Facétieux battements d’aile du papillon

Un coup de cœur du Car­net

Luc LEENS, Sac de nœuds, Quad­ra­ture, 2025, 120 p., 18 € / ePub : 9,99 €, ISBN : 978–2‑931080–58‑0

leens sac de noeudsUn homme retrou­ve son amour de jeunesse. Un chat com­plote pour pro­téger son chez-lui. Une mère et ses enfants se rassem­blent autour des dernières volon­tés d’un père dis­paru, de même que deux frères et deux sœurs lors de funérailles. Un malen­con­treux échange de sacs se fait bat­te­ment d’aile du papil­lon, tout comme un livre con­seil­lé par une libraire pas­sion­née, une méth­ode emprun­tée au dis­cobus, un cof­fret trou­vé sous un banc, une gourde ou… une aile cassée. Quinze saynètes de vies pas si ordi­naires, aux élé­ments déclencheurs inat­ten­dus et aux dénoue­ments tou­jours savoureux.

Trois ans après Le père que tu n’auras pas, Luc Leens revient chez Quad­ra­ture avec un nou­veau recueil de nou­velles et une bonne dose d’espièglerie. Si la table des matières nous annonce un « Notre père », les pères demeureront sou­vent absents. Par­fois, leur présence se fait épis­to­laire ; à d’autres moments, ils sem­blent démis­sion­naires ou, au con­traire, pères spir­ituels ou de sub­sti­tu­tion. Des his­toires de famille se suc­cè­dent… mais pas unique­ment. Des his­toires d’amour aus­si, pleines de poésie, ain­si que les réc­its de facéties de quidams qui démê­lent leur sac de nœuds comme ils le peu­vent.

Out­re l’indéniable qual­ité des recueils de Quad­ra­ture, on retrou­ve des thèmes de prédilec­tion de l’auteur : le lien, famil­ial ou qui se crée en société, les acci­dents et les cadeaux de la vie et les clins d’œil du kar­ma. On renoue avec joie avec sa fan­taisie et son style direct et ciselé, qui dresse le décor en un clin d’œil et racon­te une his­toire en quelques phras­es. On se délecte de cha­cune de ses facéties, drôles ou tristes, peu­plées de héros du quo­ti­di­en. On sent la ten­dresse qu’a l’écrivain pour celles et ceux dont il tisse le des­tin mot après mot. On imag­ine aus­si son plaisir à sur­pren­dre ses lecteurs, à les inviter à se laiss­er porter par l’inattendu qu’il invente et, pour peu que l’on con­naisse son vis­age, on le visu­alise sans peine les yeux rieurs der­rière la mon­ture jaune qui les encadre.

Estelle Piraux