­due dans la lit­téra­ture mon­di­ale), objet d’étude, le translin­guisme inter­roge nos cer­ti­tudes lit­téraires et lin­guis­tiques.

Le Car­net et les Instants n°222 (jan­vi­er 2025) con­tient un dossier sur le translin­guisme dans la lit­téra­ture belge. Nous vous pro­posons à présent de mieux décou­vrir les par­cours de quelques autri­ces et auteurs qui y sont men­tion­nés.

Lire aus­si : Une langue à soi : par­cours translingues (Le Car­net et les Instants n°222)

Dernier entre­tien du cycle aujour­d’hui : ren­con­tre avec Zaïneb Ham­di.

Zaïneb Hamdi : privée d’une langue

Zaïneb Hamdi

Zaïneb Ham­di

Née à Liège en 1989, brux­el­loise d’adoption, Zaïneb Ham­di est écrivaine, per­formeuse, artiste et typographe. On lui doit deux recueils, Fils d’arabe (Tétras Lyre, 2017) et Quand mon amour sera houb (L’Arbre de Diane, 2024). Elle est un cas à part dans cette série sur les auteurs et autri­ces translingues : son père, dont la langue pre­mière est l’arabe dialec­tal tunisien, a fait le choix de ne pas lui trans­met­tre cette langue et de priv­ilégi­er une édu­ca­tion entière­ment en français. « Papa, par crainte de l’étiquette, de l’indigène, du prim­i­tif, du bar­bare, / De la pho­bie des autres / Nous a privés d’une langue », écrit-elle dans Quand mon amour sera houb. Elle émaille pour­tant ses livres de mots de cette langue qu’elle con­nait mal, mais qui tient une place dans sa vie.

Le Car­net et les Instants : Dans Où mon amour sera houb, vous expliquez que l’arabe dialec­tal tunisien, la pre­mière langue de votre père, est une langue qui vous a été comme inter­dite. Mais votre livre mon­tre dans le même temps votre recherche de cette langue. Est-elle dev­enue une véri­ta­ble quête ?
Zaïneb Ham­di : Ce n’est pas exacte­ment une quête, mais cela pour­rait le devenir si jamais je deviens mère. Dans ce cas, je pense que j’aimerais trans­met­tre cette langue. Mon père m’a tout de même trans­mis des mots, en par­ti­c­uli­er ceux liés aux émo­tions, ain­si que des mots de politesse, de félic­i­ta­tions, etc. Je con­nais aus­si des ter­mes très courants, comme ceux des fruits et légumes – des fruits exo­tiques comme la grenade, le kaki… L’arabe ne me “manque pas” dans ma vie quo­ti­di­enne, car je n’en ai pas l’utilité. Il y a peut-être des man­ques dits sym­bol­iques. Mais tout ne passe pas par la langue : les mim­iques, les gestes comptent aus­si. Quand je ren­con­tre quelqu’un d’origine nord-africaine ou arabe, je recon­nais des mim­iques, des gestes, des façons de s’exprimer même en français, qui per­me­t­tent une forme de lan­gage sym­bol­ique et une com­préhen­sion mutuelle.

hamdi ou mon amour sera houb

Si le français est votre langue mater­nelle, pour­rait-on qual­i­fi­er l’arabe dialec­tal tunisien de langue pater­nelle ?
Oui. D’ailleurs, ma mère, belge issue d’une famille sici­lo-ital­i­enne, a aus­si une autre langue mater­nelle que le français : l’italien. Les langues se per­dent au fil des généra­tions et elle est aujourd’hui pleine­ment fran­coph­o­ne. L’italien est can­ton­né à cer­taines sit­u­a­tions : quand nous sommes en Ital­ie, lorsqu’elle par­le avec des Ital­iens, ou quand elle décide de lire un livre dans cette langue…
L’arabe dialec­tal tunisien est du côté de mon père. En Tunisie, le pro­tec­torat français était une forme de coloni­sa­tion “douce” – j’insiste sur les guillemets. Mon père a appris le français à l’école dès son plus jeune âge. Il par­lait un français de France, il ne dis­ait pas « l’université », mais « la fac » *rire*. Il a per­du cet accent aujourd’hui, et il a même pris un accent lié­geois !

Pour votre père, le français est donc la langue du colonisa­teur. Est-ce une per­cep­tion dont vous avez-vous-même hérité ?
Je ne sais pas si mon père a vrai­ment con­sci­en­tisé cela, je n’ai pas appro­fon­di la ques­tion avec lui. Quant à moi, ayant eu des par­ents qui par­laient français, je me con­sid­ère comme fran­coph­o­ne. Pro­fondé­ment belge aus­si, avec ces orig­ines mul­ti­ples qui vien­nent enrichir ce tableau. Je perçois le français de Bel­gique comme pro­fondé­ment dif­férent du français de France : il est plus chargé (y com­pris en ter­mes de vocab­u­laire) et plus ryth­mé. Mon père a appris le français de France, et moi, je par­le le français de Bel­gique. Ce n’est pas la même chose. Finale­ment, mon français à moi est moins celui du colonisa­teur.

