Daniel SIMON, Courts-circuits, Cactus inébranlable, 2025, 78 p., 12 €, ISBN : 978–2‑39049–116‑3
Sur les panneaux éclectiques accrochés dans les soubassements du réel, Daniel Simon repère des Courts-circuits qu’il aime noter dans son rapport-au-monde ; sans doute pour tenter de s’y retrouver un peu.
Où suis-je ? Loin d’ici si souvent. Où suis-je alors ? Dans le souvenir d’ici…
En gestes distincts, doux et progressifs, de phrases en sentences, l’auteur rassemble ainsi en première partie de son inébranlable ouvrage, des pointes de cactus ou de seins.
Sa poitrine était tout un verger… Debout, des pommes, couchée, des poires…
Ensuite, en deuxième partie, Vous me ferez voir des merveilles, le poète ébloui liste soixante-trois paragraphes où le globe mammaire prend parfois une tournure et une volupté philosophiques.
Il y a des seins de bibliothèques, de véritables incunables qui renvoient à l’origine du regard.
Enfin, en troisième partie, L’un dans l’autre, de courts récits creusent et approfondissent encore la poésie lascive des lieux possibles de la pensée.
La mer fait trembler de plus en plus fort cette ligne presque confondue avec le liseré des gouffres, on avance en signant l’air de quelques livres, ou autres offrandes au néant, on est heureux de tenir debout sur cette crête effilée encore et encore en saluant les vagues d’un geste confiant, les yeux fermés.
Auteur et éditeur prolifique depuis plusieurs décennies, Daniel Simon me raconte au téléphone que ses aphorismes et textes courts ne sont jamais un jeu de mots, un calembour, une astuce de la langue ou de l’idée. Ils vont à la recherche du beau à partir du vrai car tel est le trait, peut-être même le devoir du langage : « Découvrir le beau comme expérience sismique de la réalité qui traverse l’auteur. »
Le récit tourne autour d’un endroit vide impossible à prononcer.
La fulgurante tension du beau peut donc passer par la langue qui recherche le vrai et offre ainsi aux textes, par essence courts et vifs comme l’instant de leur révélation, le rôle magnétique d’une boussole de son époque.
Avec, une fois le livre fermé, l’ouverture d’un horizon suspendu au soleil, comme un plein sein, et cette question tous azimuts, à la fois ambivalente et doublement salutaire : écrire et lire, cela aide-t-il à vivre ou à mourir ?
Tito Dupret