Archives par étiquette : génocide

Quand l’Histoire infiltre une famille

Michel ROSTEN, L’univers de Maxime Sere­brakian, ou les tribu­la­tions de trois pachas (1869 — 1922), Sam­sa, 2025, 358 p., 26 €, ISBN : 978–2‑87593–604‑2

rosten l'univers de maxime serebrakianSur la cou­ver­ture de L’univers de Maxime Sere­brakian, ou les tribu­la­tions de trois pachas (1869 — 1922), la nou­velle incur­sion en lit­téra­ture de Michel Ros­ten, ancien jour­nal­iste de La Libre Bel­gique, on peut lire l’indication générique suiv­ante : « Réc­it-Roman ». Habituelle­ment, c’est l’un ou l’autre – « réc­it » ou « roman » – et le plus sou­vent « roman », car plus vendeur, même lorsque la part romanesque est infime. Cette appo­si­tion sin­gulière ouvre des pistes de lec­ture que nous allons suiv­re et déploy­er. Con­tin­uer la lec­ture

Pour une liberté qui pétille comme un air de jazz

Simon GRONOWSKI, Plaidoy­er pour la paix, Racine, 2025, 114 p., 19,95 €, ISBN : 9782390253631

gronowski plaidoyer pour la paixDans Plaidoy­er pour la paix, Simon Gronows­ki délivre un réc­it-essai boulever­sant qui trans­met un mes­sage de com­bat aux jeunes généra­tions. À nonante-trois ans, il prend la plume afin de retrac­er l’histoire de sa famille juive qui fut déportée durant la Deux­ième Guerre mon­di­ale. Avo­cat du bar­reau, pianiste de jazz, Simon Gronows­ki est l’un des derniers sur­vivants de la Shoah, l’un des derniers témoins. Sa plongée dans les années de guerre, son évo­ca­tion de l’invasion de la Bel­gique par Hitler, des mesures pris­es con­tre les Juifs, du port de l’étoile jaune, des rafles sont tout entières sous-ten­dues par la volon­té de racon­ter les crimes du passé afin que les jeunes généra­tions puis­sent défendre la démoc­ra­tie, ses valeurs, com­bat­tre la racisme, l’antisémitisme, l’extrême droite. Ce plaidoy­er pour la paix, pour la tolérance, pour l’amour, pour le devoir de mémoire rend hom­mage à la mère, à la sœur mortes en dépor­ta­tion, au père qui décède de dés­espoir, mais aus­si à toutes les vic­times du nazisme et d’autres géno­cides. Con­tin­uer la lec­ture

La saga documentaire du pays des Mille Collines

Romain BAERTSOEN, Danse de la grue couron­née, Genèse édi­tion, 2025, 336 p., 24,50 € / ePub : 15,99 €, ISBN : 978–2‑3820104–33

baertsoen danse de la grue couronnéeAvec la pub­li­ca­tion de son livre Danse de la grue couron­née, Romain Baert­soen nous emmène dans une saga (annonce l’éditeur) qui développe un for­mi­da­ble réc­it sur trois généra­tions de femmes, depuis le début du 21e siè­cle, 2002, où une femme retourne au Rwan­da pour témoign­er des atroc­ités du géno­cide com­mis par des Hutus extrémistes con­tre les Tut­sis en 1994. Con­tin­uer la lec­ture

Les fils de la mémoire

Jean-Pierre GRIEZ, L’héritage assas­sin, Cerisi­er, coll. « Faits et gestes », 2024, 312 p., 24 €, ISBN : 978–2‑87267–249‑3

griez l'héritage assassinAvec ce nou­veau roman, L’héritage assas­sin, Jean-Pierre Griez signe une enquête à pro­pos des ombres, des fal­si­fi­ca­tions et des dif­fi­cultés de mémoire du géno­cide des Tut­sis en 1994 au Rwan­da. L’auteur, qui vit actuelle­ment dans le Hain­aut, a déjà pub­lié plusieurs romans chez le même édi­teur et est aus­si réal­isa­teur d’un film d’an­i­ma­tion en 2020 sur l’His­toire de la République démoc­ra­tique du Con­go Caoutchouc rouge, rouge coltan. Con­tin­uer la lec­ture