Belge

Si vous deviez don­ner une éti­quette à votre tra­vail lit­téraire, le qual­i­fieriez-vous de lit­téra­ture belge ?
Oui, com­plète­ment. Étant belge, je vis mon rap­port à la langue française dif­férem­ment de quelqu’un d’origine nord-africaine en France. Le rap­port à l’arabité et à la langue arabe est aus­si dif­férent ; l’histoire colo­niale de chaque pays a son impact. Sans trop m’avancer, je pense que si j’avais été d’origine con­go­laise, mon rap­port à la langue française aurait été dif­férent, puisque la coloni­sa­tion belge s’est ancrée au Con­go.
Sur un plan per­son­nel, l’histoire de ma famille avec la Bel­gique s’est nouée grâce à mes arrière-grands-par­ents mater­nels, arrivés pour tra­vailler dans les mines de char­bon après la deux­ième guerre mon­di­ale. Du côté de ma mère, il s’agit d’une implan­ta­tion dans l’Histoire belge. Mon père, c’est une autre his­toire ;  mes par­ents ont vécu un amour d’été qui s’est pro­longé, ils se sont ques­tion­nés sur le pays où ils allaient élire domi­cile (Bel­gique ou Tunisie) et ont décidé de vivre en Bel­gique. C’est cette his­toire per­son­nelle qui a amené mon père à immi­gr­er ici, bien dif­férente de celle de ma mère. Mais avec ses racines tunisi­ennes et arabes, vient dans l’imaginaire des gens une idée au ter­reau raciste, où un arabe, un noir, bref un non-blanc, immi­gre for­cé­ment pour des réseaux de “mieux vivre” ou “pour les papiers”. Si mon père avait été anglais ou sué­dois, on aurait vu son immi­gra­tion comme tout à fait banale : il a ren­con­tré une femme, ils sont tombés amoureux…
Je dois sou­vent expli­quer que mon père n’a pas émi­gré pour le tra­vail, mais qu’il a fait une immi­gra­tion solo après sa ren­con­tre avec ma mère. Je pense chang­er de dis­cours: “Croyez ce que vous voulez, tant pis. Je n’ai pas à expli­quer le pourquoi du com­ment.”
Récem­ment, j’ai par­ticipé au pro­jet First Waves, un archivage, réal­isé par un doc­tor­ant de la VUB, en lien avec l’immigration africaine en Bel­gique. J’ai par­ticipé à l’écriture d’un texte que j’ai inti­t­ulé Les immi­grés ne vivent pas d’histoire d’amour; une réflex­ion qui m’est venue en con­statant qu’on ne conçoit pas qu’on puisse immi­gr­er pour d’autres raisons que celles d’un tra­vail ou d’une vie meilleure lorsqu’on est non-blanc.

Où mon amour sera houb évoque votre lien avec la langue de votre père. Pour ce qui con­cerne l’italien, la langue de votre mère, il n’a qu’une présence ténue dans le livre. Quel est votre rap­port à cette langue-là ?
Je par­le juste de « non­na », c’est le seul mot ital­ien du livre. J’évoque plus la part arabe que la part ital­i­enne, sim­ple­ment parce que c’est celle qui m’a le plus été ren­voyée par l’ex­térieur. Ma mère m’a dit qu’elle et mon père avaient pris con­science que, puisque mon frère et moi por­tons des prénoms arabes, nous allions être automa­tique­ment stig­ma­tisés. J’ai d’ailleurs longtemps pro­posé une per­for­mance sur la notion de prénom. En tant qu’enseignante, je suis con­fron­tée à cette ques­tion : j’ai par­mi mes élèves, des Inès, des Sarah… des prénoms qui peu­vent paraître plus « dis­sous », mais je sais que der­rière ces prénoms se cachent sou­vent des orig­ines nord-africaines ou arabes. Je me dis que con­sciem­ment ou incon­sciem­ment, les par­ents ont voulu semer un doute, don­ner l’opportunité à leurs enfants d’éviter la stig­ma­ti­sa­tion. À par­tir de ce con­stat, j’ai pen­sé qu’il était impor­tant de par­ler du prénom, qu’il y avait quelque chose à explor­er.

