Frank ANDRIAT, Je vous aime, Ker, 2026, 177 p., 10 €, ISBN : 978–2‑87586–529‑8
Maxence est un jeune homme de 16 ans qui s’est forgé une image de glandeur assis dans le fond de la classe pour cacher les mille et une questions qui le traversent en permanence. Plutôt solitaire, il est en décalage avec ses camarades constamment penchés sur leur smartphone. Il reste un peu en retrait jusqu’au jour où Manon, une fille de la classe, annonce qu’elle a un cancer et qu’elle va subir une chimiothérapie. Maxence n’est pas ami avec elle, mais cette annonce le touche et il ose le manifester auprès de la jeune fille. Une amitié se tisse peu à peu entre eux, leurs différences s’effacent alors pour laisser la place à l’essentiel.
Toi, tu restes cool. Je sais que tu es touché par ce que je vis, mais, à la différence de tant de gens autour de moi, tu n’en es pas prisonnier. C’est de cette attitude-là que j’ai besoin. Même Lilou stresse trop. La perte de mes cheveux la tétanise. Toi, avec ton vieux jeans, ton t‑shirt pourri, tes baskets râpées, tu respires l’insouciance et c’est bon de le sentir.
Cette nouvelle amitié évolue au fur et à mesure de l’avancée de la maladie de Manon. D’un côté, Maxence n’est jamais en paix avec lui-même mais reste calme face aux situations délicates, comme lorsque son amie est fort éprouvée par le traitement. D’un autre côté, Manon mûrit à une vitesse fulgurante. Auparavant préoccupée par les concours de beauté, elle prend le parti de savourer l’instant présent et de se concentrer sur la joie d’être vivante. Régulièrement parcourue par la peur face à la mort, elle décide de ne plus lutter contre le cancer, elle apprend à cultiver l’acceptation, moins énergivore, expérimente la saveur de la dissolution de l’ego et la plénitude de se connecter au Vivant.
Quand tu comprends que la vie continuera sans toi, ça te ramène au réel, à ta fragilité, à ta petitesse, au bonheur. Je me suis rendu compte que ce n’est pas parce que j’étais malade que je devais me priver de cela, que mon cancer ne devait pas être un prétexte pour m’exiler de ce bonheur. Nous sommes tellement centrés sur nous que nous pensons qu’en dehors de nous, rien n’existe. Eh bien, ce coucher de soleil dans la baie m’a appris le contraire. Plutôt que d’alimenter ma peur de perdre mes cheveux, je pouvais choisir de nourrir l’émerveillement, de me nourrir de la beauté de la vie. Ce n’était pas fuir le réel, c’était le réenchanter. Tout est question de regard : nous pouvons nous fermer et étouffer ou nous ouvrir et respirer.
Je vous aime est un récit destiné aux adolescents écrit dans un style fluide. Le rythme scolaire y est très présent, comme dans tous les livres de l’auteur. Frank Andriat aborde un sujet peu évoqué en littérature de jeunesse, à savoir le cancer chez les jeunes (nous mettons de côté la sick-lit, car le récit n’entre pas dans cette catégorie).
Dans ce roman, l’auteur met en valeur des profils peu valorisés chez les adolescents : un jeune homme timide, bienveillant et authentique, et une jeune fille forcée de grandir vite. Cela donne à lire des dialogues profonds parcourus de questions existentielles, de réponses spirituelles et de rires bienvenus. À travers ces personnages attachants, le récit nous rappelle que tout est impermanence et que le bonheur est en grande partie une question de point de vue. Nous terminons la lecture avec l’envie de dire merci. Merci d’être vivant, tout simplement.
Séverine Radoux
Frank Andriat à la Foire du livre
Rencontres :
- Hommage à Frank Andriat à l’occasion de ses 50 ans d’écriture — Samedi 28 mars 12h — Scène Culture je t’aime
Dédicaces :
- Samedi 28 mars 14h-15h — Stand 101 (Hall 1)
- Samedi 28 mars 15h — 16h — Stand 337 (Hall 3)