Le mal comme absence d’empathie

François DE SMET, Han­nah Arendt ou le mal comme absence de pen­sée, Midis de la Poésie, 2021, 42 p., 8 €, ISBN : 978–2‑931054–04‑8

de smet hannah arendtIl est courant d’entendre que depuis Pla­ton, la philoso­phie occi­den­tale n’ajoute que des notes de bas de page à ses dia­logues socra­tiques. Du moins jusqu’à la Shoah. Alors, la pen­sée est dev­enue plus que ver­tig­ineuse : il ne s’agit plus de pren­dre con­science de la mort à un degré humain et/ou divin, mais d’appréhender la fin de l’humanité à un niveau com­mun, proche ou loin­tain. Soit dans son ensem­ble à tout moment atom­ique, cli­ma­tique, soit dans son esprit-même : que reste-t-il d’âme, d’espérance, de poésie, bref d’humain dans le cœur de l’humanité depuis la Shoah ? Con­tin­uer la lec­ture

Tenaces amitiés d’enfance au pays des mille collines

Monique BERNIER, Les hibis­cus sont tou­jours en fleurs, MEO, 2020, 192 p., 17 € / ePub : 10.99 €, ISBN : 978–2‑8070–0236‑4

Le géno­cide rwandais restera un fait majeur de la fin du 20e siè­cle. L’ampleur du nom­bre de vic­times en regard de la pop­u­la­tion, la rapid­ité méthodique des mas­sacres et l’absence d’intervention de la com­mu­nauté inter­na­tionale ont don­né à ce drame une dimen­sion trag­ique qui ne cesse d’interpeller. De nom­breux écrivains ont puisé leur inspi­ra­tion dans ces faits, qu’ils les aient vécus ou non en tant que Rwandais. Si le sujet est loin d’avoir été épuisé, plus le temps passe, plus il impose d’apporter une con­tri­bu­tion orig­i­nale, d’autant que Monique Bernier a déjà abor­dé cette thé­ma­tique dans La honte (Les Éper­on­niers, 1999), Le silence des collines (Les Éper­on­niers, 2001), ou encore La magie du frangi­panier, roman paru en 2016 aux édi­tions Acad­e­mia.


Lire aus­si : le géno­cide des Tut­si au Rwan­da dans la lit­téra­ture belge 


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La poésie est-elle possible après le génocide ?

Nico­las GRÉGOIRE, Tra­vail de dire, Rougerie, 2019, 62 p., 12 €, ISBN : 978–2‑85668–406‑1

« Écrire un poème après Auschwitz est bar­bare, et de ce fait affecte même la con­nais­sance qui explique pourquoi il est devenu impos­si­ble d’écrire aujour­d’hui des poèmes » (Theodor Adorno, Prismes). Bien­tôt célèbre, cette affir­ma­tion de 1955 don­na lieu à de vir­u­lentes dis­cus­sions où s’il­lus­tra notam­ment un Paul Celan. L’ef­froi sus­cité par la décou­verte de la bar­barie nazie rendait en effet inac­cept­able la réac­ti­va­tion de l’ac­tiv­ité cul­turelle et artis­tique antérieure, laque­lle n’avait pu empêch­er quoi que ce soit. Ain­si, écrit encore Adorno, « les artistes authen­tiques du présent sont ceux dont les œuvres font écho à l’hor­reur extrême » (Mod­èles cri­tiques). Or, voici que le géno­cide rwandais de 1994 a eu pour effet d’en­gen­dr­er avec acuité – le pub­lic étant infor­mé qua­si en direct – des réac­tions ana­logues : sidéra­tion muette, choc émo­tif, recours à des for­mules stéréo­typées (« sauvagerie », « folie meu­trière », « cru­auté », etc.), honte envers les rescapés, sen­ti­ment de cul­pa­bil­ité. Vint ensuite le vouloir-com­pren­dre, qui se nour­rit de témoignages, de reportages, de travaux his­to­riens, d’en­quêtes judi­ci­aires : sur­saut ratio­nal­iste hon­or­able qui n’en étouffe pas moins les émo­tions ini­tiales, por­teuses d’une cer­taine vérité autant que d’une évi­dente impuis­sance. Mais, devant des dévoiements aus­si ter­ri­fi­ants, existe-t-il une “bonne” atti­tude ? Con­tin­uer la lec­ture

Il y a 25 ans au Rwanda…

Mar­tin BUYSSE, Muzun­gu, Zel­lige, 2019, 333 p., 22 €, ISBN : 978–2‑914773–89‑8

En avril 1994, le Rwan­da bas­cu­lait dans l’horreur et l’Occident restait pris­on­nier de ses intérêts pour ne pas réa­gir, ou réa­gir bien trop tard.