Une langue absente

L’arabe est qua­si absent dans votre édu­ca­tion. Cette absence a‑t-elle eu une inci­dence sur votre regard sur cette langue ?
Je pense que la volon­té de mon père était d’assurer une forme d’assimilation com­plète. Il pen­sait que si je par­lais arabe dialec­tal, cela aurait dégradé mon français, ce qui m’aurait exposée au rejet, au mépris, ou sim­ple­ment aux mau­vais­es notes. On sait main­tenant qu’un enfant peut par­faite­ment assim­i­l­er plusieurs langues. Mais je crois que mon père a fait un trans­fert de ce qu’il a vécu en arrivant en Bel­gique dans les années 1980 : un racisme sys­témique bien plus ancré et qui s’affichait plus ouverte­ment qu’aujourd’hui. Il voulait éviter que ses enfants vivent cela.
Sa posi­tion s’est assou­plie avec le temps : mon frère a eu beau­coup plus de con­ver­sa­tions en arabe que moi, l’aînée. Il y a tout de même eu une trans­mis­sion suff­isam­ment pour moi (d’où les mots d’arabe dans le livre), pour que je me sente liée à quelque chose. J’ai assez de mots pour exprimer le sen­ti­ment amoureux ou même la colère. Quand je m’énerve, j’ai envie de m’ex­primer en arabe, parce que je trou­ve que ces mots dans cette langue ont plus de poids et qu’ils man­i­fes­tent mieux ma colère qu’en français. Je crois que la langue émo­tion­nelle est aus­si la langue des sen­ti­ments.

Cette dif­férence de reg­istre entre les deux langues est donc plus liée à la manière dont vous avez appris cha­cune d’elles qu’aux « qual­ités » pro­pres à chaque langue ?
Oui, exacte­ment. Dans le livre, je racon­te une anec­dote où mon insti­tutrice me mon­tre une grenade et me demande de don­ner son nom. Je réponds en arabe, et elle se mon­tre un peu inquiète. Mes par­ents la ras­surent en pré­cisant que c’est sim­ple­ment le nom du fruit en arabe. Ce moment illus­tre un point impor­tant : je pense que le “vrai” mot doit être dit dans la langue d’o­rig­ine, pas dans l’autre. C’est un peu comme quand on a décidé de ne plus dire “Pékin”, mais “Bei­jing”. Cela touche aus­si à la ques­tion de la tra­duc­tion : est-ce que tout doit être traduit ? Ne pour­rait-on pas garder cer­tains mots dans leur langue d’o­rig­ine, quand ils por­tent plus de poids ou qu’ils sont intraduis­i­bles ? Il me sem­ble que le japon­ais a un mot spé­ci­fique pour désign­er le reflet de la lune dans l’eau. On peut traduire le con­cept pour le com­pren­dre, mais le mot en japon­ais a une richesse qui se perd dans la tra­duc­tion.

Vous avez gran­di dans une famille où la ques­tion lin­guis­tique était très présente et votre livre évoque lui-même cette ques­tion. Est-ce la rai­son pour laque­lle vous avez com­mencé à écrire ?
Au départ, j’ai écrit parce que j’avais envie de copi­er ce que je lisais. La lec­ture m’apporte beau­coup de plaisir, et j’ai eu envie de partager ce plaisir avec d’autres. Très vite, ma ques­tion est dev­enue : quel mot est le plus juste pour exprimer pré­cisé­ment ce que je ressens ? Quelle image puis-je utilis­er pour que mes idées soient com­pris­es exacte­ment comme je les pense ? En fin de compte, la langue, c’est cela : une quête de com­préhen­sion.

Con­nais­sez-vous la langue arabe seule­ment à l’oral, ou aus­si à l’écrit ?
Je l’ai d’abord apprise à l’oral. L’écri­t­ure est venue plus tard, sur l’ini­tia­tive de mon père qui a voulu me l’en­seign­er. J’ai donc suivi un cours d’arabe les mer­cre­dis après-midi, mais la péd­a­gogie était assez proche de celle des cours de langue coranique. On nous appre­nait à écrire par répéti­tion, sans vrai­ment com­pren­dre ce que l’on écrivait. Cela n’a pas été très effi­cace. Plus tard, à l’université, j’ai réap­pris la langue et l’écriture arabes dans un cadre plus struc­turé. J’étais inscrite en Langue et Lit­téra­ture mod­ernes, Français et Arabe – avant de me réori­en­ter vers une école d’art. Aujourd’hui, si je devais lire un texte en arabe, je le ferais comme un enfant apprenant à lire, mais je con­nais l’al­pha­bet.

