Lorenzo MORELLO, J’espère que vous allez bien, M.E.O., 2026, 180 p., 19 € / ePub : 11,99 €, ISBN : 978–2‑8070–0567‑9
Faute d’occupations, un homme insignifiant devient écrivain. Fortuné à la mort de son père, il cherche à s’occuper entre gestion immobilière déléguée et séances de musculation.
Nous ne connaitrons jamais le prénom de ce jeune rentier. Seule certitude : le narrateur n’est pas un gagnant. Il a tout de l’anti-héros : pas d’amis, pas de famille, pas d’amoureuse. Jaloux des succès littéraires de son ex qui remporte le Roussel (entendez par là le Rossel), il déroule des lieux communs sur les femmes et le climat, entre deux atermoiements : « Qu’avais-je fait pour mériter son mépris ? Pour quelle raison se faisait-elle un point d’honneur à m’ignorer ? Étais-je à ce point transparent, à ce point dénué de présence qu’elle me jugeât si peu digne d’intérêt ? »
Avec J’espère que vous allez bien, Lorenzo Morello tente la parodie d’un monde où l’argent n’achète pas le bonheur. Il décrypte également la construction d’un texte, le fonctionnement de l’édition, les difficultés inhérentes à la création littéraire et à la publication, a fortiori en Belgique. « Par quel tour de passe-passe était-elle parvenue chez un des plus prestigieux éditeur (sic) parisien (sic) quand la plupart d’entre nous n’arriveraient jamais à passer les frontières ? » Abordant le phénomène contemporain des influenceurs, il s’interroge sur les limites d’un système. « Bien que dépité par la piètre qualité des vidéos pullulant sur la toile, j’aimais l’idée que n’importe qui pût s’exprimer, fût-ce pour se montrer promenant son chien ou préparant un cassoulet. » Reste alors « au spectateur de filtrer » ce qui mérite valablement son attention et le reste, tout le reste.
Un patriarcat à bout de souffle
Au cœur de ce livre se trouvent les relations familiales et les manquements des pères. « Peu importe ce que ton père a pensé de ton roman, son avis compte moins que celui de ceux qui ont payé pour le lire », énonce Martine, la belle-mère fantasmée du narrateur. Omniprésentes en tant qu’objets de désir, les femmes sont absentes dans leur fonction maternelle. Soit parce qu’on la leur refuse, soit parce qu’elles ne l’assument pas. Et voilà le vide qui ne cesse de noyer l’existence du narrateur-rentier, lui qui énonce : « le destin des hommes ne nous émeut que lorsqu’il nous touche directement ». Alors, serez-vous touché, malgré la violence de certaines scènes ?
Angélique Tasiaux