Un coup de cœur du Carnet
Martine ROUHART, La nuit ne dort jamais, Cygne, coll. « Le chant du cygne », 2025, 59 p., 12 €, ISBN 978–2‑84924–814‑0
Martine Rouhart a été subtilement inspirée en plaçant quelques vers d’Anne Perrier en épigraphe de La nuit ne dort jamais : “En dormant, je me suis tournée / Vers la pente ombrée / Des Paroles”(Extrait de D’entre Ciel et Terre).
Le premier recueil publié par la poétesse suisse ne s’intitulait-il pas Selon la nuit (Éditions Les Amis du livre, Lausanne, 1952) ? Apparait une affinité sensible entre la poétesse belge et son ainée, singulièrement mise en lumière dans ce volume paru aux Éditions du Cygne. Il est composé de trois parties (« La nuit vient », « Elle ne dort jamais » et « La nuit s’en va ») dont les titres s’entrelacent pour former celui du quatorzième ouvrage de l’autrice montoise.
On devine sans peine combien la nuit nourrit l’inspiration de la poétesse : cet apparent paradoxe de la clarté née de l’obscur, des interstices de lumière qui zèbrent la nuit et dont on guette l’apparition. C’est le cheminement que Martine Rouhart emprunte ici dans une succession de poèmes courts, dont chacun, comme un instantané pris au piège complice de l’écriture, murmure les songeries de la nuit lorsque survient (…) l’heure / du voyage muet au fond de soi.
C’est à une double investigation que s’abandonne la rêverie nocturne : celle des absents (« nous voyons des anges / en toutes choses », « autour de nous / s’envole / le petit peuple / silencieux / de nos fantômes ») et celle de soi, dont on guette les vestiges ou les traces inconnues (« J’ai rendez-vous / pour un vol / de nuit / avec l’autre / qui est en moi »).
La poétesse retarde pour mieux en tirer son miel, le basculement dans le sommeil, « (…) l’instant / où l’insomnie cède le pas / aux lueurs violettes / où même les songes / s’assoupissent ». C’est ici, avant l’endormissement que le champ poétique étend sa friche, ce « vaste espace / à traverser de soi à soi », où l’on est à l’écoute des « pas lumineux / des absents ».
En célébrant la nuit, Martine Rouhart explore avec un paisible ravissement l’abandon à l’insomnie dont elle exalte avec ferveur chaque étincelle : « La nuit ne s’endort jamais / elle allume le ciel / éveille l’eau dormante ».
Les poèmes, dans leur brièveté, s’élèvent comme d’une mélodie douce. Les évocations y parsèment les éclats mouvants de balises éclairant le chenal de la nuit, où elles se reflètent dans un ondoiement salutaire et rassurant.
Jean Jauniaux
À la Foire du livre
- Martine Rouhart sera en dédicace à la Foire du livre le dimanche 16 mars de 16h à 17h sur le stand 337.