La calligraphie

hamdi fils d'arabeVous êtes passées d’études de philolo­gie à une école d’art. Dans votre livre, il y a un soin par­ti­c­uli­er à la cal­ligra­phie. C’est quelque chose qui vous intéresse par­ti­c­ulière­ment ?
Oui, les études lit­téraires, je les ai com­mencées en grande par­tie à cause de ce poids de la langue. Je me dis­ais que je ne par­lais pas bien l’arabe, que je ne l’écrivais pas, et j’ai voulu rat­trap­er cela. Cela n’a pas du tout fonc­tion­né. Le sys­tème uni­ver­si­taire ne me con­ve­nait pas. Je suis donc passée à une école d’art, La Cam­bre, où je me suis inscrite en typogra­phie. D’une cer­taine manière, j’ai aban­don­né la langue orale pour me con­cen­tr­er sur l’écriture, et plus spé­ci­fique­ment sur la manière dont elle se présente graphique­ment. Je me sou­viens très bien de l’entretien d’admission : les pro­fesseurs m’ont demandé pourquoi je voulais faire de la typogra­phie. Je leur ai répon­du que j’écrivais depuis des années, que j’avais déjà le con­tenu et que je voulais désor­mais tra­vailler sur la forme, le con­tenant.
Pour mon pre­mier recueil, Fils d’arabe, j’avais moi-même réal­isé la mise en page. J’ai sou­vent des retours ent­hou­si­astes sur son graphisme et sa cou­ver­ture. Pour le deux­ième recueil, j’ai tra­vail­lé avec la graphiste de mon éditrice, j’ai demandé à jouer sur les lig­a­tures entre les let­tres “s” et “t”, et d’ex­plor­er des alter­na­tives au point médi­an dans l’écriture inclu­sive, en reprenant le principe de la police Adelphe, dess­inée et conçue pour Eugénie Bideau, du col­lec­tif de typogra­phie fran­co-belge Bye Bye Bina­ry. C’est pour cette rai­son qu’il y a une note explica­tive dite “typographique” en début du recueil.

On peut donc qua­si par­ler de l’invention d’une langue à l’écrit ?
Oui, en quelque sorte. Ce n’est pas une inven­tion totale, car cela repose sur un principe déjà exis­tant. Mais cela per­met de don­ner une flu­id­ité au texte, et d’une cer­taine manière, au lan­gage. J’ai aus­si beau­coup cher­ché une police arabe pour le livre. Je suis tombée sur une police open source qui m’a séduite par sa dimen­sion cal­ligraphique, sans tomber dans les clichés habituels.

Lisez-vous de la lit­téra­ture arabe ?
Oui, mais plutôt de la lit­téra­ture arabe traduite. Cela a com­mencé plus tard, grâce à ma mère, une grande lec­trice. J’ai d’abord décou­vert des clas­siques comme Amin Maalouf, puis le poète Mah­moud Dar­wich, et l’autrice libanaise Joumana Had­dad. Aujour­d’hui, je lis davan­tage des livres écrits pour des Belges ou Français d’origine nord-africaine, des essais soci­ologiques, de la poésie et des romans graphiques. Dans la poésie arabe, j’ai retrou­vé cette dimen­sion sym­bol­ique que mon père me trans­met­tait : la représen­ta­tion de l’objet quo­ti­di­en, de ce que l’on mange, de ce que l’on partage.

Joumana Haddad

Joumana Had­dad

Nostalgie

Dans votre livre, vous par­lez d’une nos­tal­gie, mais d’une nos­tal­gie de quelque chose que vous n’avez pas con­nu. Est-ce que la lit­téra­ture arabe par­ticipe de cette nos­tal­gie ?
Les lec­tures et la musique par­ticipent en effet de cette nos­tal­gie d’une cul­ture que l’on ne con­nait pas entière­ment, ou qui nous a été trans­mise de manière frag­men­tée. Ce n’est pas un sen­ti­ment qui m’est pro­pre, je l’ai retrou­vé chez d’autres : des Arabes, mais aus­si des Espag­nols, des Ital­iens, des Polon­ais… Les livres et la musique sont une manière de chercher cet ailleurs. Mais en même temps, j’aime à dire que “je ne suis pas mal ici”. La Bel­gique a une his­toire très riche, notam­ment entre la Wal­lonie, la Flan­dre et Brux­elles, avec toutes ses vagues d’immigration. J’ai évo­qué à l’écrit cette pen­sée dans le recueil ; est-ce que je ne suis pas déjà bien dotée, ici, dans ce pays qui vibre de toute cette cacoph­o­nie et ces his­toires mul­ti­ples ?
Je suis bien d’ici, je ne suis pas d’ailleurs. Cet “ailleurs” appar­tient à d’autres : à mon père, et du côté de ma mère, à ma grand-mère.
Je suis con­tente que mon recueil évoque à la fois l’arabe et le français. Le pre­mier recueil était plus can­dide, cer­tains textes pre­naient nais­sance dans mon ado­les­cence. Dans le deux­ième recueil, je prends du recul par rap­port à mes orig­ines. Je réfléchis à qui je suis aujourd’hui, ici et main­tenant, et ce que je fais de cette iden­tité.

Pro­pos recueil­lis par Nau­si­caa Dewez

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