Pour une liberté qui pétille comme un air de jazz

Simon GRONOWSKI, Plaidoy­er pour la paix, Racine, 2025, 114 p., 19,95 €, ISBN : 9782390253631

gronowski plaidoyer pour la paixDans Plaidoy­er pour la paix, Simon Gronows­ki délivre un réc­it-essai boulever­sant qui trans­met un mes­sage de com­bat aux jeunes généra­tions. À nonante-trois ans, il prend la plume afin de retrac­er l’histoire de sa famille juive qui fut déportée durant la Deux­ième Guerre mon­di­ale. Avo­cat du bar­reau, pianiste de jazz, Simon Gronows­ki est l’un des derniers sur­vivants de la Shoah, l’un des derniers témoins. Sa plongée dans les années de guerre, son évo­ca­tion de l’invasion de la Bel­gique par Hitler, des mesures pris­es con­tre les Juifs, du port de l’étoile jaune, des rafles sont tout entières sous-ten­dues par la volon­té de racon­ter les crimes du passé afin que les jeunes généra­tions puis­sent défendre la démoc­ra­tie, ses valeurs, com­bat­tre la racisme, l’antisémitisme, l’extrême droite. Ce plaidoy­er pour la paix, pour la tolérance, pour l’amour, pour le devoir de mémoire rend hom­mage à la mère, à la sœur mortes en dépor­ta­tion, au père qui décède de dés­espoir, mais aus­si à toutes les vic­times du nazisme et d’autres géno­cides.

Mais ils n’ont pas tué que des Juifs. Ils ont tué égale­ment tsi­ganes, hand­i­capés, homo­sex­uels, Témoins de Jého­vah, francs-maçons, démoc­rates, pris­on­niers de guerre sovié­tiques et beau­coup d’autres. Les Juifs n’ont pas le mono­pole de la douleur.
Je par­le égale­ment au nom des vic­times d’autres bar­baries, comme le géno­cide arménien ou celui du Rwan­da. Chaque géno­cide est un crime con­tre l’humanité et il n’y en a pas un qui soit plus grave que l’autre.

Dans l’organisation méthodique de la ter­reur, dans l’industrialisation de la mort de masse, Simon Gronows­ki épin­gle deux dates, celle du mer­cre­di 17 mars 1943, jour de l’arrestation par la Gestapo de Simon, âgé de onze ans, de sa sœur, de sa mère, celle du 19 avril 1943 lorsque l’auteur saute du 20ème con­voi de la mort par­ti de la caserne Dossin de Malines. Enfer­més dans des wag­ons à bes­ti­aux, plus de 1.600 Juifs sont menés vers une des­ti­na­tion incon­nue qui a pour nom Auschwitz. C’est à l’attaque du 20ème con­voi par un groupe de trois résis­tants que Simon Gronows­ki doit la vie. « Je veux égale­ment remerci­er les héros qui ont risqué leur vie pour me sauver. Les trois jeunes qui ont arrêté mon train à Boort­meer­beek, ouvert un wag­on et sauvé dix-sept per­son­nes ; ils m’ont indi­recte­ment sauvé la vie. »

Durant soix­ante ans, l’auteur s’est tu, ne brisant le silence que lorsque l’historien de la Shoah Maxime Stein­berg, l’écrivain-juriste Foulek Ringel­heim le con­va­in­quent d’apporter son témoignage. Com­ment sur­vivre à une tragédie per­son­nelle et col­lec­tive, com­ment se recon­stru­ire, pari­er pour le présent et l’avenir quand le passé proche est recou­vert des cen­dres des morts ? Les forces de vie et les expres­sions qu’elles ont pris­es se nom­ment le jazz et le bar­reau (« Être avo­cat est ma vic­toire sur les nazis »). À l’heure où l’extrême droite gagne du ter­rain, où les con­flits, les mas­sacres de pop­u­la­tions civiles font rage, le livre de Simon Gro­tows­ki s’affirme comme une arme de com­bat paci­fique, comme un pari pour que l’Histoire ne retombe pas dans de nou­velles formes de tyran­nie, de bar­barie. Éminem­ment engagé, ce livre est celui d’un « mil­i­tant de la paix » qui ques­tionne et dénonce la résur­gence de l’antisémitisme, les oppres­sions actuelles et l’indifférence du monde face aux mas­sacres.

Je ne suis pas d’accord avec la déci­sion du gou­verne­ment israélien de bom­barder Gaza. Qu’il s’agisse ou non d’un géno­cide, en tout cas c’est un mas­sacre

De la perte de la foi en Dieu, con­séc­u­tive à la Shoah, à la ques­tion du par­don de l’impardonnable, de la force de recréer de la vie après l’abîme au jazz qui ranime le sou­venir de la sœur pianiste, des livres, des poèmes que cette sœur ainée lui fait décou­vrir (Les mal­heurs de Sophie de la comtesse de Ségur, « La Mort du Loup » d’Alfred de Vigny, « Oceano Nox » de Vic­tor Hugo) à une exis­tence con­sacrée au devoir de mémoire, Simon Gronows­ki n’a cessé de batailler pour une lib­erté qui pétille comme un air de jazz.

Véronique Bergen

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