Blaise LESIRE, Félicité au sous-sol, Cactus inébranlable, 2025,120 p., 15 €, ISBN : 978–2‑39049–125‑5
Aux esprits bien faits, le dénigrement procure un plaisir plus vif que l’adoration.
Blaise Lesire, dont nous avions, déjà ici, eu l’occasion et le plaisir de chroniquer son premier recueil Opuscule navrant paru déjà aux éditions Cactus inébranlable, vient de publier un nouveau livre aux mêmes éditions, Félicité au sous-sol. Feuilletons au hasard pour constater de bout en bout la même qualité d’écriture, le sarcasme, cette épice qui aide à faire passer la niaiserie (comme le souligne très justement l’auteur) et la justesse de ton.…
L’auteur, en une bonne centaine de pages, ne cesse de pousser la réflexion dans les domaines de la littérature, de la vie, de la morale, des « choses vues », de la philosophie d’une façon piquante…
Ensuite, prenez le sage et frappez-le sur la tête avec une tige de bambou — à plusieurs reprises en lui répétant : « Soyez détaché. »
Blaise Lesire vit à l’écart de du monde littéraire et c’est d’autant plus réjouissant de rappeler que son livre précédent lui a valu toutes les reconnaissances en Belgique en France. Il a poursuivi, avec une intelligence féroce, un talent corrosif et un style électrique, en construisant un ensemble de fragments qui sont autant de positions dans notre monde que de façons de le bousculer. Cette façon de le bousculer c’est le propre de la subtile écriture de l’auteur.
« C’était un ami chaleureux ; nous nous retrouvions pour médire de nos autres amis, sans jamais oublier de finir la conversation en médisant de nous-mêmes »
« Le plus bel échange entre les êtres est un simple sourire. »
« Cessez de vous prendre au sérieux et le reste viendra tout seul. »
En un millier d’entrées, Blaise Lesire nous offre un livre au sarcasme courtois, aux enthousiasmes désenchantés et à la perfidie roborative. C’est que Lesire écrit d’une écriture concentrée mais sans sécheresse, déliée parfois mais sans dispersion et toujours portée par une intelligence vive adressée « aux choses de la vie » et aux hommes qui tentent de se débrouiller avec ces choses. Les aphorismes, les réflexions et les micro-récits qui habitent le livre sont, manifestement, dans l’écho de deux géants amis : Blaise Pascal et Montaigne, sans oublier certainement les stoïciens et les épicuriens antiques. L’auteur ne confond pas, comme c’est le cas trop souvent aujourd’hui, l’aphorisme avec le jeu de mots car il sait que la langue est capable du pire comme du meilleur et écrire, c’est toujours choisir, parfois à son insu bien sûr, de quel bord on se situe.
La complexité de l’œuvre n’emmène pas la lectrice ou le lecteur dans un cabinet de curiosités qui serait livré à l’improvisation de l’imagination ou de l’inspiration mais plutôt dans une galerie peuplée de monstres et d’anges malicieux à la figure de l’homme, revisités par la sagacité amusée de l’auteur et sa culture riche décloisonnée de telle façon qu’on peut y rencontrer autant Scutenaire (le parrain), Brassens, Ferré, Magnette (Paul…), Boris Vian, Beckett et tant d’autres qui nous font des signes en passant, entre les saillies politiques et les réflexions pénétrantes d’un auteur au meilleur de sa forme.
Daniel Simon
Plus d’information
- L’aphorisme, la récréation de l’écrivain? (Le Carnet et les Instants n°220, 2024)