Com­ment com­pren­dre l’enchaînement des événe­ments qui ont mené au géno­cide ? Mar­tin Buysse pro­pose des élé­ments de réponse par le biais d’une fic­tion, fondée sur une doc­u­men­ta­tion rigoureuse.

Le roman Muzun­gu est cen­tré sur le per­son­nage de François et pose la ques­tion de savoir pourquoi on s’engage, pour quelle cause et pour quel camp. Con­tin­uer la lec­ture

Le pays qu’on ne retrouve jamais

Joseph NDWANIYE, La promesse faite à ma sœur, Impres­sions nou­velles, coll. « Espace Nord », 2019, 240 p., 8.5 € / ePub : 6.99 €, ISBN : 978–2‑87568–412‑7
Un car­net péd­a­gogique télécharge­able gra­tu­ite­ment accom­pa­gne le livre

Voici que la col­lec­tion Espace Nord réédite le roman de Joseph Ndwaniye, La promesse faite à ma sœur, qui était paru en 2007. L’auteur né au Rwan­da et vivant en Bel­gique depuis plus de 30 ans y abor­de de façon intimiste le géno­cide qui a touché le pays en 1994. Fondé tout à la fois sur des sou­venirs per­son­nels (ceux du vil­lage quit­té en 1986) et sur une fic­tion (le retour au pays de Jean, lui aus­si établi en Bel­gique), le réc­it débute par celui d’une enfance dans une famille unie, pro­fondé­ment ancrée dans les tra­di­tions paysannes. Écrit à la pre­mière per­son­ne, et sans doute très proche de ce qu’a vécu l’auteur lui-même, il est cen­tré sur la vie famil­iale et vil­la­geoise dont les liens bien­veil­lants sécurisent la vie des enfants. Ici, le temps s’écoule avec douceur dans une vie sim­ple qui a le goût du bon­heur. Dans le Rwan­da des années 1960, l’accès à la sco­lar­ité per­met aux enfants de grandir en paix et aux plus chanceux d’entre eux d’espérer faire des études supérieures, pourquoi pas à l’étranger, comme ce sera le cas de Jean qui étudiera en Bel­gique et s’y installera.

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Vivre le génocide des Tutsi… et revivre

Félic­ité LYAMUKURU et Nathalie CAPRIOLI, L’ouragan a frap­pé Nyun­do, Cerisi­er, coll. « Quo­ti­di­ennes », 2018, 296 p., 14,50 €, ISBN : 9782872672097

lyamukuru_l ouragan a frappe nyundo.jpgFélic­ité Lya­muku­ru était ado­les­cente lorsque, le 7 avril 1994, se déclen­cha le car­nage. « Le géno­cide m’a trou­vée en troisième sec­ondaire. J’avais seize ans, j’étais vieille. »

Presque toute sa famille fut anéantie dans le cat­a­clysme qui ensevelit au Rwan­da un mil­lion de Tut­sis.

Elle voulut d’abord oubli­er ces mois d’épouvante, d’arrachements, d’insoutenable douleur, ter­min­er ses études, vivre « nor­male­ment ». « J’ai mis du temps à entr­er dans la grotte de mes sou­venirs », écrit-elle aux pre­mières pages de son réc­it poignant L’ouragan a frap­pé Nyun­do. Con­tin­uer la lec­ture

Art de vivre en période mortifère

Marc DUGARDIN, Table sim­ple, Rougerie, 2015, 76 p., 13 €

dugardin_tholoméDis­ons-le d’emblée : Marc Dugardin n’écrit pas. Marc Dugardin vit. Marc Dugardin ren­con­tre, partage, s’in­ter­roge, s’an­goisse, rêve, s’of­fusque, regarde, ose un mot ou deux, se fait des amis, admire, écoute, goûte, appré­cie, se dés­espère, fait décou­vrir, s’adoucit. Con­tin­uer la lec­ture