Christine DELMOTTE-WEBER, Je voudrais mourir par curiosité, Oiseaux de nuit, coll. « Rideaux rouges », 2025, 94 p., 10 €, ISBN : 9782931101742
Nous découvrons Myriam, seule chez elle. Elle parle d’un effet particulier produit au réveil, comme si sa conscience, à cet instant-là, ne faisait plus partie d’elle-même. Baba, sa compagne, arrive et la réveille. Mais est-elle bien réelle ? Nous comprenons petit à petit que Myriam est visitée par le fantôme de Baba. Quelques temps plus tôt, elles ont vécu un terrible accident de voiture. Baba est morte sur le coup, Myriam s’en est sortie. Elle y a toutefois vécu un phénomène assez singulier : une Expérience de Mort Imminente (EMI). Depuis, elle essaie de comprendre ce qui lui est arrivé, ainsi qu’à Baba, et s’intéresse beaucoup à la conscience délocalisable. Baba lui manque énormément. Elle aimerait qu’elle vienne plus souvent la visiter.
Lila Colin, une neuroscientifique qui collabore à une étude universitaire sur les EMI, rencontre Myriam pour ses recherches et lui fait passer une série de tests. Lors de l’accident, Myriam a vu une lumière blanche et a été imprégnée d’un bien-être absolu. Elle est devenue spectatrice de la scène. Sa conscience est-elle donc sortie de son corps ? A‑t-elle été délocalisée ? Lila et Myriam se rencontrent en visioconférence. Baba, que Lila ne peut évidemment ni voir ni entendre, se plait à mettre son grain de sel dans les discussions. Myriam aimerait parler des visites de Baba à Lila, de cette conscience qui continuerait à vivre au-delà du corps. Mais ne passerait-elle pas pour une folle ?
Myriam prépare une exposition de photos de Baba. Elles formaient un couple de lesbiennes militantes. Des souvenirs s’invitent. On navigue entre les rêves, le passé, l’accident et l’expérience de mort imminente. Christine Delmotte-Weber truffe son récit de notes sur la scénographie, l’utilisation de la vidéo, les jeux de lumière qui permettent de créer une atmosphère magique. La pièce oscille entre onirisme et réalisme afin de marquer au mieux cette frontière poreuse entre les morts et les vivants, entre la conscience et le cerveau, entre la science et le surnaturel.
Comme souvent chez Christine Delmotte-Weber, l’écriture est documentée. Pour rédiger ce texte, l’autrice a collaboré avec l’unité de l’Université de Liège qui étudie le domaine de la conscience humaine. Je voudrais mourir par curiosité, titre qui reprend une formule de George Sand, parle des états de conscience modifiés et jette un œil au-delà du monde tangible. La science s’y intéresse désormais énormément et ne part plus du postulat que la conscience ne peut exister que lorsque le cerveau fonctionne.
La pièce, publiée aux éditions Les oiseaux de nuit, a été créée en janvier 2025, à la Comédie Royale Claude Volter, dans une mise en scène de Christine Delmotte-Weber elle-même.
Émilie Gäbele
À la Foire du livre
- Christine Delmotte-Weber sera en dédicace à la Foire du livre le samedi 15 mars de 17h à 18h sur le stand 337.
