Archives par étiquette : aphorismes

Brelan de garnements

DOCTEUR LICHIC, Anecdotes, Collages de Jean-Christophe Ditroy, Cactus inébranlable, 2017, 88 p., 9 €, ISBN : 978-2-930659-64-0 ; Jean-Philippe QUERTON, Minute d’insolence, Illustrations de Benjamin Monti, Cactus Inébranlable , 2017, 88 p., 9 €, ISBN : 978-2-930659-66-4 ; Raoul VANEIGEM, Pourquoi je ne vote pas et autres inédits, Illustrations de Serge Poliart et Joseph Ghin, Cactus Inébranlable , 2017, 84 p., 9 €, ISBN : 978-2-930659-65-7

docteur lichic anecdotesLes éditions du Cactus Inébranlable tirent une salve de trois petits livres où la plus rafraîchissante des gamineries côtoie des pépites de sagesse ou de subversion. Leurs auteurs que le Gloupier qualifierait sans doute de « délicieux chenapans » ne sont pas novices dans le genre, il s’en faut, et leur inventivité, pas seulement facétieuse, s’est déjà largement illustrée dans plusieurs opuscules et magazines dont les plus folâtres et joyeusement transgressifs. Au générique, on trouve le multiple Docteur Lichic, Jean-Philippe Querton, funambule et braconnier des mots, ainsi que l’infatigable et salubre contempteur de « l’ordre social dominant », Raoul Vaneigem. Continuer la lecture

Louis Scutenaire : « J’ai quelque chose à dire. Et c’est très court »

Coup de coeur du Carnet

Louis SCUTENAIRE, Mes inscriptions 1945-1963, Allia, 2017, 330 p., 15 €/ePub : 7.49 €, ISBN : 979-10-304-0521-7

scutenaireÀ l’instar de Paul Nougé et Marcel Mariën, Louis Scutenaire (1905-1987), « Scut » pour les intimes, mena jusqu’au bout « l’expérience continue » du surréalisme. Mes Inscriptions 1945-1963, qui reparaissent au catalogue d’Allia, attestent de cette dynamique particulière, en somme assez spécifique aux surréalistes belges, où le « primum vivere » semble l’emporter sur l’impérieux devoir de « faire œuvre ». Se tenir debout, pour Scut, n’était pas une posture d’écrivain, juste une position naturelle. Continuer la lecture

Résistance et guérilla. Mode d’emploi

Alain DANTINNE (avec des dessins de Daniel CASANAVE), Petit manuel de survie en zone tempérée, Voix d’encre, 2016, 74 p., 17 €   ISBN : 978-2-35128-123-9

dantinne-manuelBon. Allez. J’avoue. Je jalouse, extrêmement, tous ces gaillards, toutes ces gaillardes, à l’œil vif et pointu, ces intelligences en éveil, capables de vous écrire, en deux lignes, une phrase qui tue, un aphorisme, un trait d’esprit tout ce qu’il y a de plus aiguisé, de plus perçant, de plus rosse ou de plus drôle. C’est que, pour ma part, on me rangerait plutôt sur une autre armoire. Celle de la vie ralentie. De l’œil terne et sans éclat. De l’intelligence molle du genou. Toujours en retard d’une guerre en somme. De sorte que, petite vengeance sournoise et personnelle, je l’avoue, je ne peux pas m’empêcher d’ouvrir un recueil d’aphorismes sans partir à la traque, à l’affût des phrases bancales, celles qui retombent comme un soufflé, celles où l’intelligence serait, pour ainsi dire, à force de faire sa maligne, comme prise en défaut. Continuer la lecture

Initials B.B.

Un coup de coeur du Carnet

Béatrix BECK, Bribes, Les Éditions du Chemin de fer, 70 p., 10 €

beckVoici une publication qui, par sa minceur et l’apparente évanescence du matériau qui la constitue, tranche avec la vie tumultueuse de son auteure. La biographie de Béatrix Beck est en effet hors-norme à maints égards. Par sa longévité tout d’abord, qui l’amène à traverser le XXe siècle – où elle voit le jour à deux semaines de l’éclatement de la Première Guerre mondiale – jusqu’à atteindre l’âge vénérable de 94 ans. Par la pluralité de ses origines et de son identité ensuite. Jugez-en plutôt : fille de l’écrivain Christian Beck, elle naît belge mais en terre suisse, et ses ancêtres sont, du côté paternel, lettons et italiens, et du côté maternel, irlandais. Issue d’un tel creuset, cette femme semblait prédestinée à être une citoyenne du monde. Hypothèse confirmée en 1936 par un mariage avec Naum Szapiro, juif apatride et militant communiste, que la guerre lui ravira. Continuer la lecture

Les cartouches d’un anarchiste respectueux

Ghislain COTTON, Ainsi râlait Zara Fouchtra, Murmure des soirs, 82 p., 10 €

Quand arrive leur crépuscule, les idoles ont deux solutions : soit elles se retirent en un Walhalla qui commence à sentir le roussi, pour y agoniser loin des regards et boire jusqu’à lie la coupe amère du déclin ; soit elles ébrouent une dernière fois leur majesté et descendent de la montagne parmi les hommes afin de livrer, façon  prophète, une nouvelle vérité. Continuer la lecture

Quand dessins riment avec aphorismes

Jean Louis LEJEUNE, Quelques dessins et quelques aphorismes verticaux, Bruxelles, Couleur livres, 2015, 8 €

Au pays de MagritteUne fois n’est pas coutume, consacrons l’une des chroniques du Carnet aux aphorismes, genre littéraire qui prône la brièveté au même titre que les haïkus.

Sentence décochée en peu de mots, l’aphorisme fuit comme la peste tout lieu commun, provoque la surprise, se fonde sur des propositions antithétiques, contrairement à la maxime qui joue du paradoxe. Pas de vérité proclamée donc, mais place au trait d’esprit. Voilà en quoi la démarche de Jean Louis Lejeune amuse et interpelle car, au trait d’esprit, il ajoute celui de son crayon. Continuer la lecture

À fond l’aphorisme

Un coup de coeur du Carnet

Michel DELHALLE, La Rechute d’Icare, Amougies, Cactus Inébranlable, coll. « Les p’tits cactus », 2015 ; Jean-Louis MASSOT, Sans envie de rien, illustrations de Gérard Sendrey, Amougies, Cactus Inébranlable, coll. « Les p’tits cactus », 2015 ; Jean-Loup NOLLOMONT, Pensées nyctalopes, dessins de Serge Poliart, Amougies, Cactus Inébranlable, coll. « Les p’tits cactus », 2015.

cactusBien qu’oscillant entre philosophie et poésie, l’aphoriste n’a rien du sage ni du parfait honnête homme. Les traits qu’il décoche n’ont d’autre cible que lui-même, mais à travers l’ironie de sa féroce autodérision, c’est chacune de nos consciences qui est visée ; ce sont toutes nos valeurs et nos certitudes qui sont percées à jour. Il n’est nul besoin de citer les œuvres immenses bâties avec ce matériau textuel en apparence si friable et qui, cependant, passent parfois mieux à la postérité qu’un pensum. Qui n’a ainsi en tête une formule radicale, une de ces phrases qui dénudent le réel jusqu’à l’os et assurent la survie mentale dans un monde tout d’apparat et de toc ? Un verset de L’Ecclésiaste, une formule de Lichtenberg, une sentence de Cioran, et ça repart. Continuer la lecture