Imaginer des futurs désirables

Amélie GÉAL, Le nou­v­el équili­bre, Robert Laf­font, coll. « Ailleurs & Demain », 2025, 112 p., 12 € / ePub : 7,99 €, ISBN : 9782221280652

géal le nouvel équilibrePre­mière lau­réate du nou­veau « Prix du Futur Opti­miste » lancé en 2025 par les édi­tions Robert Laf­font et le media Usbek & Rica, la Brux­el­loise Amélie Géal vient de rejoin­dre la mythique col­lec­tion « Ailleurs & Demain » avec Le nou­v­el équili­bre. Fruit d’un appel à texte, le court roman s’in­scrit dans un mou­ve­ment, dis­cret mais de plus en plus solide, de réen­chante­ment des imag­i­naires sci­ence-fic­tifs large­ment dom­inés depuis de nom­breuses années par les visions pes­simistes et les réc­its post-apoc­a­lyp­tiques.

Rassem­blés sous l’é­ti­quette de « solarpunk », ces réc­its ten­dent aujour­d’hui à se con­stituer en sous-genre. Théorisées dans l’e­space fran­coph­o­ne par des chercheurs comme Yan­nick Rumpala (Hors des décom­bres du monde en 2018) et Ariel Kyrou (Dans les imag­i­naires du futur en 2023 ; Philofic­tions en 2024) et mis­es en pra­tique par des acteurs de l’édi­tion comme Les Mou­tons élec­triques (récem­ment dis­parus) ou La Volte qui lui con­sacre une col­lec­tion depuis 2018, les fic­tions dépeignant des « futurs désir­ables » com­men­cent ain­si à se faire une place vis­i­ble dans l’e­space édi­to­r­i­al de la sci­ence-fic­tion. 

Le réc­it d’Amélie Géal s’in­scrit par­faite­ment dans ce courant puisqu’il imag­ine, en 2085, un monde débar­rassé de la con­cur­rence cap­i­tal­iste, où la décrois­sance et les valeurs de sol­i­dar­ité et d’é­gal­ité se traduisent par une société apaisée qui s’est mon­trée à la hau­teur des défis engen­drés par le dérè­gle­ment cli­ma­tique.

Dans ce Brux­elles futur­iste, Alia attend avec une cer­taine impa­tience le résul­tat du tirage au sort désig­nant les futurs citoyens chargés de men­er la poli­tique mon­di­ale. Mais c’est une autre nou­velle, plus som­bre, qui l’at­tend lorsqu’elle est con­tac­tée par son père qui lui annonce la mort de sa grand-mère. Boulever­sée, la jeune fille se plonge rapi­de­ment dans la lec­ture des car­nets de son aïeule. La vie et l’his­toire de cette dernière n’ont rien d’anec­do­tique puisqu’elle est à l’o­rig­ine de la décou­verte sci­en­tifique ayant entrainé l’Hu­man­ité vers le nou­v­el équili­bre annon­cé dans le titre. Le réc­it alterne alors entre le quo­ti­di­en d’Alia et la lec­ture de moments clés du jour­nal intime.

Portée par le désir d’ex­pos­er au mieux les grandes idées qui sous-ten­dent sa vision d’un futur désir­able, l’autrice favorise très vis­i­ble­ment le descrip­tif au nar­ratif et donne au réc­it des allures d’ex­posé prospec­tiviste. Bien que sen­si­ble­ment plus long que celui de la nou­velle, le for­mat de la novel­la repose sur une stricte économie apte à la fois à faire vivre un univers cohérent et à men­er une intrigue en peu de mots. L’ex­er­ci­ce n’est pas sim­ple et il manque peut-être à l’autrice quelques dizaines de pages pour don­ner plus de chairs à cette ossa­t­ure au demeu­rant bien pen­sée.

Cela n’en­lève rien au mérite de ce Nou­v­el équili­bre. En faisant le pari de l’op­ti­misme, il con­stitue un véri­ta­ble vent de fraicheur dans une pro­duc­tion tou­jours large­ment dom­inée par des visions de lende­mains qui déchantent.   

Nico­las Steten­feld

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