Béatrice LIBERT et Nancy PIERRET, Dans les bras du monde, Couleur livres, coll. « Couleur jeunesse », 2025, 16 €, ISBN : 978–2‑87003–967‑0
À l’orée de la vie, le monde ouvrait les bras et l’horizon avait la fantaisie pour seul nuage. Alors, le temps était une musique longue et lente et soudain bondissante sans besoin de raison.
La musique ce matin,
Joli bond de sauterelle
Habitant tout l’espace,
Comme un arbre, soudain,
Allumant sa bougie,
Comme une valse longue
Au creux d’un lent sommeil.
Avec Dans les bras du monde, Béatrice Libert a choisi le partage des mots pour contrer la fermeture du monde, la surprise des images pour raviver les heures. Ses poèmes personnifient la nature et les mouvements du temps. La bruine y rêve de danser avec les rivières et, devenue marée, de se marier avec le sable ; la lune tricote dans le coin d’une chambre ; l’ortie inconsciente se plaint de l’ombre et veut voir le soleil ; la neige carnivore se rebelle lorsqu’on la chasse à coups de brosses et de pelles… L’univers, vu au travers des yeux de l’enfant, renait à la pureté de l’émerveillement. Une nostalgie tendre sourd pourtant de ces vers.
C’est un petit matin d’automne,
Perdu dans les chaussures
De la trop grande nuit
L’écriture en quête d’une vibration d’enfance mesure que « le temps béni » « des rêves sans papier / Des acrobates à l’élastique » est déjà loin. Écrire pour les enfants tient de la quête orphique. Le poème jaillit d’une descente en soi pour libérer l’ancien enfant, le ramener à la vie, le temps de quelques traits de plume lancés sur une page. L’enfance a ses mots simples et fulgurants, sa naïveté grave, sa logique désarçonnante. Elle porte le rêve de retrouver un mode de pensée et un langage qui ne seraient pas encore séparés de la nature :
Avec des
Mots étroits
On pourrait
Je crois,
Inventer
Des vers
Où loger
L’univers.
« Enfance, tu sentais bon ! », s’exclame l’autrice au souvenir de ce temps où les éclairs de l’orage semblaient n’être que de chocolat. Pour sauver l’enfance en soi, il faut en partager les étincelles, en rallumer le brasier secret dans la complicité avec des générations sans cesse nouvelles d’enfants – leur offrir les poèmes qui nourriront, en eux, la soif de fantaisie et les jeux qui détournent les mots de l’usage ordinaire.
Les phrases ont secoué leurs mots
Entre les lignes de mes pages
Où chatons, biches et loriots,
Sortis tout droit de mon stylo,
Iront boire la joie
D’une légende ou d’un poème.
Ainsi, ce petit recueil, joliment illustré par Nancy Pierret, s’adresse-t-il à tous ceux qui n’ont pas abdiqué le courage de la légèreté.
François-Xavier Lavenne