Karel LOGIST, Le jour où maman n’est pas venue nous chercher à l’école, Oskar, 2025, 62 p., 8,95 €, ISBN : 979–1‑02140–882‑1
Basile et Isabel sont des faux jumeaux de presque 12 ans qui apprennent à vivre avec leur papa et leur tante Amélie depuis la disparition de leur mère. Malgré leur gémellité et les mêmes lettres qui composent leur prénom, les frère et sœur sont très différents : l’une est en fusion avec son GSM, à l’affût de l’actualité de sa star préférée et peut parfois être plongée dans un mutisme de plusieurs jours, tandis que l’autre est un solitaire qui aime l’école et est toujours fourré avec son seul et unique ami Ludo.
Isabel est vraiment différente de moi
d’abord évidemment puisqu’elle est une fille.
Elle est blonde avec plein de taches de rousseur
et moi j’ai des cheveux noirs comme mon papa
quand il avait vingt ans sur les photographies.
Elle rit quand je pleure ; elle a beaucoup d’amies
et moi, je n’en ai qu’un (quand il veut bien de moi).
Elle est plutôt bavarde et je suis silencieux.
Elle aime le dessin, le sport et la gymnastique,
moi, les cours de français et de géographie.
Depuis le décès inopiné de leur mère, leur vie a changé : les jumeaux partagent moins qu’avant leurs petites histoires, leur papa ne fait plus le sot comme avant et leur tante Amélie, une ancienne aventurière un brin grande gueule, prend soin de chacun pour panser leurs blessures. Ils peuvent évoquer leur maman quand ils le souhaitent, mais ils le font peu, leur père leur rappelle pourtant régulièrement qu’ils sont les enfants de la belle Monna Lisa…
J’ai parfois l’impression que Papa fait semblant
semblant d’être joyeux, semblant d’être avec nous,
semblant d’avoir le temps, semblant de nous parler,
semblant de m’écouter, semblant d’être un papa.
Il n’est vraiment ainsi que depuis le jour où
Maman n’est pas venue nous chercher à l’école.
Il porte une tristesse à l’intérieur des yeux
qui ralentit ses gestes et même ses sourires.
Mon père est écrivain de livres pour enfants.
Il est poète aussi, mais ça ne se voit pas.
Depuis qu’on est petits, je crois qu’il nous observe
et met dans ses romans un petit peu de nous…
Le nouvel opus de Karel Logist est un court récit écrit intégralement en alexandrins non rimés, qui confèrent un rythme légèrement poétique à l’histoire tout en la rendant accessible pour les jeunes lecteurs de 8–9 ans. Le titre Le jour où maman n’est pas venue nous chercher à l’école est quelque peu trompeur, il laisse présager une histoire qui commencera à la disparition de la mère, or il n’en est rien. Elle est absente depuis presque un an et nous lisons la nouvelle vie qui s’est organisée depuis cet événement douloureux. Outre le deuil auquel la famille fait face, la petite Isabel traverse un moment éprouvant, elle envoie des signaux maladroits de détresse que son frère ne peut pas décoder, trop petit qu’il est pour déceler la gravité de la situation. Les adultes verront-ils à temps la détresse d’Isabel pour la protéger du pire ? C’est ce que vous découvrirez dans cette histoire douce teintée de touches de mélancolie.
Séverine Radoux