Riccardo PETRELLA, Lettre aux enfants et aux petits-enfants, suivi de Pour le refus intégral de la guerre, Couleur livres, coll. « Libretto », 2025, 77 p., 9 €, ISBN : 9782870039533
Depuis des années, Riccardo Petrella milite, dans les cours qu’il dispense et dans ses multiples engagements, pour plus de justice sociale, plus d’égalité, la préservation de l’environnement et en particulier de l’eau, bien commun universel, dans nos pays industrialisés mais aussi entre nos pays riches et ceux dont les ressources sont pillées et partent ailleurs. Dix ans après Au nom de l’humanité (déjà chez Couleur livres), il veut transmettre dans cette Lettre aux enfants et aux petits-enfants, un héritage intellectuel et éthique sans renoncer à ses combats, raison pour laquelle il fait suivre cet acte de foi d’un plaidoyer Pour le refus intégral de la guerre. Et il insiste sur le mot intégral à une époque où les va‑t’en guerre occupent le devant la scène. Continuer la lecture
Tel qu’il se révèle à petites touches dans ce nouveau recueil, l’auteur n’est pas un écorché vif ou un parangon de l’angoisse existentielle, tant s’en faut. Au gré de nombreuses variantes, le thème de l’Accord en effet ne cesse de se renforcer en se répétant au fil des pages : connivence du poète avec la nature en ses aspects les plus humbles, bouffées de joie, sentiment apaisant d’exister, « nuit resplendissante de la présence », intuitions de la totalité et de la beauté, bonheur comme « risque » à prendre ou, plus simplement, comme cet accueil du matin qui se fait en moi autant qu’au dehors. Ainsi le texte de Flaubert qui ouvre la seconde partie rêve-t-il d’une assimilation complète avec le monde naturel. Même un bref moment de mélancolie ne suffit pas à fissurer la confiance. Le plus surprenant, dans tout ceci, est la bonne adéquation du langage verbal au réel : « les mots rejoignent ce qu’ils désignent. Tout s’accorde alors que je parle, chaque mot fait mouche et les choses reçoivent, avec le nom qu’on leur a donné, notre présence reconduite » ; « passer les mots par la prairie du réel. […] S’ajuster au réel, ce qu’on ne cesse de faire ». On le constate, leçon d’attente, d’attention et de patience, la poésie de Serge Núñez Tolin tranche fortement avec une tendance dominante ces dernières décennies : l’extrême difficulté de trouver une entente stable avec soi-même, condition pourtant indispensable pour faire la paix avec le monde extérieur et les autres, l’inadéquation radicale des mots jouant dans ce mal-être un rôle décisif. 
