Luc BABA, Impressions de jardin, Abrapalabra, 2025, 98 p., 14 €, ISBN : 978–2‑93132–402‑8
Comment signifier que l’automne approche, que le compte à rebours sévit ? Le poète égrène le temps qui passe, alors qu’« Aujourd’hui sera le dernier jour avant demain ». Et pendant ce temps, le passage des saisons se solde déjà par le vieillissement conjoint des peaux et des herbes. Rien n’est éternel, pas même ce lieu voisin où des lotissements vont surgir à la place des chevaux.
Bousculé dans ses pensées, le jardinier en arrive à oublier ses semis ! C’est que la présence amoureuse l’emporte – temporairement – sur l’ordre naturel. Mieux vaut alors privilégier le bruit du lierre qui pousse parmi les trèfles, à défaut de celui d’une musique imposée et préférée pour sacrer l’intime.
Qui dit jardin en été, dit aussi présence des enfants attirés par les baies sauvages à marauder. Les images se dessinent sous les yeux du lecteur, à coup de précisions (sandales, bermudas tachés…). Cela fleure bon l’insouciance. « L’enfant contient le monde », affirme le poète, admiratif. Et puis, le jardin n’est-il autre que la « main d’enfant de la nature » ?
Et vous, savez-vous ce qu’est l’imprimerie blanche de la neige ? Avec Impressions de jardin, Luc Baba nous en donne la clef : les petits pas des enfants !
Un bestiaire revisité…
Araignées et insectes coléoptères foisonnent ; bourdons, abeilles et mouches aussi. Et puis, surgit cette affirmation qui détonne : « Il n’y eut jamais de balançoire. » La raison ? La fragilité de l’arbre. Entre l’humilité d’une coccinelle ou la majesté d’un aigle, il y aurait tant à dire… Les papillons se laissent séduire par l’éclat trompeur des lampes, avant que la mort ne les frappe. Et l’irruption du sanglier bouscule l’ordonnancement méticuleux des pelouses.
Dans ces pages, il est aussi question du « calendrier » des laitues. Il y a des livres et des papillons, des souvenirs d’enfant et d’un chien à roulettes… C’est un pays où une trouvaille poétique suffit à nourrir le poète.
Et des correspondances amoureuses
Une vie ordinaire se dessine à l’ombre du linge mis à sécher au grand air, telle une « partition ». La querelle peut parfois surgir lorsque les amants posent leur regard sur le ciel. L’ennui s’insinue, qui dispense de porter son regard sur le jardin, faute de mieux. Et les réminiscences du bonheur passent… « Les enchantements ont le sommeil fragile », prévient encore le poète, avant de s’interroger sur la valeur des enracinements. Le jardin ne traduit pas seulement le bonheur. Il garde en son sein la trace des adieux. « Le désordre est la respiration du monde. » Les disputes occupent le terrain, à défaut d’apaiser les cœurs. « La ronce porte des fruits », nous enseigne le poète. Les adieux s’annoncent au fil des pages.
Ces vers libres racontent la vie et ses tourments, avec en miroir un jardin. Attention, la cruauté est inhérente à l’existence, prévient le poète. Et puis, comme tout renait, à force d’un linceul érigé pour la beauté, même la poussière « rêvera longtemps de l’étoile où elle naquit ».
« La foule est notre solitude », conclut l’ancien gardien du jardin.
Angélique Tasiaux