À fleur d’eau

Luc BABA, De l’eau pour mon anniver­saire, Oskar, 2025, 67 p., 8,95 €, ISBN : 979–1‑02140–863‑0

baba de l'eau pour mon anniversaireMila est une petite fille de presque 10 ans qui vit à Pepin­ster avec son frère Den­nis, ses par­ents et sa mamie. Les grandes vacances vien­nent de com­mencer et elle se réjouit d’en prof­iter. Mal­heureuse­ment, un événe­ment vient jouer les trou­ble-fêtes : la pluie, qui fait bien mon­ter la riv­ière pen­dant la nuit et inonde la cave.

Alors que Mila est focal­isée sur son anniver­saire qui se pro­file à l’horizon, elle voit ses par­ents mon­ter des objets à l’étage en prononçant « des gros mots de vieux ». L’électricité tombe en panne, l’eau monte dans les escaliers, la famille se réfugie à l’étage puis sur le toit. Les pom­piers ne peu­vent pas sec­ourir tous les adultes et les enfants en même temps, ce qui les oblige à effectuer un sauve­tage en deux temps. Resté sur le toit avec son fils, le père prend alors le car­net de Mila, dans lequel elle écrit tous les jours, et livre sur le papi­er ce qu’il ressent face à ce drame. Ensuite, c’est Den­nis qui écrit la façon dont il vit cette aven­ture inédite.

J’étais avec maman dans la salle de sport, sur un tapis, avec une cou­ver­ture. J’étais tra­cassée. Maman dis­ait :
- Dors, dors.
Mais impos­si­ble. Je suis restée dans ses bras tout le temps et quand elle allait faire pipi, je l’attendais der­rière la porte, et je voulais qu’elle me par­le. On regar­dait vers l’entrée. Des gens arrivaient tout le temps, des petites familles, des vieux tout seuls. Mais pas Den­nis et papa.
Les scouts du coin organ­isent tout. Ils dis­ent que tout ira bien, et ils don­nent de la soupe. Mais de la verte. Moi j’aime mieux la rouge.
Tout à coup, on a vu arriv­er papa et Den­nis dans une sorte de cou­ver­ture argen­tée, et tout le monde s’est pré­cip­ité dans les bras les uns des autres. C’était comme dans les films qui finis­sent bien. Après ça, on s’est assis ensem­ble pour se racon­ter.

Lorsque la famille est à nou­veau réu­nie, le moment est venu de net­toy­er la mai­son de la boue qui tapisse les murs et de tri­er tous les objets cassés par les flots. Les adultes sont fatigués, mais Mila reste obnu­bilée par son idée fixe : fêter son anniver­saire avec ses trois amies. Sera-t-il pos­si­ble de l’organiser dans une mai­son sin­istrée ?

Dans ce court réc­it pour jeunes lecteurs, Luc Baba nous donne à lire dans un style flu­ide et acces­si­ble le point de vue d’une enfant atten­tive et curieuse sur une cat­a­stro­phe naturelle. Mila ne com­prend pas tout des enjeux de l’inondation, mais elle ressent bien son inquié­tude et son incom­préhen­sion face à tous ces adultes qui dis­ent « des choses qui inquiè­tent ».

En vrai, on dirait que c’est la rue qui est dans la riv­ière.
Papa pleure. Il red­it des gros mots. Je ne l’avais jamais vu pleur­er.
Quand les papas pleurent, c’est foutu, je crois.

On ne peut que faire le rap­proche­ment entre ce micro-roman et le réc­it poé­tique Ves­dre écrit par l’auteur. Ils évo­quent tous deux les inon­da­tions qui ont frap­pé dure­ment la Bel­gique en 2021 et, même si leur forme et leur pub­lic cible diver­gent, on retrou­ve comme point com­mun la sen­si­bil­ité de Luc Baba avec toutes ses fenêtres ouvertes sur le monde, dans ce qu’il a de beau et de cru­el à la fois.

Mila est impuis­sante face à une cat­a­stro­phe naturelle, mais sans le savoir, elle aide ses par­ents à sur­mon­ter un très mau­vais moment avec sa déter­mi­na­tion can­dide. Grâce à son cahi­er, où finale­ment tous les mem­bres de la famille vont écrire, elle leur per­met de s’y ren­con­tr­er sans se dis­put­er et con­tribue à faire cir­culer l’amour entre eux. Un mag­nifique objet tran­si­tion­nel où l’on peut choisir ses mots pour éviter de crier. De l’eau pour mon anniver­saire, une his­toire pour appren­dre à se dire « c’est la vie… » avec une accep­ta­tion mât­inée de sérénité.

Séver­ine Radoux

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