Le poids du silence

Annie PRÉAUX, Quelque chose à te dire, M.E.O., 2026, 199 p., 20 € / ePub : 12,99 €, ISBN : 978–2‑8070–0570‑9

preaux quelque chose a te direLe nou­veau réc­it d’Annie Préaux s’ouvre sur l’annonce d’un décès : l’héroïne Agathe apprend le départ de sa mère. Agathe est une dame de 77 ans qui a gran­di dans le Bori­nage à Mons et a été élevée par sa tante Yvette, appelée affectueuse­ment Mamouyette, avec son cousin Michel, qu’elle con­sid­ère comme son « jumeau de cœur ». Elle n’est pas affec­tée par la perte de sa mère et pour cause, celle-ci ne s’est jamais occupée d’elle. Nous plon­geons alors dans les sou­venirs d’Agathe, qui n’a pas d’explication à cet aban­don. Tout ce qu’elle sait, c’est que sa mère (Blanche) était enceinte lorsqu’elle a épousé son père (Armand), et que ce dernier a été tué par une balle per­due en 1944, quelques mois avant sa nais­sance.

Lorsqu’Agathe annonce à sa fille Julie le décès de Blanche, on sent la dis­tance qu’un choix passé a engen­dré dans la rela­tion mère-fille. Quelques années plus tôt, Agathe a en effet décidé de quit­ter son mari après 30 ans de mariage à un moment où il était au bord de la fail­lite, le pri­vant ain­si de la main‑d’œuvre pré­cieuse qu’elle lui appor­tait au quo­ti­di­en. Julie a alors épaulé son père, puis repris la ferme à son compte au décès de celui-ci, mais elle n’a jamais par­don­né à sa mère d’avoir lais­sé son père lorsqu’il était à terre.

Depuis une dizaine d’années, j’avais cessé d’enseigner. Lire un roman ou même un recueil de poésie le soir deve­nait presque impos­si­ble, je m’endormais sur la page entamée. C’était la mort de Florine qui avait décidé de ce change­ment rad­i­cal : impos­si­ble de la rem­plac­er par un ouvri­er agri­cole, compte tenu du salaire que nous auri­ons dû pay­er. Heureuse­ment, elle m’avait tout appris ! Qu’aurais-je pu faire si ce n’était aban­don­ner mon demi-horaire de cours et devenir fer­mière à plein temps ? Mal­gré un pince­ment au cœur, j’avais accep­té la charge comme un défi et un hon­neur. J’avais tou­jours eu une admi­ra­tion sans bornes pour ma belle-mère.

Lors de l’enterrement de Blanche, Agathe ren­con­tre la petite-nièce de son père, qui soupçonne un efface­ment d’Armand de la mémoire famil­iale. Elle a d’ailleurs effec­tué quelques recherch­es qu’elle partage avec Agathe. Elle lui soumet à ce sujet une pho­to assez trou­blante de Blanche et Armand quelques mois avant le décès de celui-ci.

Quelque chose à te dire est un réc­it qui donne la part belle aux sou­venirs de l’héroïne avec un grand souci du détail, avec les rues de Liège et Mons ain­si que l’actualité belge en toile de fond. Au cré­pus­cule de sa vie, Agathe est han­tée par les non-dits famil­i­aux et les zones d’ombre sur le décès de son père et l’abandon de sa mère qui l’empêchent d’être sere­ine face au passé. Elle n’est pas acca­blée par le départ de Blanche, mais sa blessure d’abandon et son vide intérieur sont ravivés par cet événe­ment.

En somme, ai-je pen­sé, je con­nais très peu de choses de ceux qui m’ont précédée dans ce monde et, de plus en plus, j’ai le sen­ti­ment d’un trou noir, cratère d’un vol­can éteint sur le bord duquel je marche à l’aveugle.

Parvien­dra-t-elle à trou­ver des répons­es à ses ques­tions, à com­pren­dre ce qui est arrivé réelle­ment à son père et ce qui a causé l’abandon mater­nel ? Arrivera-t-elle à se réc­on­cili­er avec sa fille ? C’est ce qu’elle espère à tra­vers l’écriture de cette his­toire emplie de sou­venirs. Un réc­it à lire un jour de pluie…

Séver­ine Radoux

Annie Préaux à la Foire du livre

Dédicaces : 
  • Dimanche 29 mars 14h-16h – Stand 320 (Hall 3)