Riccardo PETRELLA, Lettre aux enfants et aux petits-enfants, suivi de Pour le refus intégral de la guerre, Couleur livres, coll. « Libretto », 2025, 77 p., 9 €, ISBN : 9782870039533
Depuis des années, Riccardo Petrella milite, dans les cours qu’il dispense et dans ses multiples engagements, pour plus de justice sociale, plus d’égalité, la préservation de l’environnement et en particulier de l’eau, bien commun universel, dans nos pays industrialisés mais aussi entre nos pays riches et ceux dont les ressources sont pillées et partent ailleurs. Dix ans après Au nom de l’humanité (déjà chez Couleur livres), il veut transmettre dans cette Lettre aux enfants et aux petits-enfants, un héritage intellectuel et éthique sans renoncer à ses combats, raison pour laquelle il fait suivre cet acte de foi d’un plaidoyer Pour le refus intégral de la guerre. Et il insiste sur le mot intégral à une époque où les va‑t’en guerre occupent le devant la scène.
Dans sa préface, Roberto Savio, journaliste fondateur d’Inter Press Service (IPS) et Conseiller en stratégies et communications auprès du Directeur général de l’Organisation internationale du Travail, rappelle quelques jalons du parcours académique et politique de Riccardo Petrella dans des universités belges et étrangères, mais aussi à la Commission européenne où il a dirigé une unité d’étude stratégique sur l’intégration européenne ou comme président de l’Aqueduc des Pouilles (ADP) en vue d’une re-collectivisation des services hydriques de la région, ou encore comme fondateur en 1996 d’un Comité international pour le contrat mondial de l’eau et de l’Agora des habitants de la Terre il y a sept ans. Loin d’être terminés, ses combats subissent aujourd’hui les coups de boutoir de la finance prédatrice et de groupes dominants ultrapuissants qui supplantent de plus en plus les États, fragilisent la démocratie réelle et se détournent de la justice sociale et du droit à la vie avec un cynisme croissant.
Riccardo Petrella, né en 1941, commence sa lettre en rappelant trois moments forts de sa déjà longue expérience qui ont été à l’origine de trois prises de conscience décisives. D’abord, son enfance et son adolescence dans une des régions les plus pauvres d’Italie qui lui fait découvrir des inégalités socio-économiques entre régions en Italie et à un niveau planétaire, dues à un appauvrissement organisé par un système économique dominant. Ensuite, son passage à la Commission européenne à Bruxelles qui l’a amené à devenir radical quand il a pris conscience que « la pauvreté est essentiellement due au fait que… les dirigeants ne veulent pas éradiquer la pauvreté » au nom de la compétitivité. Et de souligner avec un bon sens malicieux qu’il existe un Conseil européen de la compétitivité mais pas de Conseil européen de la pauvreté. Enfin, ses engagements (Groupe de Lisbonne, Association des Amis du Monde diplomatique, etc.) l’ont amené à combattre assidûment l’inacceptable modèle de la globalisation de la condition humaine et terrestre et à s’engager pour un ‘Autre Davos’ ou le Forum Social Mondial (FSM).
Le deuxième texte, Pour le refus intégral de la guerre, s’inscrit dans ce cadre, parce que tout est lié et se veut un appui aux milliers de participants à la Troisième marche mondiale pour la paix et la non-violence « dans un contexte où la guerre est le seul horizon proposé aux générations actuelles ». Il suffit pour s’en convaincre de voir les budgets alloués aux marchés militaires. Beaucoup se déclarent pour la paix, mais paradoxalement peu contre la guerre. Pourtant, des progrès avaient été engrangés par des organismes et traités internationaux, de plus en plus bafoués. Riccardo Petrella en prend pour exemples des actualités récentes comme l’Ukraine et la Palestine, mais aussi le Covid et la politique protectionniste des brevets pharmaceutiques.
Figure emblématique de l’altermondialisme et du pacifisme, l’auteur ne baisse pas les bras pour autant en proposant des solutions et réaffirme avec force :
En tant que père et grand-père, je souhaite simplement dire à mes enfants et petits-enfants que je suis, comme tant de “millions” de parents et grands-parents dans le monde, du côté de la justice sociale mondiale, de la fraternité et de la solidarité entre tous les habitants de la Terre, et que je crois en un avenir différent de celui qui se dessine aujourd’hui.
Michel Torrekens